‹ Leçons sur les maladies mentales (volume 4)Chapitre 134 sur 278 · TRAITEMENT PHARMACEUTIQUE · texte numérisé non relu

TRAITEMENT PHARMACEUTIQUE

tuelles qui se développent sur un fond hystérique. Dans ces trois conditions, les effets des bromures alcalins sont souvent merveilleux, et s'il ne faut pas toujours attendre un succès complet de ce mode de traitement, il faut du moins s'y adresser en première ligne et le continuer avec une longue persévérance.

Parmi les calmants, il faut encore ranger l'alcool, qui, suivant les circonstances, peut agir comme un sédatif ou comme un stimulant. C'est surtout chez les anciens alcooliques qu'il trouve son emploi, mais il peut être fort utile à dose modérée dans certains cas de dépression profonde de l'activité fonctionnelle des centres nerveux.

Citons enfin la belladone, qui est le plus souvent associée à l'opium ou à ses dérivés, et la digitale, qui peut rendre de grands services dans les cas où les fonctions circulatoires sont compromises, et en particulier dans la folie cardiaque.

Les toniques, il est à peine besoin de le dire, jouent un rôle des plus importants dans le traitement des maladies mentales. L'affaissement physique dont elles s'accompagnent si souvent, la perte des forces et de l'appétit, l'amaigrissement enfin, nous font un devoir de remonter les malades, et dans ce but on aura surtout recours au quinquina et à ses dérivés, à l'arsenic, à l'alcool, et, dans les cas d'anémie, aux préparations ferrugineuses. Le sulfate de quinine a quelquefois favorablement modifié le type de certains délires dont les accès étaient franchement périodiques.

Les stimulants diffusibles sont rarement employés. Le thé et le café sont habituellement proscrits; cependant il est des cas oii ils ont pu rendre quelques services, surtout chez les malades qui, après avoir dépassé les premières périodes où l'excitation prédomine, sont tombés dans un état de dé-

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pression monotone. Chez les hallucinés, on a quelquefois employé le haschich. Les résultats de cette médication se sont montrés jusqu'à présent trop irréguliers et trop infidèles pour qu'il soit permis de la recommander.

Enfin, chez les femmes dont la menstruation est dérangée, il est incontestable que les emménagogues ont souvent rendu les plus grands services, et qu'en faisant couler les règles, on a pu quelquefois mettre fin à un accès d'aliénation mentale.

Nous sommes loin d'avoir épuisé la liste des moyens pharmaceutiques que l'on peut opposer aux divers accidents de la folie. Nous avons eu surtout pour but de démontrer l'immense importance de cet ordre de moyens trop dédaignés par les anciens aliénistes, fidèles aux traditions de l'école de Pinel, et laissés quelquefois dans l'ombre par les modernes qui accordent volontiers la préférence aux grands moyens hygiéniques, à l'isolement, à l'exercice, au régime, aux traitements extérieurs. Sans méconnaître leur importance, nous croyons qu'on peut les combinera l'emploi des remèdes dont la médecine ordinaire fait un si grand usage et avec un succès si légitime.

Mais, pour administrer un médicament, il faut presque toujours le consentement du malade, et chez les aliénés ce consentement nous fait souvent défaut. On emploie alors une foule de subterfuges ingénieux; on les trompe en mélangeant les médicaments à leur nourriture, on invente mille stratagèmes, mais enfin il est des cas où il faut recourir à l'usage de la force.

Contrainte. — Nous touchons ici, par l'un de ses plus petits côtés, à une question de la plus haute importance, celle de la contrainte. Depuis longtemps ce sujet est à l'or-

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dre du jour, et nos voisins en Angleterre, exagérant peutêtre les réformes de Pinel, en sont arrivés presque à proscrire l'usage de la camisole et à laisser ouvertes les portes de leurs asiles, oiî les aliénés se trouvent en liberté. Il faut pourtant se rendre compte du véritable état des choses et ne point accepter des mots pour des réalités. S'il est impossible d'abandonner certains aliénés à leurs impulsions désordonnées, il ne faut point croire que la contrainte exercée sur eux est moins odieuse parce qu'elle s'exerce par les bras des gardiens.

Chez les sujets décidés à se mutiler eux-mêmes, à commettre des tentatives de suicide qui réussissent parfois, chez ceux qui déchirent leurs vêtements et qui brisent tout ce qui est àleur portée, la contrainte est nécessaire, et ce n'est véritablement qu'une question accessoire de savoir si elle sera exercée au moyen d'une camisole ou par l'emploi direct de la force musculaire. Nous ne saurions point approuver non plus l'abus extrême qu'on a fait quelquefois des préparations narcotiques et en particulier des injections hypodermiques de morphine. On supprime ainsi la nécessité delà contrainte, mais c'est en abrutissant les malades ou pour mieux dire en les empoisonnant. Est-ce à leur avantage? Nous ne le croyons pas. Mais, ce qui nous paraît incontestable, c'est qu'on commet une erreur profonde en considérant les partisans de la contrainte, réduite à de justes proportions, comme des hommes peu libéraux et des adversaires du progrès. Il serait plus juste de les regarder comme des esprits positifs qui, sans se payer de mots, veulent toucher le fond des choses et connaître la réalité en tout.

Nous avons formulé les principes généraux qui doivent présider au traitement des aliénés ; les détails que comporta

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