‹ Lecons sur les maladies mentalesChapitre 138 sur 283 · CIVILISATION. 3S · texte numérisé non relu

CIVILISATION. 3S

OÙ l'Européen n'aperçoit rien, et le chef d'une tribu de la Sibérie, au dire de Pallas, avait une vue tellement perçante, qu'il distinguait à l'œil nu les satellites de Jupiter.

Or, les prédispositions intellectuelles et morales se transmettent plus régulièrement encore que les aptitudes physiques par voie d'hérédité. Nous en trouvons de nombreux exemples dans les familles célèbres dont l'histoire nous a conservé le souvenir. Nous savons que le caractère des principales nations de l'Europe se retrouve dans celui de leurs ancêtres. Les Français modernes ont conservé le caractère des Gaulois, et c'est aux pirates Scandinaves, dont ils sont descendus, que les Anglais ont emprunté cette activité inquiète, ce besoin perpétuel de mouvement, cette horreur du repos qui caractérisent d'une manière si remarquable cette grande nation.

Voilà pourquoi les sauvages civilisés, abandonnés à euxmemes,reprennent si volontiers leurs anciennes habitudes On en cite de nombreux exemples, et J.-J. Rousseau nous rapporte 1 histoire de ce jetme indigène qui, après avoir reçu une éducation distinguée par les soins du gouverneur hollandais du Gap, et après avoir longtemps vécu parmi les hommes civilisés, vint un jour déposer aux pieds de son e aueur les armes et les vêtements qu'il en avait reçus et, renonçant à ces dons, reprit le chemin de la vie sauvage, malgré tous les etforts tentés pour le retenir. Jean- ' P^^"^^ ^"P-^-"té de

nln! "T-""'- "^'"'^^ P-^l'expérience et armés u e philosophie moins étroite, nous y voyons la marque fJe hnfluence héréditaire. ^ C'est qu'il ne suffit pas de la courte durée d'une exishumame pour franchir cet immense espace que notre espace a SI lentement parcouru; et les races sauvages, trop

brusquement civilisées, sont menacées aujourd'hui d'une .

extinction complète.

Comment pourrions-nous; en être surpris? Nous connaissons aujourd'hui les modestes origines de toutes les sociétés régulières, et, sans rougir de nos lointams ancêtres, nous savons apprécier, mieux qu'on ne le faisait au siècle dernier, la distance qui nous en sépare. Entre ces robustes Triptolèmes, comme les appelle Broca, qui ont défriché, avec leurs outils de pierre, le sol alors inculte de k France, et les hommes qui occupent ce sol aujourd'hui, il existe un abîme profond dont l'étendue ne peut être mesurée que par ce mot immense : la civilisation.

Mais, dira-t-on, qu'est-ce que la civilisation ? Pour le poète, pour le philosophe, pour l'économiste, pour l'hamme d'État elle peut se définir de raille manières différentes. Pour le médecin, la civilisation est une disposition particulière du système nerveux, acquise par de longs et laborieux efforts, et dont les effets se sont accumulés par la transmission héréditaire.

Voilà pourquoi, messieurs, chacun de nous est lepro^ duit d'un travail qui remonte à des milliers d'années. La part de notre constitution physique et morale qm nous appartient en propre est très minime, si nous la comparons à la part qui revient aux ancêtres; et s'il nous était possible de donner un corps à cette abstraction que nous nommons l'hérédité, et de lui prêter une voix, elle pourrait nous crier dans le langage de l'Écriture : Où étais-tu quand je posais les fondements de ton organisation. ^ ^

Mais il est temps de quitter le terrain des generahtés pour entrer franchement dans l'étude des détails et serrer corps à corps les difficultés réelles que présente le suiet. Et d'abord, au seuil même de la question, nous rencon-

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