FOLIE IDIOPATHIQUE
Il faut se dire, en effet, qu'il est possible de rencontrer une hérédité réparatrice, d'abord par les alliances, ensuite parla modification des milieux, des habitudes, des mœurs; enfin par l'innéité qui vient rompre en quelque sorte la monotonie delà tradition. Ajoutons enfin que, môme pour les prédestinés, la fatalité n'est pas absolue, qu'ils peuvent échapper quelquefois au sort qui les menace , et qu'une éducation bien dirigée peut leur rendre d'immenses services.
C'est ici que se place une question de la plus haute importance pour le législateur et pour le médecin. Faut-il interdire le mariage aux aliénés et aux prédisposés qui en sont issus? Pour les aliénés, il s'agit, bien entendu , des périodes où ils paraissent jouir de leur santé intellectuelle, car l'acte du mariage exige un consentement volontaire qui ne saurait appartenir à un esprit bouleversé.
Ce problème a été résolu diversement par les législations de l'Europe. En Suède, par exemple, le mariage est interdit aux épileptiques; mais, dans la plupart des autres pays, la liberté individuelle a été respectée. Il est difficile de légiférer en pareil cas, et l'on ne doit point oublier que l'interdiction du mariage ne fera point taire les instincts physiologiques chez les aliénés, qui auront probablement des enfants naturels s'il leur est interdit d'en avoir de légitimes.
On comprend donc que le législateur puisse hésiter; mais, pour le médecin,la question se présente sous un aspect différent. Il doit s'opposer de toute son autorité aux alliances contractées par des aliénés, il doit surtout interdire de pareilles unions aux personnes saines d'esprit qui réclament ses conseils. Il doit leur faire envisager l'avenir terrible qui attend leurs enfants et qui peut empoisonner leur propre existence.
Messieurs, en insistant comme je l'ai fait sur l'importance capitale de l'hérédité, j'ai peut-être exagéré mon rôle et je dois faire ici amende honorable. J'admets qu'il peut y avoir des cas de folie idiopathique et que l'on peut quelquefois entrer directement dans l'aliénation mentale (1). Mais j'ai surtout voulu déraciner de votre esprit cette notion vulgaire que la folie est un orage accidentel qui traverse l'existence. J'espère vous avoir démontré que, pour atteindre leur plein et entier développement, les maladies mentales ont presque toujours besoin de rencontrer un terrain favorable, et que le facteur le plus constant et le plus énergique de cette prédisposition morbide, c'est l'hérédité.
Réduite à ces termes, la proposition que j'avais formulée au'débutde cette leçon obtiendra, je l'espère, votre assentiment. Appuyés sur cette base, nous allons discuter les causes, soit générales, soit individuelles, soit prédisposantes, soit occasionnelles, qui peuvent donner heu al ahenation mentale. Ce sera l'objet de la leçon prochaine.
(1) Voir, à Juan du volun>e,rappeudice intitulé : Delafoîie héréclUaire.
DIX-SEPTJÈME LEÇON
Sommaire. - Causes prédisposantes. Influence dP I. •,• État sauvage. - Influence des grandes v s a ' "
gressive de la folie en Europe - H ~~ ^"ffnientalion pro-
- Attraction exercée Z u' Influence des manages consanguins.
juence de i-éducat^. ^^^^Z ^^M^Il^r r^tfl-
Causes individuelles. - Influence de l'âge - Pnbprfp a
- Période intermédiaire - lnn„pn , - Age critique.
- Influence des m , il i I Si ~ '"""^"^^
Villes et campagnes. ~ ® - Habitations. -
MliSSIEURS,
y ' hors pair, comme j'ai cherché à vous le
que d autres influences peuvent venir se marier oour
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grjQ DES CAUSES DE L\ FOLIE.
facilement que toute autre à une analyse méthodique du
Messieurs, de toutes les causes qui P™'™' "f ?" sanceàla tolie. la plus générale, après l'heréditc, c est la civilisation qui, d'après les idées que je tous exposai 1 aue our, n est qu'une hérédité accumulée. Incnm.nee par ins, unocentéeparles autres, son influence peut être très di ersement appréciée. Nous allons plaider devant vo epour et le contre de ce grand procès, vous tassant le soin de prononcer en dernier ressort, lorsque vous aurez pris connaissance des faits de la cause
Rien n'est plus difficile, pour les habitants d un pay civS, que de se taire une juste idée de l'état lutellectu 1 Tun 'ribu primitive. Il faudrait, pour s'en rendre compte, voL été plongé dans la vie sauvage et en ^^^^ conditions contradictoires en apparence ^} <^^<'^^^ l \ User dans la vie d'un seul et môme individu. Toutefo«, i en st des exemples. Il s'est rencontré des hommes civibses ,ui près avoir longtemps partagé la vie des sauvages, sont CtrTs dans une société régubère. Un Américain, qm ava bng'emps vécu dans une tribu de Peaux-Rouges, e en p - ta'd k la vie civilisée, racontait ses sonveriirs
langue maternelle. 11 avait tout perdu de la cm- S on u -ouleur blanche, quil'avait fait reconna«
lisation, sd yéniiipaee d'un navire anglais. Ra-
MFLtlEBCE un U CIVILISAITO». 371
qu-il avait oublié depuis r.1go de diwepl ans, el lorsqi. .1 put enfin rendre compte de son état antérieur, il avoua, que 1 absence de toute idée étrangère aux appétits le» p us grossiers en était le caractère fondamental
lei est mconlestablcment l'état intellectuel et moral de 1 homme pr,m..,f. Sur un fond aussi nul, comment conce ve,r 1 exp loston de la folie 1 On ne voit pas le clou où el e pou™,s accrocher. Il nous est donc facile d'admettre g e la fobe est mconnue chez les Peaux-Rouges et chez les race noires les plus inférieures. On l'affirme sans le prou r mais le simple bon sens nous incline à le croire
II en est bien autrement lorsque le développement progressif des sociétés a introduit mille complicatLs dans ,a ne. La multiplication des idées et des besoins donn u essor tout nouveau àl'aclivilé intellectuelle, et, par une né
1 esprits. C est là, sans doute, un effort nécessaire, mais qui ne convient pas i toutes les organisations. Enfin et surtout, la lutte pour la vie vient exercer suri'in- .S»ce une action souvent funeste. Laissez-moi vous i ^éter,cequi tue l'intelligence, ce n'est point l'efforrc'e langoisse, ces. le travaildoublé d'inquiétude. Je ne saurai rien concevoir de plus salutaire pour l'esnrit „ ™ rtsulier aumiUo,,,!' • P™' '"^P"' 9" un trava ouuer, au milieu d une existence assurée Mais r.'».f i
itîtoiiperet bouleverser notre carrière mm v^rr -vu de nos facultés court le risque d'êtrP . ^ ^
Ces conditions dan^ereimp^ nni férence dans les nTvf ? ' ^ ' ^'«^"««"trent de pré- ' pays les plus civilisés, acquièrent une
„,épondéranoG incontestable dans les grands centres de population, dans les villes industrielles, dans les grandes Capitales où viennent atauerees existences caldma.res <in>, pour bien des prédisposés, sont le vesttbule de la tohe ' Il est difficile d-apporter des preuves mathémafqu e, a rappui de ces assertions. Cependant la stat>sfque semb une certaine mesure, les confirmer, -eus pr-nte
,uel,ues ff^^^Z^^r^^^; en
On trouve 1 aliéné en Autriche sut Prusse, 1 sur 447 ; en Angleterre, i ^"^ f ''^^;;-. 1 sur 38S ; en Bavière, 1 sur 927 ; en Suède, 1 su. 99 L«e,.sur29i;en Danemark, i sur 360 , anx
États-Unis, 1 sur 622 po~;;r:im:::'.abitants, la proportion serait
'^Ce'rbieaune présente évidemment .^^'^J^^^
rer;:^"rayC.:sciviiisésUé^^^^^^^^^
où, a statistique est le mieux orB-- e^™^ ,
«e, aeux pays juxtaposés et dont semble. Il n'e» est pas moins vra. que d " „érale,les chiffres que nous venons d attribuer aux pays les plus avances en culture mtelle la plus forte proportion d'alienes. e'estl'aug- Mais ce qui paraît absolunaeut -n»"'^^ f^,, ,eul mentation progressive de la fobe en Europe. Dan»
nONNIÎRS STATISTIQUES. 373
et môme pays où, comme en France et en Angleterre, les mômes procédés de recensement sont en vigueur depuis plus de quarante ans, l'accroissement constant des maladies mentales est au-dessus de toute contestation, surtout en ce qui concerne l'alcoolisme et la paralysie générale
II est enfin un argument, fondé sur les conséquences des mariages consanguins, et qui vient àl'appui de notre thèse Chez les sauvages, les unions de cette espèce ne paraisseni offrir aucun inconvénient, et l'on comprend que, dans de petites tribus, composées à peine de trente à quarante in dividus, la parenté la plus rapprochée ne saurait être un obstacle à l'union des sexes.
Kane, dans un voyage d'exploration au pôle Nord a ren contré sous les plus hautes latitudes une agglomération de dix-sept Esquimaux qui vivaient tellement éloignés du reste des humains, qu'ils se croyaient les seuls habitants de la terre; et cependant, cette petite agglomération d'individus continuait à vivre et à se propager depuis plusieurs générations. Il en est de même, à peu de chose près, dans plusieurs petites vallées des montagnes de l'Europe C'est ainsi que, dans la vallée de Joux (canton de Vaud) il n'existe P-mi les habitants que trois noms de famille et dan ^ des Or^onts tout le monde s'appelle A^il o ^ j '^'r!"' - ^^^^^ de terre sont les -
eu vi ,r ''""^ P--it par Tem-
père H, vint se réfugier dans les montagnes helvétiques Oue leq.,e soit l'authenticité de cette tr dition i t n contestable qu'une parenté très étroite doit ^li r 1 re"
obl",'°^''u' mariages consanguins
«te. les hab„a„ts des villes ou des pays dont la civilita.ion
est plus avancée, est universellement admise. Plusieurs auteurs ont étudié cette question. Je me contenterai de vous citer un intéressant travail de Berain, d'après lequel, sur 31 enfants nés de relations incestueuses entre le père et la fille, la mère et le fils, le frère et la sœur, il se trouvait 19 idiots et 1 épileptique.
Or, nous savons que, chez les animaux domestiques, ces unions plus que consanguines sont l'un des plus grands moyens de perfectionnement de la race. C'est ainsi qu'on est parvenu àobtenirles types les plus accomplis du cheval, du bœuf et du mouton. Donc , plus on se rapproche de l'état de nature et plus les unions consanguines favorisent le perfectionnement de l'espèce; plus on s'en éloigne, et plus ces unions conduisent à la folie, à l'idiotie et aux névroses convulsives, preuve manifeste de l'influence prédisposante de la civilisation.
Je vais maintenant, messieurs, plaider la cause opposée, en vous offrant rapidement le tableau des objections qui
^e dressent contre cette manière de voir.
^ Si dans lespayslesplus civilisés, on constate l'existence
d'un' plus grand nombre de fous, cela tient peut-être à ce que les méthodes de dénombrement sont mieux organisées et plus rigoureusement appliquées. Est-il possible, d ailleurs, dans un pays quelconque, de connaître exactement le nombre des aliénés? En dehors des villes, en dehors des maisons de santé, combien n'existe-t-il pas de cas quon dissimule soigneusement et qu'on dérobe à la connaissance du public pour cacher la honte et le désespoir des famille. / D'ailleurs, il existe un grand nombre d'aliénés en liber e qui jouissent paisiblement de leurs droits civils et politiques. J'en connais plusieurs pour ma part, et vous en