PRÉDISPOSITIONS MORBIDES
tissent pour ainsi dire avec une force insolite, au milieu du silence où il est plongé.
Bien différent de l'emprisonnement cellulaire, l'emprisonnement collectif pervertit les mœurs et conduit au vice ; mais il ne mène pas à la folie et n'alfaiblit nullement les capacités mentales.
D'après les statistiques recueillies à Dublin, l'emprisonnement cellulaire donnerait une proportion de 11,56 pourlOO d'aliénés, tandis que l'emprisonnement collectif n'en four^ nirait que 0,24.
Nous avons maintenant à vous signaler un second point de vue très intéressant. La folie se manifeste chez les prisonniers surtout dans les premiers six mois de leur captivité. La tolérance s'établit dans le second semestre, et après une année révolue il ne se produit que très rarement des cas de folie. Cela se comprend assez ; car une fois la violence des premières impressions calmée, le prisonnier s'habitue à son sort et prend pour ainsi dire la forme du moule où il est enfermé.
Un troisième point est plus important encore : si la folie des prisonniers est analogue aux aliénations mentales des sujets en liberté; si les formes les plus habituelles sont la manie, la mélancolie et l'hypocondrie, il n'en est pas moins vrai que le pronostic est tout autre. La folie des pri sonmers se caractérise surtout par la gravité de la maladie par la rapidité de sa marche et par une tendance marquée vers la démence. C'est surtout chez les isolés qu'il en est a^nsi ; au début de la maladie, plusieurs d'entre eux guérissent lorsqu'on les rend à la prison collective.
sonni^r?'' ^--^^^^ «hez les aliénés pri-
2TZ . P^^^°^^"^nce d'un délire plaintif. Ils parlent sans cesse des injustices commises à leur égard, des per-
gCJ2 IIES CAUSES OE LA FOl.lE.
sécuUons dont ils sont l'objet ; ils sont tourmentés par des espérances de pardon sans cesse renaissantes et constamment trompées. Ils sont entretenus dans ces convictions erronées parles hallucinations de l'ouïe qui leur annoncent souvent une grâce prochaine.
En résumé, l'individu qui entre en prison en sort presque toujours amoindri au triple point de vue intellectuel,
nhvsique et moral. , , v . ^
Messieurs, je crois avoir épuisé ou i peu près la l.ste d s causes de la folie qui présentent un caractère gen ral Je vais maintenant vous parler de celles qu. se rattachent e plus directement à l'individu. Ce sont les maladies elles
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névropathique, comme l'a dit Sandras condu.t tac, emen i la folie qui souvent, comme le fait observer Morel n est 'iîwration du caractère habituel denndin u Ma.s au délit des tempéraments névropath.ques, il ï a les né oses, qui fournissent t l'aliénation mentale un r. he contingent. L'épilepsie, l'hystérie, la choree le go.ue erophtaimique, la paralysie agitante et même les nevralries sont des causes actives d'aliénation monta e
' Q nt aux affections organiques de Vencéphale, . é> relativement peu de cas de véritable folie qui relèvent de cet cause. La forme de déchéance intellectuelle qui lés^e e plus spécialement des lésions matérielles de en-
éoMe est la démence avec ou sans aphasie. Aux affection
Sales iHa-Uoindrelesaffeoa^^^ influer à leur tour sur le développement des aflection
Te'f maladies générales et diathésiques ont aussi une Les maladies ge rhumatisme, la
influence directe sur la fohe. La goutte,
scrofule, la phtisie, la syphilis, sont des exemples qui se présentent immédiatement à l'esprit ; on peut en rapprocher les maladies infectieuses, le typhus, la fièvre typhoïde, les fièvres éruptives et surtout la variole, enfin les fièvres intermittentes.
On doit aussi faire une large part aux appauvrissements divers du sang et plus spécialement à la chlorose et à l'anémie.
Quant aux affections des organes éloignés des principaux viscères de l'économie, elles donnent naissance à l'immense famille des folies sympathiques. Le type de ces désordres intellectuels, ce sont les folies génitales ou dysphrénies sexuelles. L'influence des organes génitaux sur les fonctions de l'intelligence est tellement connue, qu'il nous suffit de l'indiquer ici. Mais un rôle important doit être également attribué aux affections de l'estomac et des intestins, ainsi qu'aux maladies vermineuses. Il faut y joindre les maladies du foie, les maladies des reins et surtout les affections aiguës ou chroniques des organes respiratoires. Enfin les maladies du cœur exercent une influence qui n'a jamais été contestée sur les troubles intellectuels. En réalité, elles n'agissent pas à la manière des maladies sympathiques, mais elles troublent surtout l'organe de la pensée, en agissant directement sur la circulation qui le nourrit. Tantôt, en effet, les folies cardiaques sont congestives, tantôt eUes sont anémiques, tantôt enfin elles relèvent d'une asphyxie incomplète.
Mais il est un principe général qu'il ne faut jamais ou- Wier, c'est que, sans une prédisposition spéciale, qui prépare pour ainsi dire le terrain sur lequel doit s'exercer laotien nocive de la maladie, ces causes morbides ne sauraient jamais atteindre l'intégrité des fonctions Intel-
lectuelles. Il faut ici, comme partout ailleurs, le concours . de la semence et du terrain pour faire germer la moisson pathologique.
Je me suis attaché jusqu'ici à mettre en lumière les prédispositions qui souvent influent sur l'origine de la folie. Je me suis efforcé de vous montrer que la constitution du sujet, ses affinités morbides, ses qualités héréditaires, enfin, le milieu dans lequel il a vécu, sont les assises du terrain pathologique sur lequel doit germer l'aliénation mentale. Il nous reste maintenant à parcourir la série des causes occasionnelles, c'est-à-dire des accidents qui viennent provoquer l'explosion d'une maladie jusqu'alors latente et qui couvait dans l'ombre. L'arme est chargée, le coup va partir dès qu'on aura pressé sur la détente. Tel est, en médecine mentale, le rôle des causes occasionnelles.
On les divise en causes physiques et en causes morales ; mais parmi les causes physiques, il en est plusieurs que nous avons déjà classées parmi les prédispositions; telles sont, par exemple, les maladies, soit locales, soit générales, soit diathésiques, soit accidentelles, dans le cours desquelles l'aliénation mentale peut éclater. Il s'agira donc exclusivement ici des causes immédiates qui provoquent directement l'explosion des accidents à la manière d'un choc qui fait jaillir l'étincelle.
De toutes ces causes, la plus directe est le traumatisme. Les chutes, les coups, les blessures à la tête peuvent déterminer soit une commotion cérébrale, soit uné lésion consécutive, soit un délire instantané.
Les tumeurs cérébrales reconnaissent souvent pour cause un traumatisme extérieur. On trouve à cet égard de nombreuses observations dans les auteurs et l'on ne peut conserver aucun doute sur la réalité de cette filiation mor-
TRAUMATISMES : LlSSIONS DE l'oREILLE. 39S
bide. On comprend donc aisément pourquoi des altérations profondes du cerveau conduisant à la folie peuvent être déterminées par un accident de ce genre. La paralysie générale semblerait résulter assez souvent d'un coup sur la téte. Morel rapporte l'observation d'un gendarme qui, à la suite d'une chute de cheval, devint, mais longtemps après l'accident, paralytique général. Nous avons en ce moment à la Clinique un cas fort remarquable de ce genre. Il s'agit d'un homme qui, conduisant une voiture lourdement chargée, fut renversé avec son véhicule. Il reçut un coup à la tête, perdit connaissance et passa deux mois dans un asile d'aliénés. Il revint graduellement à la santé; mais, des deux langues qu'il avait apprises, le français et l'allemand, il en avait oublié une, il ne parlait plus que le français. Bientôt on s'aperçut que son intelligence avait notablement baissé; il perdait la mémoire et s'exprimait très difficilement. Incapable de travailler, il dut entrer dans mon service à l'hôpital Laennec, d'où il a été transféré à la Clinique. Il présente aujourd'hui tous les symptômes d'une paralysie générale fort avancée (1).
Souvent aussi les traumatismes de la tête déterminent une commotion cérébrale ; le malade se rétablit promptement, mais il lui reste une prédisposition morbide qui le fait délirer sous l'influence des causes les plus légères Quelques excès alcooliques, une simple orgie, une querelle tant soit peu violente, suffisent alors pour faire dérailler son jugement et provoquer l'explosion de la folie.
Mais 11 existe des observations où l'on a vu le délire éclater immédiatement. Mon maître Ghassaignac en a rapporté un exemple frappant. Une femme de quarante-cinq
mallt ''''' ^^«'^'•«^^ d'origine Irau-
396 I>Iîf^ CAUSES DR LA FOLIE.
ans tombe du haut d'un escalier en bois ; on la transporte à l'hôpital dans un état d'excitation maniaque caractérisé par un bavardage incessant. Elle guérit rapidement après une application de sangsues.
Le processus qui se produisit en pareil cas se montre à nu pour ainsi dire dans une observation de Wherry- Bacon (]). Un homme de trente-huit ans, sculpteur sur bois, est frappé par un lourd marteau qui lui tombe sur la tête d'une hauteur de 6 pieds. Il ne perd pas connaissance, mais à partir de ce moment il est tourmenté par des vertiges et un malaise général ; son esprit s'affaiblit, il devient incapable de travailler. Cinq mois plus tard, il est pris de folie avec impulsion au suicide. Transporté dans un asile d'aliénés, il subit l'opération du trépan au lieu de la blessure, c'est-à-dire sur le pariétal gauche. Au-dessous de l'os, on trouve la dure-mère tuméfiée, violacée, épaissie. La guérison se fait rapidement et le malade est rendu à ses occupations trois mois après avoir subi l'opération.
Vous me permettrez, à cette occasion, de vous faire observer combien est dangereuse la brutalité de certains maîtres qui frappent leurs élèves à la tête. Il en est souvent résulté des troubles intellectuels permanents et profonds qui ont influé sur l'avenir des petits malades. On peut en dire autant de ces coups sur la tète qui sont si souvent le résultat de la turbulence des jeunes enfants.
Je passe maintenant à un autre ordre de causes très voisines des précédentes :je veux parler des lésions de l'oreille interne et moyenne. Toynbee a démontré que les inflammations de la caisse ont souvent pour conséquence la cane
(1) Brilish Médical Journal, 16 octobre 1880.
INSOLATIONS, CAUSES MÛIIALES. 397
des os du crâne et des abcès du cerveau, La mort peut être souvent le résultat de ce processus pathologique ; mais, à un moindre degré, c'est l'aliénation mentale qui se manifeste, et voilà pourquoi, chez certains sujets, on voit la folie se développer sous des causes en apparence insignifiantes, un simple rhume de cerveau par exemple ; c'est que l'inflammation partie des fosses nasales a gagné la trompe d'Eustache et a pénétré dans l'oreille interne.
Une autre cause d'ordre purement physique est la répercussion des exanthèmes, dont l'influence a été signalée de tout temps. Il faut y joindre les érysipèles du cuir chevelu qui, selon M. Baillarger, sont presque l'équivalent d'un traumatisme local.
Il est une autre cause d'ordre physique dont l'importance est tellement considérable, que nous croyons devoir lui accorder une place à part : il s'agit de l'insolation. Les effets de la chaleur sur la tête ont été étudiés par de nombreux auteurs. Le premier résultat est une élévation rapide de la température, qui peut s'élever à 40 et 42 degrés et même au delà. La respiration s'accélère ; le pouls bat quelquefois jusqu'à 140 fois par minute. On -voit éclater des sueurs profuses, phénomène qui coïncide par moment avec la suppression des urines.
On voit apparaître en même temps des phénomènes nerveux ; Il se produit du vertige, des tintements d'oreille, des éblouissements, une sensation de pression, une douleur à ^a nuque.
Les troubles intellectuels ne tardent pas à paraître : il agit surtout d'une dépression morale, d'une tristesse profonde qui peut aller jusqu'à la lypémanie et s'accompagner d hallucinations. C'est alors que se produisent ces impulsions au suicide qui ont été si souvent signalées dans les
armées en campagne. Souvent, sous l'inauence de cet état, les soldats se tirent un coup de fusil et restent morts sur
place. .
Quand les accidents n'ont point dépassé le premier deoré la fraîcheur, des boissons rafraîchissantes et quelques soins hygiéniques peuvent souvent rétablir le malade. Mais si l'action de la chaleur se prolonge, les phénomènes deviennent de plus en plus graves ; il se produit des convulsions accompagnées d'un délire des plus violents, et qui se terminent fréquemment par la mort.
Mais ce qui nous intéresse le plus, c'est de connaître l'état intellectuel des sujets qui ont échappé à la maladie. Il existe souvent chez eux une excitabilité cérébrale qui les expose à des accidents très graves, sous l'influence de causes très légères. On voit alors éclater un délire aigu, bientôt
suivi de mort. . ,
D'autres fois, c'est une folie chronique qm succède a l insolation ; on peut observer alors toutes les formes du délire ; celle qui prédomine le plus habituellement est l'excitation maniaque avec affaiblissement progressif de l'intelligence La démence envahit bientôt la scène, le malade est frappé de paralysies multiples et finit par succomber. ■ Les lésions anatomiques sont très variables ; on a constaté de la méningite, de la méningo-encéphalite, de la pachyméningite et de l'œdème cérébral. Quand toutes ces lésions font défaut, on trouve souvent une congestion veineuse très intense. Enfin, L. Meyer a signale un cas de sclérose cérébrale.
Pour compléter le tableau des causes physiques de la Je devrais vous signaler les effets du froid, ceux d n an imi et de quelques autres conditions hygiéniques
INSOLATIONS, CAUSES MOIIALES.' 399
fâcheuses; mais, pressé par Je temps, je crois devoir terminer ici cette énuoiération.
II me tarde, en effet, d'arriver aux causes morales, qui sont incontestablement l'origine la plus classique des maladies mentales. On peut se demander quelle est la fréquence relative des deux grands ordres de causes qui engendrent la folie. Esquirol, Guislain, Parcliappe, Morel et les auteurs français accordent une grande prépondérance aux causes morales. Les observateurs modernes, surtout en Angleterre, accorderaient volontiers une plus grande part d'influence aux causes physiques. Il me paraît absolument inutile de citer ici des chiffres.
Mais, vous le comprendrez aisément, tout dépend de l'interprétation des faits. Si, conformément aux idées que je viens de vous exposer, l'on accorde une importance capitaie aux prédispositions morbides, alors, sans aucun doute, les troubles physiques prendront le premier rang ; si l'on restreint le débat aux causes immédiates de la folie, les émotions morales occuperont de droit la première place.
D'ailleurs, il est des cas où la distinction est vraiment difficile à établir. Parmi les causes de la folie, il en est une dont 1 action est incontestable. C'est la perte de la virginité. Un a vu des jeunes femmes, immédiatement après leur manage, ou à la suite d'une violence dont elles ont été victimes perdre subitement la raison. C'est la folie postconnuhiale des Anglais. S'agit-il, dans l'espèce, d'une cause morale ou d une cause physique ? La discussion serait évidemment oiseuse et stérile, et l'on peut en dire autant de toute la po- ^éraïque soulevée au sujet de la prépondérance des causes psychologiques ou matérielles sur le développement des maladies mentales.
400 OES CAUSES DE I.A FOl.lE.
Il nous suffira de dire qu'après avoir réservé la part des prédispositions morbides, on ne saurait contester l'immense influence des émotions morales. Toute impression violente portée sur les facultés intellectuelles détermine un trouble momentané dans les fonctions cérébrales. Pour peu que la nature s'y prête, l'effet devient permanent. La frayeur, la joie, les chagrins sont autant de causes qui peuvent incontestablement déterminer la folie. Les exemples surabondent et Ton n'a pour ainsi dire que l'embarras du choix.
La frayeur peut brusquement déterminer un accès de folie On a vu des soldats perdre la raison pendant un bombardement, et, sur le champ de bataille, il est des hommes qui, en voyant tomber leurs camarades, sont devenus fous. J'ai' connu un homme excellent, mais qui manquait entièrement de courage, qui, assistant de loin à une chasse au cerf, se croyait en sûreté, lorsque tout à coup il se trouva brusquement en face de l'animai irrité, qui venait de franchir une petite rivière ; il ne reçut aucune blessure, mais il eut un accès de manie aiguë qui dura qmnze
jours. .
Ce que la frayeur peut faire, la joie le fait aussi. Gregory rapporte l'observation d'une mère et de ses deux filles qm, après avoir vécu longtemps dans un état voisin de la misère, se virent subitement à la tête d'un riche héritage; malheureusement leur raison ne put point résister à cette secousse : elles devinrent folles toutes les trois. ■
Le plus souvent ce sont les émotions tristes, les chagrins, les déceptions, les revers qui déterminent l'explosion delà folie La perte de la fortune, l'incendie d'une maison, la mort d'un ami sont des causes qui, agissant brutalement sur l'intelligence, la frappent quelquefois d'un coup mor-