‹ Lecons sur les maladies mentalesChapitre 152 sur 283 · INTERROGATOIRE DES ALIÉNÉS · texte numérisé non relu

INTERROGATOIRE DES ALIÉNÉS

de l'écriture peuvent eux-mêmes fournir des indices. Elle est souvent heurtée, précipitée, mal formée. Elle présente quelquefois des caractères vraiment insolites. C'est ainsi que Buchner a signalé ce qu'il appelle « l'écriture de miroir » , c'est-à-dire une écriture dont les caractères sont formés de telle manière qu'on les aperçoit comme s'ils étaient réfléchis par un miroir. C'est surtout dans la paralysie générale qu'on a signalé ce phénomène; je vous l'indique à titre de curiosité.

Mais ce que vous rencontrerez le plus souvent, ce sont des phrases incomplètes oiî manque un verbe, un substantif, un membre important; ce sont des mots soulignés, • comme si le malade voulait donner à ses écrits toute l'emphase qu'il apporte dans ses discours. Dans certaines lettres, surtout dans celles qu'écrivent les femmes, c'est à peine si on trouve un mot qui échappe à cette règle. Ailleurs, c'est un déluge de points d'exclamation ; ce sont des points d'interrogation jetés au hasard dans le texte ; ce sont enfin des formules étranges, des expressions forgées par ie malade et dont il est souvent difficile de comprendre le sens.

Nous arrivons maintenant aux caractères physiques de l'aliénation mentale. Avant même de commencer l'interrogatoire, l'observateur attentif sera frappé de l'attitude de l'aliéné, de sa physionomie, qui semble porter le masque de la folie. On dit avec raison que les fous ont souvent les yeux hagards, et, en effet, les yeux ont presque toujours une expression singulière ; tantôt fixes, tantôt mobiles, ils impriment à la figure un cachet particulier.

Les traits sont contractés et l'on voit se dessiner d'une laçon prématurée des rides sur le visage, phénomène frappant lorsqu'il s'agit d'une femme jeune encore. Chez quel-

414 niAGNOSTir. de i.a four en général.

ques individus, on constaLo une parosic do certains muscles du visage; souvent, comme le fait observer Buckaill, il existe une différence marquée entre les deux moitiés gauche et:droite de la face, ou bien entre les parties inférieure et supérieure du visage ; la bouche peut être expressive tandis que les yeux sont ternes ; ou bien, au contraire, les yeux sont animés tandis que la bouche entr'ouverte et les lèvres pendantes ont l'expression de la stupidité.

En thèse générale, les aliénés sont laids, plus laids que nature, et lorsqu'ils reprennent leur bonne mine, c'est un signe des plus favorables. Toutefois, il est des femmes dont les traits un peu vulgaires prennent, sous l'influence de l'excitation maniaque, une-tournure illuminée et poétique qui' contraste avec leur expression ordinaire.

Les téguments sont très souvent pigmentés ; une couleur bistre, qui est peut-être le résultat d'une hématose incomplète, se répand sur tout le visage, quelquefois sur tout le corps.

Des signes plua importants encore vous seront quelquefois fournis par l'hésitation de la parole, par le tremblement, par le strabisme, par l'inégalité des pupilles, et par d'autres conditions qui relèvent de cet ordre d'idées.

N'oublions pas l'attitude des aliénés, qui tient le milieu entre les phénomènes physiques et les symptômes purement intellectuels. En effet, cette attitude est en rapport, non seulement avec l'état des forces musculaires, mais aussi avec les idées dominantes qui gouvernenl le malade. Les uns .e tiennent accroupis dans un coin; les autres sont agites, ;ont et viennent sans cesse ; d'autres enfin se trahissent par des détails infimes, mais qui, pour l'observateur attentif, sont de précieux renseignements. J'étais appelé, un jour, dans une maison où régnait un grand luxe, où le maître vi-

ni.VGNOSTIC AVEfl LES MAIAniES n'oRnnE SOMATIQUÉ. 4lo

vait entouré de serviteurs nombreux. Apeine avais-je sonné, que le maître de la maison venait lui-mÔme ouvrir la porte. Pourquoi venir? Pourquoi ne pas laisser les domestiques remplir leur devoir ? C'est que l'agi'tation perpétuelle qui le dévorait ne lui permettait pas d'abandonner à un autre le soin d'apprendre quel était le nouveau venu qui venait se présenter chez lui, et qu'il craignait déjà sans le con. naître.

Dans la conversation, les aliénés se livrent souvent à des gestes exagérés et hors de toute proportion avec leurs paroles. Ils ont souvent des tics, des contorsions de la face Leur mauvaise tenue les trahit souvent ; ils sont mal mis,' malpropres; leur mise est excentrique, leurs vêtements sont en désordre. Sous prétexte de les ausculter, vous les désha^ billez et vous trouvez, dans les profondeurs les plus intimes de leurs vêtements, tout un magasin d'objets divers • un peigne, du pain, du fromage, un mouchoir, des cailloux enfin tout un assortiment de choses disparates qui témoignent des préoccupations les plus insensées, ou d'une perversion de l'instinct de la propriété.

Nous arrivons maintenant aux commémoratifs, Ils sont de la plus haute importance lorsqu'il est possible de les obenir. S'il vous est donné de reconstituer l'histoire du maade cherchez à savoir quelles étaient ses préoccupations habituelles. Suivez avec une attention sévère la généalogie morbide du sujet. Informez-vous de ses habitudes," de son entourage. Sachez enfin s'il a eu d'autres accès d'aliénation 2 ntale, car, dans l'ordre des troubles psychiques, rien n'est plus fréquent que la récidive.

On doit aussi attacher une grande importance aux névroses qui ont existé antérieurement chez le malade ou qui le tiennent encore sous leur joug : l'hystérie, l'épilepsie, la

4Hi nuONosTic de u four en C.ÉNlîftM..

chorée, la paralysie agitante, le goitre exophtalmique, et

enfin les affections organiques de la moelle épinière.

Dans un ordre d'idées différent, on tiendra le plus grand compte des changements d'habitude, de la dépravation des goûts et des autres phénomènes qui ont précédé ou accompagné la crise dans laquelle le délire a éclaté. Nous en dirons autant de plusieurs maladies d'ordre somatique : la phtisie, les affections du cœur, la fièvre typhoïde.

Tels sont les moyens d'investigation qu'il convient de mettre en usage. Mais le diagnostic est porte, la fohe es reconnue ; il nous reste à déterminer la forme du dehre^ laquelle nous avons affaire. H ne faut pomt s arrêter ic 1 distinctions d'école. Je veux seulement vous indiqu les divisions pratiques qui coïncident avec es faits que nous observons le plus souvent dans les asiles d aliènes

C'est incontestablement la paralysie générale qui tien le premier rang par sa fréquence. C'est une maladie qui est très certainement en voie d'augmentation, du moins en France, et surtout à Paris. 11 faudra donc songer a la paralysie générale avant tout, quand vous serez en présence

d'un aliéné. , ,

Nous accorderons le second rang à l'alcoohsme don les ranges augmentent toujours, malgré l'invasion du plijl-

'"Tcôté de l'alcoolisme, il faut ranger les autres folies toxiques, celles qui résultent de l'abus de l'opmm et surtou e morphine, et ,ui, peu communes dans nos pays so très fréquentes en Angleterre, en Amérique et surtout dans ?e trLe Orient. 11 faut y joindre la folie saturnme e= treublesintellectuels produits pard'autres agents nu.s,b c.

*s rangeons en troisième ligue le délire des persecu-

FOLIE SIMULÉE. 4l7

lions; presque toujoiu's, quand nos malades n'appartiennent point à lune ou l'autre de nos deux premières classes, on pourra les placer dans la troisième.

Nous classerons après celle-ci la folie consécutive aux névroses, et après elle ïa folie sympathique, celle qui se rattache à des lésions organiques de divers viscères, la folie cardiaque, la folie hépatique, la folie utérine, la folie puerpérale, la folie des tuberculeux.

En dehors de ces catégories se place toute une série de délires qui échappent à toute classification méthodique

Je suis loin de vous proposer ces divisions comme offrant une valeur scientifique absolue. J'ai seulement voulu vous offrir un moyen de classement qui pourra vous diriger dans vos interrogatoires, et vous permettre d'arriver plus rapidement au diagnostic.

Nous arrivons maintenant au troisième point. Les maadies ordinaires, dans certains cas, peuvent emprunter le masque de l'aliénation mentale. La fièvre typhoïde est. à cet égard, une source féconde de surprises. Souvent il arrive que le malade atteint de troubles intellectuels, indépendants en apparence de toute lésion organique, est envoyé dans un asile d'aliénés. Il succombe, et, à l'autopsie, on trouve les lésions caractéristiques des plaques de Peyer. G s qu en effet la fièvre typhoïde ne se manifeste pas Lu- 01.. au début par des troubles physiques; elle peut ne

seul " --ti^-

à lui seul tout l'appareil symptomatique de la maladie. La

pneumonie se comporte souvent de la même façon. La mé-

s s r '^'i ' T ^^"^"^^^ ^'^1^^^^^^°^ ™^^tale dans m n / '''^'''''^ "^'^'^'^ de cette espèce sont souvent dangereux pendant la période active de leur

418 DIAGNOSTIC DE LA FOLIE EN GÉNÉnAL.

délire. Il y a six ans, au lualade me fut envoyé dans mon service à Saint-Antoine. A peine avait-il occupé son ht qu d se précipita sur son voisin pour le tuer. Un accès violent de délire avait éclaté. Le malade succomba deux jours plus tard, et à l'autopsie on trouva toutes les lésions de la me-

nineite aiguë. . , , j •.

Quant Ua méningite chronique, elle appartient de droit à l'aliénation mentale dont elle constitue une des provinces

les plus fertiles. ,

B est une afteclion, ou plutôt un =λP'»7' V''' observateurs inattentits peuvent souvent confondre avec ' Ûration mentale : je veux parler de l'aphasie à ses .vers degrés. Un malade qui répète toujours les mêmes mots ou : balbutie des phrases ininteliigibles P-' -ement ■ raitre aliéné à un observateur inattentif. Le diagnostic ot J-elquetois des diftlcultés réelles, d'autant plus que l'aphasie peut tort bien compliquer certaines formes d ahé-

nation mentale. . i'„i;Ana-

Il est enfin un état qui peut tort bien simuler 1 a h n tion mentale : je veux parler de l'ivresse prolongée, qu i faut pas confondre avec l'alcoolisme chronique On voit souvent en effet, à la suite d'e.cés bachiques très prolonun homme d'ailleurs bien portant P^senter pendan fuetaues jours tous les caractères de l'aliénation mentale rSt d'une expectation savante pour le rendre assez promptement ii la raison.

Abordons maintenant la question de la folie simidée Jusqu'ici nous nous sommes supposés en presence d un aliéné qui peut cacher son état ou plutôt qui I ignore. 1 n ,s faut maintenant renverser les données du prob èn^. ,U ou aut aborder la lutte avec l'homme sain d espnt qui,

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