I''0LIE SIMULÉE
L'aliéné, au contraire, ne cherche presque jamais à se cacher ; il ne prend aucune précaution pour éviter d'être arrêté. Enfin, et ceci est de la plus haute importance, il n'a point de complices. Tout criminel qui conspire avec un ou plusieurs associés doit être par cela seul rayé des cadres de l'aliénation mentale.
Tels étaient les caractères du crime de Papavoine, qui fut exécuté pour avoir assassiné deux jeunes enfants' et qui était très certainement, non pas un coupable, mais un fou. 2° Quels sont les caractères de l'acte en lui-même? Bien souvent l'absurdité, l'atrocité du crime, la manière dont il a été commis, suffisent pour établir au moins une présomption de folie. Le meurtrier frappe et tue, puis il s'échappe et va se cacher. L'aliéné, au contraire, redouble de fureur en voyant couler le sang de sa victime ; il la frappe plusieurs fois de suite, il la mutile, il la coupe en morceaux, il séjourne assez longtemps sur le théâtre du crime pour compromettre sa sûreté personnelle. Enfin, il est des actes qui portent en eux-mêmes le cachet de la folie. Le sergent Bertrand, qui escaladait les murs d'un cimetière pour déterrer les femmes récemment ensevelies et se livrer sur elles à des actes obscènes, était évidemment un aliéné. 3° Quel a pu être le motif du crime ? Il n'existe jamais de cause suffisante pour justifier une action criminelle, mais on comprend que la vengeance, la cupidité, la passion, poussent un homme à se rendre crimmel. Ce sont là des motifs sinon suffisants, du moins compréhensibles. Mais comment expliquer l'action de Lemaire qui assassine sa belle-mère, parce que, disait-U, Il voulait absolument être guillotiné? Après son exécution, l'on découvrit, à l'autopsie, des traces évidentes de méningite. C'est précisément ici que le simulateur com-
422 DIAGNOSTIC DE LA KOLIE EN GÉNÉUÂL.
menoe à se dévoiler. Interrogé sur les motifs de son crime, il dira : « J'ai des absences, des faiblesses d'esprit. « Jamais l'aliéné n'invoque de pareilles erreurs. 11 se glorifie, au contraire, de ce qu'il a fait. Souvent aussi l'on saisit surtout chez les mélancoliques et les persécutés, des hallucinations qui les ont poussés au crime. Il est de la plus haute importance de savoir si, chez ces sujets, il existait des hallucinations à une époque antérieure, ce qui nous conduit à la question suivante :
2" A quel moment remonte la folie?
Il est évident que si, dans le cours de son existence antérieure, le malade a été déjà traité dans une maison de santé, il faudra tenir le plus grand compte de cette circon-
st &ncG
Mais le plus souvent, chez les simulateurs, c'est après l'arrestation que la folie éclate. Il faut se rappeler cependant que, comme Va fort bien observé M. Motet, .1 est d s suiets qui ont un accès de folie en prison, motive par le trouble et l'inquiétude que leur cause une situation aussi
^''3- Quel intérêt le sujet peut-il avoir à simuler la folie?
Dans le cas de criminalité, la réponse n'est point douteuse. On saisit immédiatement un motif qui peut a Im seul suffire pour inspirer la conduite de l'inculpe.
Restent enfin les antécédents héréditaires ou personnels du sujet, qui devront être scrutés avec attention, écrits, qn? pourront souvent fournir des renseigne-
"trirmaintenant . l'examen direct. Mis en présence
a'un homme qui simule la folie, '•-P'»-«;j7„ f ' l'exagération de ses réponses, par leur défaut de logique,
par leur absurdité. f
KOl.IE SIMULÉE. 423
En général, les simulateurs se font de la folie la même idée que le vulgaire, qui ne regarde comme fous que les gens qui divaguent absolument. Comme le dit fort bien Morel, un aliéné auquel on demande son âge peut répondre : six mois ou six mille ans, mais il ne dira point : 24S fr. 3S, comme le fit un simulateur cité par lui. Ainsi l'absurdité môme des réponses doit mettre l'expert en garde ; d'ailleurs, les simulateurs tombent facilement en des contradictions qui proviennent de la difficulté de soutenir leur rôle.
Un sujet examiné par l'expert se prétendait fils du duc de Mecklembourg-Strelitz. ce Je ne crois pas à votre délire, lui dit un jour l'expert. — Je le sais, répondit-il, 6t j'en suis bien fâché. » Par contre, il faut noter l'opi- .niâtreté de certains simulateurs qui jouent leur rôle jusqu'au bout.
Tuke et Bucknill citent le cas d'un célèbre pick-pocket qui, s'entendant condamner à quatre ans de prison, fut frappé d'une attaque d'apoplexie, avec hémiplégie droite • et démence. Il persista pendant de longs mois à jouer ce rôle ; il se vautrait dans la plus ignoble saleté pour mieux prouver son délire; mais un beau jour ce pauvre hémiplégique, profitant d'un défaut de surveillance, descella les barreaux qui protégeaient une croisée, sauta par la fenêtre escalada les murs de sa prison et se sauva. On ne l'a jamais revu, mais il est certain qu'il s'est joué des médecins en leur faisant admettre la réalité d'une hémiplégie et d une démence absolument simulées.
On peut rapprocher ce fait de l'observation d'un jeune Pâ re (Cari Spechl), âgé de dix-sept ans, convaincu de viol et d assassinat, qui, pendant son procès, joua si bien la démence incohérente avec bégaiement et tremblement
des membres, qu'il fut considéré comme faible d'esprit. 11 obtint le bénéfice des circonstances atténuantes et ne fut condamné qu'à trois ans de prison. A peine le verdict était-il prononcé, quMl fit des sauts de joie; il était guéri de sa démence et parlait librement.
Il est des procédés supplémentaires fondés sur l'emploi de certaines ruses qui permettent de surprendre le secret des simulateurs. Manteggia rapporte l'observation d un suiet devant lequel il dit tout haut à la visite : « Cet individu simule, car il devrait présenter certains symptômes qui n'existent pas. » Le lendemain, docile à la leçon qu il avait reçue, le malade présentait les symptômes dont on
avait parlé devant lui. .
Morel rapporte l'observation d'un voleur qm avait si bien joué la surdi-mutité, que depuis deux ans il était admis dans un asile de sourds-muets; mais un beau jour il fut pris en flagrant délit de monologue, ce qm permit de lui rendre justice et de le restituer à la prison dont il n'aurait jamais dû sortir. ■
On a quelquefois eu recours à l'emploi des anestliésinues de l'éther ou du chloroforme, pour faire cesser certains phénomènes simulés et recueillir, pendant la période d'ivresse, des aveux utiles à enregistrer ; mais ce procédé est infidèle et dangereux et, d'ailleurs, les «^/I^^ peut donner ne seraient pas admis comme preuve devan^
les tribunaux. .
En résumé, il est rare qu'un simulateur soumis a un longue et patiente observation et placé dans des conditions : ées, ne finisse pas par se trahir. Mais il reste oujour des cas douteux, et l'on voit des -™ ateurs doué d u e rare énergie déjouer toutes les tentatives faites pour les surprendre.
FOLIE SmULÉE. 425
Quand le sujet se renferme avec persévérance dans un mutisme obstiné, il est presque impossible de formuler un jugement motivé (1).
(1) Pour de plus amples détails, nous renvoyons le lecteur à l'ouvrage de M. le docteur Lnutent, Étude médico-légale sur la simulation de la fohe, Masson, 1866; et à la thèse de M. le docteur Golndreau