VINGT ET UNIÈME LEÇON
SoMMAiaE. - Considérations générales sur le traitement de la foUe. Curabilité des maladies mentales. - Période prodrom.que ou in.l.ale. Période d'état. - AutophiUo. - Nécessit P^-^-.^'^f'""^^^ ,J lement. - Convalescence : périodes terminales. - L isolement devient a,rs moins nécessaire. - Traitement moral. " TraUement physique. - Traitement hygiénique. - Exercice. - Travail agricole. - A ts mécaniques. - Travail intellectuel. - DiverUssemeiUs spectacles - Régime analeptique. - Traitement médical - Sédatif.. -
Immoral. Tnniaues - Quinquina. — Ârspmc. — Ferru-
r. E"mé„.»OBU». C.El»„U. - Diver. mo,.„s d. 1. pt.liq.er.
Messieurs,
Résumer dans un tableau d'ensemble les considérations générales qui s'appliquent au traitement de la folie est un effort difficile, et je ne puis le tenter qu'à la condition d invoquer toute votre indulgence.Vous le savez, en effet, chaque forme de la maladie, chaque malade pris individuellemen réclame des soins particuliers, et c'est surtout ici, c est surtout dans le traitement de l'aliénation mentale que la règle de l'individualisme s'applique dans toute sa rigueur.
11 n'en existe pas moins des principes généraux, qu on peut formuler en s'appuyant sur l'ensemble des notions particulières, à la condition de s'élever à une hauteur su lisante pour envisagerles règles du traitement dans chaque cas particulier, comme des conséquences qui découlent na-
PÉRIODE INITIALE ; PÉRIODE d'ÉTAT. 439
tiirellement de quelques grands principes. Leur nombre est assez limité pour qu'il nous soit possible de les renfermer dans les bornes étroites d'une seule leçon.
Il est tout d'abord un premier point sur lequel je ne saurais assez insister : c'est que la folie est une maladie essentiellement curable. C'est une erreur, c'est un préjugé profondément enraciné dans l'esprit des gens du monde, que l'aliénation mentale ne guérit jamais. Le médecin doit savoir au contraire que, parmi les aliénés confiés h sessoins, il en est plusieurs qui peuvent espérer un rétablissement complet. Cette conviction doit régner avant tout dans sa conscience ; car la perte de l'espoir mène à l'indifférence en thérapeutique, qui favorise trop la paresse d'esprit, si naturelle à plusieurs d'entre nous, pour n'être point acceptée avec enthousiasme.
La folie est donc essentiellement curable ; il en est surtout ainsi pendant la période prodromique qu initiale, et, malheureusement, il est rare que le malade soit mis en contact, à ce moment critique, avec un aliéniste de profession. Souvent, il poursuit le cours de ses occupations habituelles sans être inquiété, et lorsque, enfin, son état mental attire l'attention, ce sont des praticiens ordinaires, des . chirurgiens, des accoucheurs, qui, les premiers, sont appelés auprès de lui. Voilà pourquoi des notions élémentaires en médecine mentale sont indispensables à tout homme qui veut exercer l'art de guérir. Il importe, en effet, dans les cas élémentaires, de formuler un diagnostic précis et rigoureux. 11 faut surtout se garder de partager les illusions de la famille, qui répugne presque toujours à reconnaître 1 existence d'une maladie mentale chez l'un de ses membres, et qui, chose étrange, parvient souvent à faire partager ses erreurs à des médecins même assez instruits,
440 nu tRAITEMENT DE LA FOLIE EN GÉNÉRAL.
A cette période initiale, le repos de l'esprit, l'exercice physique, le changement de lieu, les voyages, peuvent sou- . vent rendre les plus grands services, surtout quand on les associe à un régime tonique et à des moyens pharmaceutiques choisis avec discernement.
Mais le délire éclate, les phénomènes aigus de la maladie se manifestent. C'est alors qu'il faut reconnaître l'absolue nécessité de la séquestration et de l'isolement. Cette mesure, qui répugne presque toujours aux familles, est commandée par une impérieuse nécessité. Rien n'est plus facile que d'en indiquer les motifs. Et d'abord, il faut éloigner le malade du milieu qui l'environne et qui, bien souvent, entretient et surexcite ses troubles intellectuels. L une des premières conséquences de l'aUénation mentale, c est l'aulophilie; c'est cet état psychologique dans lequel le malade devient le centre de ses propres pensées. Rien ne se passe dans le vaste univers qui ne se rapporte directement à lui. Rien ne se produit dans le cercle qui 1 ennronne qui ne soit immédiatement interprété en faveur de son délire. S'il regarde les personnes qui l'entourent, il lui semble que tous les yeux sont braqués sur lui. S'il écoute une conversation, s'il ouvre un journal, il croit a chaque instant y saisir des allusions à ses idées. Enfin, les hallucinations se mettant de la partie, il finit par étendre son délire sur tout ce qui l'environne et par se considérer comme le point de mire de tous les événements qui se passent dans sa sphère. Cette exaltation morbide du sentiment individuel s'exagère et s'exaspère dans le cercle étroit 2 la vie de famille. Là, le malade exerce une mûuence tvrannique sur tout son entourage; ses moindres caprices ITennent des événements, et il finit par détester ceux
NÉCESSITÉ DE l'iSOLEMENT, 441
qui, courbés devant lui, ne craignent rien autant que de contrarier la moindre de ses volontés.
Transporté dans un asile, il tombe de cette hauteur artificielle où il s'était élevé. Il n'est plus qu'une fraction d'une vaste communauté, un six-centième d'un établissement qui contient six cents malades, et, ce qui accuse le plus manifestement à ses yeux la diminution de son importance, c'est l'obligation de suivre la règle de la maison, qui ne se prête plus à ses exigences tyranniques.
Aussi, dans beaucoup de cas, voit-on naître, chez le malade, ce calme imposé par la discipline et qui est le plus puissant sédatif des esprits agités, inquiets, difficiles à vivre ; on le voit bien au collège et dans les rangs de l'armée, où les plus turbulents s'humanisent. Il est bien entendu que, pendant ces premiers temps, il faut absolument interdire les visites des amis et de la famille,, qui renouvelleraient les mêmes crises, en apportant au malade les mômes causes d'excitation. Il faut l'éloigner des personnes qui lui sont antipathiques et de celles qui, par des complaisances exagérées, quelquefois même par une participation directe, ont excité, soutenu et fortifié son délire. Et d'ailleurs, contrairement à un préjugé vulgaire, le contact des fous dans un asile est bien fait pour ramener le malade au ■sentiment de la réalité. Il se produit là un phénomène de réaction dont un aliéniste sait bien souvent profiter dans l'mtérôt du malade. Quant à la contagion de la folie, ce n'est pas dans un tel milieu qu'elle s'exerce. Son influence ne se manifeste que dans les limites étroites de l'intimité et c'est là précisément une des raisons pour lesquelles il peut être utile de soustraire le malade à son entourage (1).
(1) Rien n'est plus rare que de voir un aliéné partager le délh-e de