‹ Lecons sur les maladies mentalesChapitre 159 sur 283 · DU TUAITEMENI' UE L\ FOLIE EN GÉNÉRAL · texte numérisé non relu

DU TUAITEMENI' UE L\ FOLIE EN GÉNÉRAL

Enfin, et c'est là un argument péremptoire, l'isolement est une garantie pour l'aliéné lui-même, On le protège contre ses propres écarts; on lui impose des règles d'hygiène ; on lui inflige un traitement qu'il aurait certainement repoussé s'il était resté chez lui. En outre, dans les cas de sitophobie, on l'oblige à prendre quelque nourriture, et c'est bien certainement l'un des meilleurs arguments qu'on peut faire briller aux yeux d'une famille récalcitrante. Que ferez-vous, lui dit-on, si le malade refuse obstinément de manger? Il y a là, pour ainsi dire, une réduction à l'absurde qui triomphe souvent dps plus mauvaises volontés.

S'il est impossible de faire entrer le malade dans un établissement spécial, il faut absolument créer une maison de santé autour de lui; il faut l'isoler de ses proches, le loger dans un appartement réservé et lui donner des domestiques qui ne soient que des gardiens déguisés. C'est un moyen de traitement beaucoup plus dispendieux et difficile, mais que certaines familles parviennent à réaliser.

Telles sont les conditions qui conviennent aux malades pendant la période active de leur phronopathie ; mais plus tard il n'en est pas ainsi. Quand survient la convalescence, il est souvent de la plus haute utilité de mettre en liberté le malade et de lui rendre le contact de gens sains d'esprit, qui achèvent de consolider la guérison. Par contre, rien n'est plus dangereux que les sorties prématurées, qui peuvent avoir les conséquences les plus regrettables. Gomment saisir le point précis où il convient d agir/ C'est surtout en pratiquant l'expérience qu'on y parvien-

ses compagnons d'infortune. S'il y a des exceptions à cette règle eues n7se produisent que dans des conditions spéciales. (Voir plus loin, Polie à deux.)

TRAITEMENT MOnAL. 443

dra ; les sorties provisoires permettent de juger le malade et de prévoir, dans un§ certaine mesure, s'il fera un bon usage de sa liberté quand elle lui sera définitivement rendue.

Mais il faut envisager, en aliénation mentale, un genre de terminaison tout opposé. Le malade peut verser dans la démence ; il perd alors l'activité des phénomènes qui ont marqué les périodes antérieures de son délire ; il devient un corps inerte et n'est plus, dans la famille, qu'un membre inutile et gênant. C'est surtout alors que les parents veulent le placer. C'est surtout alors que la chose est inutile et nuisible. En effet, le malade incurable, s'il possède des moyens d'existence, peut vivre infiniment plus heureux en liberté que dans l'intérieur d'un asile, car il apprécie parfaitement le droit d'aller et venir, sans être soumis à des règles inflexibles et à une surveillance perpétuelle. Pourquoi donc les familles, jusque-là récalcitrantes, choisissent-elles de préférence ce moment pour le faire interner dans un asile ? Parce que la provision de bons sentiments qu'elles avaient au début s'est bientôt épuisée. A l'intérêt succède l'indifférence, et bientôt l'aversion ou le dégoût. On place le malade, mais c'est pour s'en débarrasser.

^ Ainsi donc, au point de vue de l'isolement, on peut distinguer trois grandes périodes dans la marche de l'aliénation mentale :

1° Une période initiale, où l'isolement est souvent utile; 2° Une période d'état, où la séquestration est absolument nécessaire ;

3» Enfin, une période terminale, où, les conditions étant changées, il est préférable, dans bien des cas, de laisser le malade en liberté.

Thaitemeni MoaAL. L'internement du malade est le

444 ou TRAITEMENT DE LA FOLIE EN GÉNÉRAL.

premier et le principal élément du traitement moral ; mais il est tout un ensemble de moyens qui se rattachent à ce principe et qui méritent une place importante dans les soins à donner à l'aliéné.

Par traitement moral, Leuret entendait une sorte d'intimidation systématique. Le malade était tancé, menacé, réprimandé pour ses conceptions délirantes, et s'il persistait à les soutenir, il était puni par des moyens de rigueur, dont la douche formait la base principale. Il est incontestable qu'il y avait là une exagération manifeste. Mais on ne saurait méconnaître la part de l'influence que certains hommes savent exercer par leur attitude sur la guérison des aliénés. 11 ne faut point sans doute les contredire ouvehement, comme le faisait Leuret ; mais il est utile de causer avec eux, de solliciter leur confiance et de chercher à combattre leurs conceptions erronées. Impuissant dans la période active de la folie, le raisonnement peut rendre des services au cours de la convalescence, quand le malade hésitant commence à concevoir quelques doutes sur la justesse de ses idées. Il va sans dire que cette méthode ne doit être employée qu'avec la plus extrême réserve et la plus

grande discrétion.

TRArrEMENT PHYS1QI3E. - Nous arrivous maintenant au traitement physique, qui comprend trois ordres de moyens : hygiéniques, médicaux et pharmaceutiques.

Traitement hygiénique. — L'exercice, le travail, soit physique, soit intellectuel, est un puissant moyen de sédation chez les fous. Le travail agricole a été surtout recommandé, et il n'est pas douteux qu'une vie active en pleui air est très utile, surtout pour les aliénés robustes et qui ont conservé une certaine vigueur physique. On peut aussi exercer les malades aux arts mécaniques

TRAITEMENT PHYSIQUE. RlîGIME. TRAITEMENT MÉDICAL. 44S

dont ils ont fait autrefois l'apprentissage. Ils arrivent ainsi, dans une certaine mesure, à contribuer à leur propre entretien. Dans beaucoup d'établissements, les vêtements des malades sont confectionnés dans la maison, et le service intérieur est fait par eux en grande partie. Il ne faut point d'ailleurs exagérer le système, et si le travail des champs peut être utile aux malades, ce n'est point une raison pour organiser l'exploitation des aliénés par l'agriculture.

Reste la question du travail intellectuel. Dans une certaine mesure, nous la croyons utile et même nécessaire pour les esprits cultivés, car une intelligence active ne peut pas vivre dans l'inertie ; faute d'emploi, elle se ronge ellemême. Les illettrés eux-mêmes peuvent en tirer un bon parti, et dans les établissements où des écoles sont organisées pour les aliénés, plus d'un malade qui, à son entrée, ne savait ni lire ni écrire, est sorti guéri et pourvu d'une instruction élémentaire.

Les sujets d'étude qu'il est permis de choisir sont fort divers. Les langues, la littérature, la géographie, la peinture et la musique peuvent être cultivées par les aliénés. En Angleterre, on les exerce souvent au calcul et l'on prétend obtenir de bons résultats de cette gymnastique. Il est évident qu'il s'agit ici surtout d'une question de mesure. Mais SI nous recommandons le repos pour les esprits fatigués, il ne faut point oublier que^ pour des cerveaux actifs, l'inertie absolue devient bientôt une fatigue.

C'est dans le même ordre d'idées qu'on peut recommander les divertissements de toute espèce, les concerts, les représentations théâtrales, les promenades. Il est souvent utile d'accorder aux malades des sorties pendant lesquelles,sousune surveillance attentive, ilspeuvent oublier la monotonie de l'asile. Nous connaissons une maison de santé,

446 nu TUAITKMENT DE LA FOLIE EN GÉNÉRAL*

en Angleterre, où l'on autorisait autrefois certains aliénés à suivre îi cheval la chasse au renard ; mais on a reconnu des inconvénients h cette pratique, et il a fallu restreindre cet

excès de liberté.

Bégime. — Aux moyens que nous venons d'énumérer, il faut joindre un régime essentiellement analeptique. Les aliénés sont souventdoués d'un grand appétit. Ils ont besom de nourriture, et cette nourriture doit être généreuse, ils doivent manger de la viande, des aliments azotés et phosphorés ; mais on doit leur refuser les excitants, les condiments épicés et ne leur accorder le vin qu'en petite quantité, sauf les cas particuliers ; on sait en effet que la plupart des aliénés se grisent avec une facilité déplorable et que l'i%'resse exerce sur leur état mental une influence des plus TâcliG ti s G s

Traitement médical. - Nous comprenons sous ce titre les moyens destinés à exercer une action physique sur les malades et qui cependant ne rentrent point dans la catégorie des médicaments. On peut les diviser en trois grandes classes : les sédatifs, les révulsifs et les excitants.

Parmi les sédatifs, la première place appartient au bam prolongé. On peut avec avantage laisser séjourner les aliénés pendant plusieurs heures dans un bain dont on entretient la température à un degré constant. Certains malades supportent des bains de plusieurs heures et même de plusieurs jours. On peut combiner ave. les bains tièdes des affusions froides sur la tête (1).

(1) NOUS recommandons l^emploi du mrmei ^^f'^^érm^<^^ ^ ' thhô mPtfllliriuo toulé en spirale sUr Im-même, et trasiste en un tube "^^ta^' ^^.^^^ q,/ ient « former ainsi une

lui-même.

TRAITEMENT PIIAUMACEUTIQUË, 447

Parmi les autres moyens sédatifs, nous citerons surtout l'obscurité plus ou moins complète et la lumière colorée, (système Polli) qui semble dans certains cas exercer une bienfaisante influence.

La médication révulsive se fait évidemment dans le même sens que la médication sédative, bien que les procédés soient différents ; elle a surtout pour but de décongestionner les centres nerveux en appelant à la surface un afflux sanguin. Nous citerons en première ligne, parmi les moyens de cet ordre, les bains sinapisés, dont on fait un grand usage en Angleterre, surtout dans les cas d'agitation et d'insomnie (1).

Les autres révulsifs le plus souvent employés sont les frictions sèches ou stimulantes, les vésicatoires et le séton. Ce dernier moyen est souvent employé avec un certain succès dans le traitement de la paralysie générale. J'ai vu, dans des cas de stupeur, réveiller la vitalité par la méthode de Baumscheidt qui consiste, on le sait, à faire une multitude de piqûres d'aiguille à la peau, à l'aide d'un appareil spécial, puis à exciter le point choisi avec une huile irritante, qui amène une éruption très abondante.

Parmi les moyens stimulants, je citerai surtout l'hydrothérapie, dont l'usage est devenu presque général dans le traitement des maladies mentales, et' l'électricité^ surtout sous la forme de courants galvaniques dirigés à travers l'encéphale.

Traitement pharmaceutique. — L'emploi des moyens

(I) Nous avons déjà parlé de ce moyen de traitement fp. 274). Pour de plus amples détails, consulter l'article de Laurent, ln«/L rnedxco-r>sycholomues, t. IX, 1867. C'est à M. le docteur Newington ue revient M l'honneur d'avoir introduit ce moyen dans la thérapeutique des maladies mentales.

Page 1