CLASSIFICATION ÉTIOLOGIQUE
Groupées, en effet, d'après les causes qui leur ont donné naissance, les maladies mentales se rangent par familles naturelles et présentent dans leur évolution, dans leurs rapports, dans leurs transformations, un ensemble qui satisfait l'esprit et répond assez exactement aux nécessités de la clinique.
La tentative de Morel devait naturellement passer pour une hérésie à une époque où, fidèles aux traditions de Pinel et d'Esquirol, les aliénistes français se refusaient à accoler ensemble des formes absolument diverses de délire. Mais aujourd'hui cette objection est sans valeur. Nous savons en effet que le délire n'est, après tout, qu'un symptôme, qu'il fait partie le plus souvent d'un groupe d'éléments morbides, et qu'en étudiant la condition d'un aliéné, les troubles physiques doivent attirer notre attention au même titre que les désordres intellectuels.
Les principes de Morel serviront donc de base à la classification que nous croyons devoir adopter et qui diffère notablement de la sienne. Cette première tentative, en effet, imparfaite comme le sont presque toujours les œuvres originales des premiers inventeurs, est absolument en retard aujourd'hui sur les progrès de la science. Morel divisait les maladies mentales en sis groupes. Le premier comprenait les folies héréditaires ; le second, les folies par intoxication; le troisième, les folies déterminées par la transformation de certaines névroses ; le quatrième, les tohes sympathiques ; le cinquième, les folies idiopathiques parmi lesquelles il rangeait, on ne sait trop pourquoi, k paralysie générale; enfin, le sixième groupe comprend la démence et les formes terminatives.
Nous ne perdrons pas un temps précieux à critiquer les imperfections et les lacunes d'une œuvre dont nous adop-
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tons pleinement le principe. Mais, appuyé sur une vue plus large des conditions générales de la pathologie, nous ' chercherons à établir une échelle graduée, en commençant par les formes d'aliénation mentale qui se dégagent le plus complètement des lésions anatomiques, pour arriver à travers plusieurs étapes successives à celles oii les troubles matériels constituent le fond même du tableau.
Il est un axiome fondamental qui doit nous servir d'excuse et nous faire pardonner la hardiesse d'une tentative pareille, venant après tant d'autres. Toute classification est une œuvre artificielle, une figure schématique destinée à faciliter les descriptions et à permettre aux observateurs de ranger méthodiquement leurs connaissances. Mais la nature n'admet point ces distinctions, et tout arrangement systématique n'est qu'une image plus ou moins défigurée de la réalité.
Je me propose donc de classer dans un ordre défini les notions que nous possédons, comme on range les livres sur les rayons d'une bibliothèque, d'après un système qui les rend faciles à trouver. Mais autant il importe d'avoir un bon catalogue, autant il serait absurde de considérer la rédaction de ce catalogue comme le but suprême de la science et le dernier terme de nos efforts.
D'ailleurs, il faut bien se le rappeler, les genres et les espèces, en pathologie, ne sont fondés que sur le rapprochement de certains faits groupés par leurs analogies, et ce serait une erreur profonde que de leur attribuer la même valeur qu'en histoire naturelle, et de comparer, par exemple, le groupe des névroses à la famille des myrtcicé6S
Ces principes une fois établis, je me sens plus à l'aise pour aborder le sujet.