DE LA MÉGALOMANIE OU DÉLIRE AMBITIEUX
Sommaire. — Considérations générales sur le délire des grandeurs. — Exaltation de la personnalité. — Délire ambitieux, mégalomanie, folie des grandeurs, folie avec prépondérance des idées de grandeur : lune des formes du délire systématisé primitif. — Histoire clinique de deux délirants ambitieux. — Logique des mégalomanes. — Ambitieux expansifs. — Ambitieux réticents. — Idées ambitieuses dans d'autres maladies mentales, — Longévité intellectuelle des délirants ambitieux.
Messieurs,
Parmi les manifestations psychologiques de la folie, l'une des plus fréquentes est l'exaltation de la personnalité, l'exagération du moi. Cette perturbation mentale, nous la rencontrons dans presque toutes les formes de l'aliénation mentale, mais surtout, comme vous le savez, dans la forme expansive de la paralysie générale, où le délire des grandeurs, le sentiment de satisfaction, les idées de richesse, de puissance, de force et de santé physique constituent le fond môme du délire, sous une forme incohérente et contradictoire, il est vrai, mais dans laquelle nous trouvons le caractère vraiment pathognomonique de la maladie.
Mais en dehors de la folie paralytique et des idées ambitieuses qui peuvent se manifester accidentellement, pour ainsi dire, dans le cours d'un grand nombre de maladies mentales de forme et d'origine essentiellement diverses, il existe un trouble spécial de l'intelligence où les idées d'orgueil prennent une telle prépondérance qu^elies constituent le fond même de la maladie, sans se compliquer, même au
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degré le plus effacé, de ces troubles de la motilité, qui caractérisent la paralysie générale.
C'est la mégalomanie des Allemands, la folie des grandeurs de M. Broc, la folie avec prépondérance des idées de grandeur de Foville. Il s'agit là véritablement d'un délire partiel.
Vous connaissez, messieurs, mes opinions à cet égard; vous savez qu'avec la très grande majorité des aliénisles modernes, j'écarte la pensée de l'existence indépendante de certains troubles intellectuels. La raonomanie d'Esquirol a fait son temps, et il n'y a pas lieu de la ressusciter.
Mais il s'agit dans l'espèce d'un délire systématisé primitif, comme diraient les Italiens, d'une idée prépondérant? qui règle à son gré l'ensemble du délire, et qui mérite à ce titre une place à part.
Je pourrais, messieurs, vous présenter à cet égard une description classique; mais j'aime mieux me tenir sur le terrain essentiellement clinique, et consacrer cette conférence à l'histoire de deux malades, choisis parmi les plus intéressants, et vous montrer, chemin faisant, sous quels rapports ils se rapprochent et sous quels rapports ils s'éloignent du type convenu, du cadre didactique.
Le premier des deux malades, dont l'histoire va nous occuper aujourd'hui, mérite ajuste titre cet honneur, car c'est assurément l'un des sujets les plus remarquables qu'il m'ait jamais été donné de rencontrer, non seulement par la saveur originale de ses idées, mais encore et surtout par l'ampleur de son intelligence.
C'est à un événement des plus vulgaires que je dois l'avantage d'avoir été rais en rapport avec lui.
Dans l'hôtel oii il occupait une chambre, quelques jeunes gens paraissent s'être amusés à le persécuter en se livrant