FOLIE DU DOUTE
tions de Griesinger et les siennes. 11 n'en est pas moins vrai que le mérite de l'invention appartient sans contestation possible aux observateurs français (1) qui ont formulé, les premiers, l'idée générale, en y joignant une multitude de détails.
Passons à la description de la folie du doute. Le début de la maladie est quelquefois obscur, mais il est rarement brusque comme dans le cas présent. Pour l'ordinaire, le malade, comme dans l'observation d'Esquirol, manifeste des scrupules bizarres ; il se fait remarquer par ses excentricités ; il devient incapable de tout travail ; il craint de se compromettre, il lit et relit sans cesse ce qu'il vient d'écrire et prend des précautions infinies pour ne pas se tromper. Un médecin, atteint de la folie du doute, après avoir soigneusement examiné les malades qui venaient le consulter, leur remettait des ordonnances rédigées avec le plus grand soin ; mais à peine le client était-il sorti de son cabinet qu'il se précipitait pour lui arracher le papier des mains dans la crainte d'avoir commis quelque faute, d'avoir prescrit une dose toxique de quelque médicament ou d'avoir contrevenu, sous d'autres rapports, aux indications du traitement. Vous comprenez sans peine l'effet d'une pareille conduite dans l'exercice de notre profession, oîi souvent l'on est forcé de montrer une sécurité qu'on est loin d'éprouver soi-même.
Notre homme, à cet égard, est ûne exception à la règle. Il a toujours bien travaillé, et s'il lui arrivait quelquefois de
(1) Nous sommes heureux do pouvoir invoquer, à cet égard, le témoignage du professeur Wille (de Bàle), qui peut passer pour un juge impartial : In der Thaï hahen die fransôsischcn Collegen schon lange vorher als wîr in Deutschland solche Beobachlungen gemnchl und mttgelhidt {Archiv fur Psychialrie und NervenkrankhcUen, Bd XII, s. 3). } * )
614 DES DÉLIKES PAUTIELS.
commettre des erreurs dans ses additions, il les corrigeait h mesure sans y attacher une importance excessive.
Mais lorsqu'une fois le malade est entré en plein dans son délire, quelle que soit l'absurdité de ses actes, ils sont moins délirants que les pensées qui roulent sans cesse au fond de son esprit.
La folie du doute comporte une infinité de formes diverses ; il faut donc établir quelques catégories sans abuser des subdivisions.
Nous accordons la première place, par ordre de dignité, aux métaphysiciens. Ce sont eux qui se préoccupent sans cesse des grands problèmes qui sont restés insolubles pour la philosophie. Us s'interrogent sans cesse sur Dieu, sur Tuoivers, sur la création du monde. Us se demandent qui a créé le Créateur. Ils recherchent l'origine du langage. Us s'inquiètent de la fin des choses, de l'immortalité de l'âme ; ou bien, portant leurs regards sur l'univers physique, ils cherchent à comprendre les phénomènes de la nature et les fluides qui les dirigent.
Notre malade appartient à cette catégorie d'individus.
Pour lui, le grand objet de ses préoccupations, c'est le moi, la personnalité, l'existence réelle des objets dont il a la perception subjective. Il reproduit, sans le savoir, les idées et souvent les expressions des grands philosophes qui ont jeté la sonde dans ces abîmes ; mais, moins heureux que Descartes, il ne peut pas arriver à dire : « Je pense, donc je suis», et il faut convenir qu'il a raison, car c'est là, au fond, un bien mauvais syllogisme. C'est qu'en réalité, les axiomes ne se démontrent pas, et le premier de tous les axiomes, l'existence du moi, ne repose que sur nos convictions intimes et l'évidence appréciée par notre bon sens.
Mais, à côté des métaphysiciens, il faut placer ceux que