DES FOLIES SYMPATHIQUES. — DES FOLIES GÉNITALES
Sommaire. — Corrélation entre le fonctionnement intellectuel et l'étatdes divers organes. — Influence de la puberté. — Hébéphrénie. — Influence de l'onanisme et des pertes séminales. — Phénomènes intellectuels cliez les masturbateurs. — Paresse, — Torpeur cérébrale. — État d'exaltation et de dépression. — Exaltation morbide du moi. — Démence.
Influence des excès vénériens. — Influence de la continence longtemps prolongée. — Influence des troubles de la menstruation. — Folie périodique. — Influence de la ménopause. — Influence des maladies utérines.
Folie puerpérale. — Quatre formes. — Folie puerpérale proprement dite.
— Manie puerpérale. — IMélancolie puerpérale. — Troubles physiques.
— Polie de la grossesse. — Folie de l'accouchement. — Délire de la lactation. — Anatomie pathologique. — Traitement, — Ëtiologie. — Hérédité,
Messieurs,
La doctrine des sympathies est aussi ancienne que la médecine. Les liens intimes qui relient entre eux des viscères souvent fort éloignés, et qui les rendent, pour ainsi dire, réciproquement solidaires, ont été connus et commentés depuis la plus haute antiquité; et, de nos jours, la théorie des actions réflexes est venue donner une explication plausible de ce qui n'était jusqu'alors qu'un fait d'observation.
Le chapitre des sympathies est donc l'un des plus importants en pathologie, et les maladies mentales ne font point exception à cette règle. L'encéphale est, de tous les organes, celui que les liens les plus intimes unissent aux
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autres parties du corps. Aussi le travail de la pensée est-il constamment influencé par l'état de santé ou de maladie de nos viscères. L'influence du cerveau sur l'estomac, et réciproquement de Testomac sur le cerveau, en offre un exemple familier, et l'immortel ouvrage de Cabanis n'est, en réalité, qu'une longue paraphrase de cette donnée primitive; car, en parlant des rapports du physique et du uîoral, il entendait évidemment signaler les corrélations entre le fonctionnement intellectuel et le mouvement organique de la vie. Ainsi donc, la doctrine des folies sympathiques n'offre, en principe, aucune nouveauté. Nous trouvons dans les anciens auteurs de nombreuses observations qui se rapportent à l'influence qu'exercent les diverses maladies de nos organes sur les dérangements de l'esprit. Mais c'est seulement vers la première moitié de noire siècle, à l'occasion des débats soulevés par l'école psychologique allemande, que l'importance des folies sympathiques a été vraiment mise en lumière. Fortement préoccupés de la nécessité d'opposer des arguments positifs aux idées des spiritualistes, qui refusaient au corps toute influence sur les maladies de l'esprit, les partisans de l'école somatique, et surtout Lobstein, Jacobi et Schrôder van der Kolk ont cherché, dans les viscères, les lésions qui leur faisaient défaut dans l'encéphale, et c'est ainsi que de longues et patientes recherches ont créé un trésor de faits, qui ont été résumés dans l'excellente thèse de M. Ch. Loiseau.
Parmi les folies dites sympathiques, il en est qui, comme la folie cardiaque, paraissent influer principalement sur la circulation de l'encéphale. 11 en est d'autres qui, comme la folie des phtisiques, peuvent être rapportées à l'influence d'une diathèse ; il en est d'autres, enfin, qui sont visiblement la conséquence d'une action réflexe ou d'un rapport
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mystérieux entre les prgaiies lésés et le centre intellectuel. Obligés de nous [circunscrire dans d'étroites limites, nous 8Vons choisi, conarae type des folies sympathiques, celle qui se rapporte aux maladies des organes génitaux. Nulle part, en cITet, on ne voit sp manifester plus fortement l'action de la sympathie; nulle part, on n'observe des çorrélations aussi palpables et des résultEits aussi concluants. Il n'existe nulle part, çjans l'économie, une sympathie plus intime que celle qui relie ai]x centres nerveux les organes de la reproduction, et tel est leur empire sqr les manifestations de la vie intellectuelle, qu'on pourrait, sous ce rapport, partager l'existence humaine en trois grandes époques : avant, pendant et après la période des fonctions génitales.
Dès le moment oii les premiers indices des attributs sexuels se laissent deyiner, un cjiangement profond s'opère fîans l'individu tout e^tm. physionon:)ie sp transforme, Ift voix prend un timbre différent, les forces se développent et l'intelligence elle-mênje est entraînée dans le mouyement. L'enfant n'est plps, l'adolescent cpinmence, et les idées, les penchants et les goûts subissent une métamorphose complète sous l'influencp d'une véritable invasion de sentiments et d'instincts nouveaux. L'individu s'affirpe ptla notion du moi paraît dans toute son ampleur. Maig cette transformation radicale, loin de s'opérer toujours en silence et dans le calme d'une évolution régulière, donne Spnvent lieu à des orages violents. Il est, en effet, dei|^ îypes parmi les enfants qui arrivent à la puberté ; les uns gpiit paisibles, et, chez eux, le changement s'opère sans secousse; les autres spnt agités, ils ont des prises de trigtesse qui se manifestent par des pleurs, par de la mélancolie, par le tœdium vilss; enfin, par des impulsions an
suicide. C'est parmi les individus de cette seconde espèce que se manifeste cette forme particulière de délire que les Allemands ont appelée hébéphrénie. Elle frappe surtout les prédisposés, et plus spécialement les héréditaires, ou, pour exprimer la môme idée sous une forme différente, les prédispositions latentes choisissent volontiers ce moment pour se manifester. Sa forme habituelle est la dépression, la lypémanie, accompagnée d'excentricités singulières; mais aussi l'on peut observer une forme différente, caractérisée par de l'excitation, par des idées vaniteuses, par le désir de plaire et surtout d'attirer l'attention; enfin, par une loquacité intarissable.
Chez les jeunes filles, ce désordre moral se traduit par unfe coquetterie exagérée, par des rires et des pleurs sans motif; enfin, par de l'hystérie.
Ces troubles intellectuels sont souvent transitoires ; mais ils peuvent aboutir à une folie confirmée et conduire à la démence. Aussi, il est difficile de séparer l'action de la puberté de deux autres grandes causes, l'une pathologique, l'autre physiologique, qui jouent en psychiatrie un rôle immense : ce sont la masturbation et la menstruation.
L'influence de l'onanisme et des pertes séminales involontaires a été très exagérée autrefois par Tissofe, par Lallemand et par Lisle. La masturbation est une pratique qui remonte aux temps préhistoriques et qui a régné sous la tente des patriarches comme au sein des sociétés modernes. EUe est d'une fréquence extrême chez les deux sexes ; mais elle paraît exercer une influence moins fâcheuse chez la femme, qui supporte aussi plus facilement que l'homme les excès vénériens.
Sous ce rapport spécial, nous nous séparons nettement de l'opinion exprimée par Guislain.
MASTUUIIATION. "■^'J
Si la masturbation avait les conséquences fâcheuses qu'on lui attribue, l'espèce humaine serait depuis longtemps tombée en démence. La vérité, c'est que, semblable à l'abus des boissons alcooliques, cette pratique est très nuisible aux sujets qui ne peuvent pas la supporter. Il existe incontestablement nombre de gens qui pratiquent l'onanisme sans aucun inconvénient, du moins en apparence; mais, comme les alcooliques impunis, ils émoussent probablement le tranchant de leur intelligence, qui eût été plus vive, et surtout plus droite, s'ils avaient su se préserver de ce vice, qui détermine presque toujours un amoindrissement plus ou moins évident de l'individu.
On s'est livré à de longues discussions sur la fréquence relative de ces habitudes, et Morel, frappé par les indications de Schrôder van der Kolk, admet que l'onanisme est plus fréquent dans le Nord que dans le Midi . C'est là une étrange naïveté, et c'est bien le cas de dire : Statistique, que me veux-tu? 11 s'agit d'une pratique soigneusement dissimulée par ses adeptes et dont il est absolument impossible d'évaluer la fréquence. Il n'y a point d'impôt sur la masturbation comme sur le tabac et l'alcool, et, s'il en existait un, les contribuables ne seraient pas les premiers à se dénoncer.
Contentons-nous donc de dire que ce vice est extrêmement répandu, qu'il existe à tous les âges, et que, s'il se développe habituellement à l'époque de la puberté, il persiste quelquefois chez les hommes mariés et peut se prolonger jusqu'à la vieillesse. Nous pourrions en citer d'illustres exemples, et, entre autres, celui de J.-J. Rousseau.
Ce qui explique cette étrange perversité, c'est que très souvent l'onanisme se rattache à des causes purement physiques et qui n'ont aucun rapport avec la dépravation œo-
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raie. Chez l'homme, ces actes sont soiiveitt provoqués parla constipntion, par les hémorroïdes et par l'irritabililé de la prostate, qui se développe de très bonne heure chez Certâins sujets ; chez la femme, par lés flueurs blanches, par les déplacètnents utérins et par le développement anormiil du clitoris. Un chirurgien anglais, Baker Brown, avait pri.s l'habitude d'extirper cet organe chez toutes les clientes qui venaient le consulter, sous prétexte d'obvier à des pratiques immorales, ce qui lui fît perdre sa réputation et sa fortune. C'était le châtiment assez légitime d'une grave erreur de jugement.
En réalité, la cause la plus fréquente est l'influence de l'hérédité. Ce sont surtout les descendants de parents névropathiques ou prédisposés aux maladies ro.entales, qui offrent de bonne heure ce penchant morbide.
Reste à savoii' si, quand une fois il s'est développé sous l'influence de l'onanisme, le délireprend une forme spéciale.
Jé n'insisterai point sur les signes physiques, si bien connus et décrits, qui trahissent l'existence de cette habitude. Le teint plombé, la physionomie abattue, l'expression tristéj le regard éteint, la mauvaise haleine, les maux d'estomac, l'amaigrissement rapide, l'affaissement musculaire, les troubles de la vue, sont les conséquences de ces abus longtemps continués et souvent exagérés. Mais ce sont les phénomènes intellectuels qui méritent de notre part une attention spéciale.
Le premier, par ordre de date, de tous les symptômes qui doivent éveiller notre sollicitude, c'est la paresse. Tous les masturbateurs se lèvent tard, et quand, chez un adolescent, sans aucune cause légitime, on voit se développer une tendance à rester au lit jusqu'à une heure avancée, on p le droit de concevoir des soupçons.
FOLIE DES MASTUUBATEURS. ^^^^
Vient ensuite une aversion profonde pour le travail et pour les exercices pliysiques, qui remplacent l'effort intellectuel chez le.-i j'eunes gens peu studieux, mais d'une sanlé irréprochable. Puis suivent un affaiblissement très marqué de la mémoire et surtout une tristesse sans motifs. Le malade, toujours sombre et concentré, recherche la solitude et garde le silence. Bientôt, il se plaint d'une sorte de difficulté dans le travail de la pensée, d'un état de torpeur cérébrale, d'obtusiori intellectuelle ; enfin, d'une perte à peu près complète du sommeil ; peu à peu (car le délire n'éclate pas subitement) on voit se développer l'un des deux processus opposés : tantôt l'exaltation, tantôt la dépression viennent occuper la scène ; mais, dans l'un et l'autre cas, le délire offre invariablement un caractère mélancolique. Dans le Cas d'exaltation, le sujet se croit doué de facultés supérieures, qui excitent la jalousie de son entourage. Il est un messie, il est un apôtre, il est un martyr ; il tombe, enfin, . dans le délire des persécutions, mais en conservant toujours un type particulier. On voit tel de ces individus rechercher en mariage toutes les personnes qu'il rencontre sur son passage, mais en s'adressant toujours à celles dont la position sociale peut flatter sa vanité ; et, à chaque nouvel échec, il invoque l'intervention incessante de ses persécuteurs. Tel autre se croit appelé à régénérer le monde, ët s'indigne contre ceux qui ne s'inclinent pas devant lui. Très souvent les hallucinations de l'ouïe viennent compléter cet état et en aggraver le pronostic.
Tout autre est le raasturbateur en état de dépression. A l'entendre, il est un misérable, il est indigne de vivre, il demande qu'on le tue; il se croit perdu, il est damné, il s'abandonne au désespoir et peut finir par le suicide. C'est alors que certains d'entre eux se précipitent avec exagéra-
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tiondans des pratiques religieuses; la dévotion excessive et peu raisonnable, les austérités insensées de certains sujets n'ont souvent point d'autre cause que la masturbation, tandis que le vulgaire leur attribue une origine bien différente.
Dans l'un et l'autre cas, qu'il s'agisse d'excitation ou de dépression, la base fondamentale du délire est une exaltation morbide du moi, une sorte d'hypcrestbésie morale, dont l'égoïsme est l'élément principal.
Chez la femme, on observe surtout l'hystérie et l'hypocondrie, avec leur infinie variété de formes. Souvent, chez les deux sexes, l'épilepsie vient se joindre au tableau, et son influence a nécessairement pour effet l'aggravation des trbubles psychologiques.
Enfin, le masturbateur finit par verser dans la démence, en conservant toujours ses habitudes vicieuses et cette attitude à la fois orgueilleuse et plaintive qui en fait, au point de vue moral, un être vraiment insupportable.
Je dois vous rappeler que l'onanisme est très fréquent chez les aliénés ; mais c'est là une conséquence de leur maladie, qui développe si souvent un certain degré d'exaltation génésiaque. Il faut bien se garder de commettre ici l'erreur si commune qui consiste à prendre un effet pour sa cause. L'étude approfondie des antécédents permettra presque toujours de distinguer les vrais masturbateurs de ceux qui n'ont contracté cette habitude que postérieurement à leur maladie.
A côté de la masturbation, il faut placer les excès vénériens, qui, portés à un degré excessif, produisent habituellement un certain degré de faiblesse intellectuelle et surtout une impossibilité absolue d'application au travail, dont le
KXCÉS VlÎNlillIENS. COMTlNEiNCE. U J i
roi Louis XV et les sultans modernes nous ont offert des exemples historiques.
Mais, dans les cas malheureux, les excès vénériens conduisent à la paralysie générale. Aussi, cette affection se développe-t-elle quelquefois avec des hommes jeunes, ardents et nouvellement mariés, qui, dans l'excès d'une ardeur légitime, ont oublié que les lois de la nature ne sont pas absolument parallèles aux prescriptions du Gode. J'ai eu, personnellement, l'occasion d'observer, dans ma clientèle, quelques cas de ce genre, et Maudsley attribue, avec raison, aux abus conjugaux, une large part dans la production de la paralysie générale.
Les excès vénériens, nous l'avons déjà dit, paraissent être infiniment moins graves chez la femme. Il ne faudrait pas cependant conclure à l'impunité absolue pour le sexe féminin. On sait que les prostituées payent un large tribut à la paralysie générale.
Nous arrivons maintenant à la condition inverse. La continence absolue peut-elle engendrer l'aliénation mentale, comme on le croit généralement? C'est là, en tout état de cause, un point de départ assez peu commun ; mais voyons d'abord quels sont les effets physiologiques de la continence longtemps prolongée. Ils ont été soigneusement décrits parHaller, qui les avait observés sur lui-même. On éprouve d'abord une sensation de plénitude et de congestion, qui se traduit assez souvent par des céphalalgies; mais, après un assez court espace de temps, les désirs sexuels s'éteignent complètement, et le sujet éprouve un accroissement évident de la force musculaire et une augmentation très notable de la mémoire. Peut-être Haller se faisait-il illusion sur ce point, et prenait-il la mémoire ex-
traordinaire dont la nature l'avait gratiflô pour une conséquence de sa manière de vivre ; mais il est certain que les hommes qui pratiquent vraiment la continence sont doués, en général, d'une plus grande énergie que les autres, et peuvent donner une somme beaucoup plus considérable de travail, soit physique, soit intellectuel. Chez les animaux, tels que les chevaux^ les ânes et les mulets, dont la force musculaire est la principale qualité, ces règles s'appliquent avec une exactitude rigoureuse. Ce qui paraît évident, c'est que la continence indéfiniment pratiquée peut s'allier à l'équilibre le plus parfait des fonctions organiques et à la plus robuste santé. Cependant, chez des hommes d'un tempérament génital excessif, comme le curé cité par BuEFon, elle peut déterminer des accès de manie à forme érotique, accompagnés d'hallucinations diverses. Mais il ne faut point oublier 'que les inconvénients de la continence sont infiniment moins considérables que ses avantages, surtout au point de vue intellectuel. C'est là une vérité trop souvent méconnue, et qu'il importe essentiellement de mettre en lumière.
Passons maintenant à un autre ordre de causes. Les troubles de la menstruation peuvent engendrer la folie, soit au début, soit à la fin, soit pendant le cours de cette grande fonction physiologique.
S'il s'agit des troubles cérébraux qui peuvent accompagner l'établissement des règles, nous serons en présence de riiébéphrénie.
S'il s'agit, au contraire, de la menstruation une fois définitivement établie, nous trouverons une cause importante de l'aliénation mentale dans la suppression subite des règles, soit par l'action du froid, soit par l'effet de la frayeur ou
FOLIE MtîNSTRUEI.LE. "''^
d'une vive émotinn. Dans ce cas, on voit brusquement éclater la folie. Hippocrate l'avait observée, et, parmi les modernes, Esquirol et Brierre de Boismont en ont rap^ porté de curieux exemples. L'aliénation mentale pretid surtout alors la forme de la manie. Quelquefois aussi on observe la mélancolie, l'obtusion des facultés et la demistupeur.
Le retour des règles peut souvent amener la guérison ; l'un des cas les plus remarquables en ce genre est celui que rapporte Esquirol, oiî le retour des fonctions menstruelles détermina une guérison immédiate après des accès bien caractérisés de folie.
Mais j'arrive à Un fait plus curieux encore : il existe, chez certaines femmes, une folie périodique qui se reproduit il chaque époque menstruelle. Nous savons qu'à l'état physiologique il existe des troubles moraux dont la fréquence est tellement grande qu'ils attirent à peine l'attention. La plupart des femmes sont irritables et difficiles à vivre aux approches de l'époque menstruelle. Elles subissent plus facilement l'influence des moindres émotions ; elles sont, enfin, plus vulnérables qu'à l'état normal ; plusieurs d'entre elles éprouvent un malaise profond, des congestions et de la céphalalgie.
Franchissant enfin les limites extrêmes de l'état physiologique, certaines femmes deviennent absolument aliénées à l'époque des règles, pour reprendre leur raison immédiatement après. Nous en rapporterons, d'après Hitzig (1), un cas extrêmement remarquable. Une mère avait tué son enfant, en le jetant à l'eau ; elle fut arrêtée et mise en jugement, sous l'inculpation de meurtre. Pour se défendre, elle
(1) Arch. fur Psychiatrie, de Westphal, t. Vdl, p. 65. Consulter à ce sujet l'excellente thèse de M. Icard (Paris, 1889).
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prétendit qu'à l'époque de ses règles, elle éprouvait toujours un malaise extrême de corps et d'esprit, et c'était sous l'influence de cet état pathologique qu'elle avait commis son crime. Comme elle paraissait absolument saine d'esprit, elle fut renvoyée en prison, pour y être soumise à une observation rigoureuse. On put alors constater qu'à chaque époque menstruelle, elle subissait, en effet, une crise d'aliénation mentale. En conséquence, elle obtint un verdict d'acquittement.
La forme la plus commune du délire, en pareil cas, est la manie aiguë ; mais on observe quelquefois la mélancolie accompagnée d'hallucinations. Chez certaines malades, les idées religieuses prédominent ; chez d'autres, c'est la démonomanie qui occupe la scène. Enfin, il est des femmes qui, à chaque apparition des règles, ont un accès de nymphomanie.
Malgré sa gravité incontestable, cette folie périodique peut guérir. La grossesse exerce, à cet égard, une heureuse influence. Enfin, on voit quelquefois les accès périodiques disparaître à l'âge critique.
Et cependant la ménopause est une des causes les plus importantes de la folie chez la femme. Non seulement on voit l'aliénation mentale se développer avec toutes ses formes diverses, à cette époque de la vie, mais encore il existe incontestablement, chez la plupart des' femmes parvenues à cet âge, un caractère irascible, difficile et fantasque.
C'est là, très certainement, l'une des causes de la mauvaise réputation dont jouissent les belles-mères; car, de quarante-cinq à cinquante ans, beaucoup de femmes, sans être positivement aliénées, ont un caractère insupportable.
Les maladies utérines ont été, depuis longtemps, rangées