‹ Lecons sur les maladies mentalesChapitre 211 sur 283 · FOLIE UTÉRINE · texte numérisé non relu

FOLIE UTÉRINE

parmi les causes habituelles de la folie. Pinel, Esquirol, Nasse, Jacobi, Guislain, et, parmi les contemporains, MM. Azara et Bazin, en ont rapporté de nombreux exemples. Toutefois, une polémique assez vive s'est engagée sur ce point.

Il n'est pas douteux que beaucoup de femmes aliénées ont des lésions utérines ou ovariennes. On constate chez elles des ulcérations et des granulations du col, de la leucorrhée, des déplacements ; enfin, le cancer. Reste à déterminer si la maladie utérine a précédé la folie ou s'est développée postérieurement aux troubles intellectuels. Il est universellement admis aujourd'hui que, dans certains cas, les affections utérines peuvent déterminer la rupture de l'équilibre intellectuel, et l'on a vu la guérison de l'affection locale faire disparaître les aberrations intellectuelles. On ne saurait donc aujourd'hui contester l'influence de cette cause; il s'agit maintenant de ne point en exagégérer la fréquence.

Chez l'homme, les maladies de la vessie, et, plus rarement, celles des organes génitaux, peuvent déterminer la fohe, et l'on cite un cas de guérison de la folie obtenu par l'urétrotomie, chez un malade atteint d'un rétrécissement ancien. Mais il est incontestable que, dans le sexe masculin, les affections locales des organes génitaux ont une influence infiniment moins grande sur les troubles de l'esprit que chez la femme.

Il nous reste à vous parler de la plus importante de toutes les folies génitales ; je veux parler de celle qui résulte de la grossesse, de la parturition et de l'allaitement.

Cette maladie mérite toute votre attention, tant par sa

fréquence, sa gravilé, et la îialure de ges symptômes, que par la perlurbation qu'elle jette si souvent dans les ménages, d&ns les moments les plus critiques de la vie de famille. C'est donc une des questions qui intéressent le plus directement le praticien.

Permettez-moi d'abord, messieurs, de vous exposer quelques considérations préliminaires qui sont indispensables à l'intelligence du sujet.

La folie puerpérale, qui, pendant longtemps, a été considérée comme un état vague, mal défini, sans limites précises, n'a été bien étucjiée pour la première fois que psr Esquirol. C'est h lui qu'on en doit la création. Ce^c maladie, envisagée au point de vue psychologique, ne présente aucune uniformité. On y voit régner les états psychiques les plus divers; tantôt, c'est la manie qui prédomine; tantôt, la mélancolie; la stupeur se rencontre très souvent, ainsi que la folie circulaire, les délires partiels et les monomanies impulsives. Il est donc inutile, ou pour mieux dire, impossible, d'établir une division fondée sur la forme du délire.

Mais il est une autre division qui s'impose naturellement. L'état puerpéral amène dans l'organisation de la femme des modifications profondes et durables ; celle qui a enfanté une fois est bien différente de celle qui est restée stérile. Or, le cerveau participe à ces perturbations qui se manifestent dans toute l'économie, et nous savons tous combien la femme, pendant la grossesse, egt irritable, difficile à vivre, sujette à des envies, qui constituent un véritable délire.

La durée de ces phénomènes se divise en quatre périodes, dont chacune peut présenter des troubles iptellectuels différents. Il y a donc quatre formes de folie puerpérale: 1° la

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folie de la grossesse ; 2° la folie de l'accouchement, qui a lieu pendant le travail môme; 3" la folie puerpérale proprement dite, qui se manifeste après la naissance de l'enjfjint; 4° la folie de l'allaitement. Nous aurons à passer en revue ces quatre chapitres différents.

Messieurs, la folie puerpérale proprement dite est celle qui se développe après l'accouchement et avant le retour des règles, à la fin de la première semaine ou au commencement de la seconde, et surtout du cinquième au dixième jour. Quelquefois le délire apparaît brusquement ; mais, le plus habituellement, il est précédé de prodromes, tels que de l'irritabilité, de l'insomnie, un malaise général, une angoisse excessive. Une fois le délire établi, il peut affecter les formes les plus diverses ; la plus commune est ÎS manie; la mélancolie est moins fréquente.

La manie puerpérale se caractérise par un bavardage incessant, incohérent et semé d'injures violentes, avec conceptions délirantes, oîi l'on voit poindre quelquefois ua Vfigue délire des persécutions ; mais ces conceptions sont trop fugaces et banales pour mériter une dénomination spéciale. Vous savez déjà que toutes les formes d'aliénation mentale sont modifiées par le sexe ; les vociférations, les cris, les fureurs du maniaque, sont remplacés, che? la femme, par un bavardage excessif. C'est peut-être l'exagération d'une tendance naturelle. Ce délire, si caractérisé dans la manie puerpérale, s'accompagne, en outre, d'une perturbation des sentiments affectifs, qui se manifeste par une aversion profonde pour le mari ou l'amant et par une indifférence absolue pour l'enfant, indifférence qui peut se changer en haine et aboutir à l'infanticide. Aussi, doit-on toujours, en pareil cas, retirer l'enfant des mains de mère, car il y a des femmes qui, dans cet étqt, ont de véri-

tables impulsions homicides. Certaines malades commettent des tentatives de suicide.

Un fait très remarquable, c'est que l'érotisme et l'obscénité accompagnent presque toujours le délire puerpéral. Marcé, Foville, et la plupart des modernes, nient la fréquence de ce phénomène, peut-être exagéré par les anciens ; ils ont raison, si par érotisme, ils entendent le désir sexuel; mais ce qui est essentiellement particulier à la manie puerpérale, c'est le débordement d'obscénités qui vient souiller les lèvres des femmes les plus chastes et les mieux élevées. Souvent, sous l'empire de ces tendances, elles formulent les accusations les plus graves contre les hommes de leur entourage, et ces accusations sont quelquefois mieux écoutées qu'elles ne l'auraient mérité. Vous comprendrez facilement les conséquences fâcheuses qui peuvent en résulter.

La durée de la manie puerpérale est généralement de six à huit mois. Le pronostic est relativement favorable, car il y a guérison dans les deux tiers des cas. Très souvent la maladie se termine par une crise de stupeur, d'où la malade sort guérie.

Il me reste maintenantj messieurs, à vous parler de la mélancolie puerpérale, caractérisée par la dépression habituelle de la mélancolie simple. Cette formule est, dit-on,trois fois moins commune que la précédente; elle présente deux caractères importants. Ce sont d'abord les hallucinations, surtout celles de la vue et de l'ouïe, qui se rencontrent très souvent dans cette forme de délire; c'est ensuite une tendance fort prononcée au suicide. Aussi, toutes les fois que vous aurez affaire à une mélancolie puerpérale, prévenez la famille et entourez la malade de toutes les

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