DELIRIUM TREMENS
spécialement dans le cadre de nos études. La paralysie générale au début, l'encéphalopathie saturnine et, surtout, la manie aiguë peuvent très souvent ressembler, dans leurs premières phases, au délire tremblant. Cependant, on rencontre, en pareil cas, un tremblement moins accentué, des sueurs moins profuses, un délire moins riche en hallucinations, une insomnie moins absolue. Tous ces caractères ne sont que relatifs, et l'on peut dire, en général, que ces affections se distinguent assez facilement du délire tremblant quand leur acuité est modérée. Dans les cas extrêmement graves, tous les éléments du drame se confondent, et il devient presque impossible de démêler la vérité.
Mais c'est le délire aigu vésanique qui présente, avec le delirium tremens, les plus étroites analogies, surtout quand ce dernier est accompagné de fièvre. Les symptômes peuvent alors présenter une telle ressemblance, que c'est uniquement en s'appuyant sur l'étiologie que la distinction peut s'établir.
* Au reste, le délire aigu est une affection dont les contours ne sont pas encore assez nettement tracés pour en limiter le domaine avec une précision absolue.
Pronostic. — Le delirium tremens est d'un pronostic grave. On estime que son issue est fatale dans une proportion de IS pour 100. La mort survient habituellement au milieu des convulsions ou dans le coma. Dans les formes adynamiques, le malade peut succomber dans un état de prostration absolue. Enfin, certains malades meurent subitement au milieu d'une agitation des plus violentes (Marcé).
D'une manière générale, la guérison est la règle. Elle s'annonce, nous l'avons dit, parle retour du sommeil, puis par l'amendement successif des principaux symptômes.
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L'agitation diminue, les troubles de la motilité s'effacent, ' le délire général se calme, et le malade revient graduelle- -j ment à l'état normal, tantôt après une courte absence, ,j tantôt, au contraire, après un délire prolongé, et dont quel- I ques traces subsistent assez longtemps. :
11 est un troisième mode de terminaison qui se rencontre i assez fréquemment chez les sujets qui présentent déjà des prédispositions à la folie. La démenceetl'aliénation mentale peuvent succéder, soit directement, soit à une période plus ou moins éloignée, à un accès, et surtout à plusieurs accès de délire tremblant.
Ajoutons, enfin, que les récidives augmentent sensiblement la gravité du pronostic, et que plus les sujets sont âgés, plus leur alcoolisme est chronique, plus leur santé générale est affaiblie, plus aussi ils se trouvent exposés aux terminaisons fâcheuses que nous venons d'indiquer. Au contraire, un homme jeune, vigoureux, bien portant, résiste plus facilement à l'invasion du mal et peut en supporter facilement les conséquences.
Uanatomie pathologique ne fournit point, à l'égard de cette maladie, des renseignements bien significatifs lorsqu'on se borne à considérer les cas exempts de toute complication. Une congestion manifeste des méninges et de la substance corticale, un œdème assez caractérisé de la piemère, quelquefois des adhérences rudimentaires de cette membrane avec les couches corticales (comme dans le délire aigu); enfin, un état dépoli des membranes et une stase lymphatique assez caractérisée, sont à peu près les seules lésions qu'on puisse rattacher avec certitude à la maladie qui nous occupe. Les autres altérations qu'on a constatées : la pachyméningite, les encéphalites, la présence de l'alcool
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dans la substance cérébrale, sont communes à toutes les formes de l'alcoolisme et ne présentent aucune signiflcation particulière.
Traitement. Le traitement du delirium tremens, ily a un demi-siècle environ, paraissait d'une simplicité vraiment admirable. Eviter les déplétions sanguines, administrer l'opium à larges doses, telle était la règle universelle, et l'on ne peut nier les bons effets d'un pareil traitement, dans un grand nombre de cas; mais nous savons aujourd'hui qu'il faut établir, à cet égard, des catégories bien tranchées et qu'il est impossible d'appliquer indistinctement à tous les malades une médication unique.
Et d'abord, quand un alcoolique tombera malade, le médecin, s'il connaît ses antécédents, doit s'interdire tout traitement dépressif : point de saignée, pas de diète et surtout pas de privation d'alcool ; on risquerait autrement de provoquer l'explosion du délire. On doit, au contraire, tonifier le malade et le soutenir dans la mesure du possible.
Mais enfin, en dépit de toutes les précautions, le délire éclate; on peut alors se trouver en présence de trois catégories bien différentes de sujets.
Supposons-nous appelé auprès d'un malade, jeune, vigoureux, vierge de toute lésion vasculaire ou cardiaque, et n'olfrant aucune élévation de température. Dans un cas semblable, l'opium est parfaitement indiqué ; il faut l'administrer à la dose de plusieurs centigrammes, et l'on peut recourir aussi, avec avantage, aux injections sous-cutanées de morphine. On peut joindre à ce traitement le chloral, surtout si l'agitation est vive; enfin, il faut soutenir le malade par l'administration d'un vin généreux ou de boissons alcooliques variées. Le chloroforme et la digitale ont été également
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employés. Le premier de ces deux médicaments nous paraît d'un usage dangereux. Quant au second, c'est surtout lorsqu'il existe de la faiblesse et de l'intermittence du pouls que son usage paraît indiqué. Nous ne songerions jamais à le prescrire aux doses énormes qui ont été employées en Angleterre (26 grammes de teinture de digitale en dix heures). C'est là, selon nous, un jeu très dangereux.
Voici maintenant un cas très différent : le malade atteint du delirium tremens présente, en même temps, une complication viscérale, une pneumonie, par exemple. Dans ce cas, le chloral est absolument contre-indiqué, l'opium doit être administré avec prudence ; mais il faut insister surtout sur les 'toniques, les stimulants diffusibles, tels que l'acétate d'ammoniaque; enfin, recourir à la digitale si les caractères du pouls en indiquent l'emploi.
Il faut réserver une place à part au delirium tremens fébrile surtout quand il s'accompagne d'un état adynamique. Les narcotiques sont alors formellement contre-indiqués ; il faut recourir aux toniques, aux stimulants, à l'alcool et aux antispasmodiques, tels que l'éther, le camphre et le musc. Certains auteurs ont recommandé l'acétate de zinc. Notre expérience personnelle ne nous fournit à cet égard aucun renseignement.