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EXALTATION INTELLECTUEL

on peut dire que le trait caractéristique de la maladie, dans chacun des trois ordres de phénomènes qui la cens tu n est Vaffaiblissement, affaiblissement à la fois intellectuel et physique, paralysie de l'intelligence, de la motilité et de la sensibilité.

Mais, au début de l'affection, avant de subir ce travail de déchéance progressive, sous l'influence duquel les facultés se dégradent de plus en plus, la plupart des fonctions de l'individu passent par une période d'excitation morbide, où elles manifestent une puissance et une suractivité véritablement insolites. Pendant cette période d'exaltation ou de dynamie fonctionnelle, on constate chez les malades une exagération des forces musculaires, un besoin perpétuel de mouvement, et aussi une stimulation des facultés intellectuelles qui semble les rendre plus intelligents et plus brillants qu'ils ne l'avaient jamais été. J'ai connu un journaliste qui, au début de son affection, se relevaitla nuit pour écrire des vers, tellement il était poursuivi par l'impérieux besoin d'exercer ses facultés. Il subissait pour ainsi dire la tyrannie de l'inspiration.

D'autres malades, à cette période, montrent des aptitudes imprévues, des ressources d'imagination et d'esprit, dont on ne les aurait jamais crus capables ; on a vu des savants, des artistes, dans ces conditions de suractivité pathologique, inventer des procédés nouveaux, des combinaisons nouvelles ; on a vu des hommes d'affaires s'enrichir d'un coup dans ses spéculations aussi ingénieuses que téméraires.

Mais tout cela n'est qu'un éclair, la dernière lueur d'une intelligence près de s'éteindre, et cet homme, qui remplit encore avec distinction des fonctions ou des charges très importantes, qui se livre avec plus d'ardeur que jamais à

ses travaux habituels, s'achemine rapidement vers une démence incurable, sans que rien puisse faire prévoir, h ceux qui l'entourent, sa chute prochaine et définitive.

C'est qu'en effet il est touché, et qu'aux signes d'excitation qu'il présente s'unissent déjà des preuves d'affaiblissement intellectuel, qui, bien que passant inaperçues de l'entourage, n'en sont pas moins reconnaissables pour des yeux exercés. « L'observateur attentif, dit M. Jules Falret, commence déjà à constater chez les malades quelques absences momentanées de mémoire ou d'intelligence, de véritables lacunes dans les conceptions ; en un mot, des traces non contestables de démence commençante, qui sont comme la marque caractéristique de cette maladie mentale, même dès ses premiers débuts. »

L'un des premiers phénomènes qui frappent, parmi ces signes précurseurs d'une déchéance prochaine, c'est, surtout chez les malades des classes supérieures, l'oubli étrange et singulier de toutes les règles de la politesse. On voit un homme d'une éducation achevée et jusqu'alors irréprochable dans sa conduite et son langage, s'oubher, en société, dans ses propos et dans sa tenue ; il porte des vêtements sordides, il néglige le soin de sa personne, il n'a nul souci de sa toilette, et se laisse aller peu à peu à l'indifTé' rence la plus complète et à une malpropreté qui contraste singulièrement avec ses habitudes antérieures.

Mais ce manque de délicatesse, cet oubli des convenances, ne portent pas seulement sur la mise extérieure ; ils s'étendent jusque dans les relations d'amitié et d'affaires, où les malades en arrivent, sans aucun scrupule, à user des moyens les plus frauduleux.

11 y a quelques années, on fit beaucoup de bruit, dans une ville de province, de détournements singuliers. Une

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