FORME FÉMININE
lement, ils perdent la mémoire, sont forcés d'abandonner leur place et deviennent incapables de tout travail. Ils marchent lentement, mais progressivement, vers la démence, aboutissant commun de toutes les paralysies générales. Pendant cette longue évolution, il y a conservation du bon sens, au milieu des troubles de motilité les plus graves. C'est ce que Requin appelait la paralysie générale sans aliénation. Le délire peut mettre chez eux fort longtemps à se dévoiler ; mais il est rare qu'en fouillant bien on ne finisse par découvrir quelque trouble intellectuel. Je vous ai déjà raconté l'histoire d'un ouvrier que j'interrogeais à la Préfecture de police. Il offrait l'embarras le plus évident de la parole; mais il manifestait le plus parfait bon sens et son intelligence paraissait indemne, lorsqu'il finit par me dire que, l'année précédente, il avait été transporté à la Pitié, dans le service de M. Labbé, pour un accident chirurgical, et que ce dernier avait fait sur son cas une clinique devant plus de cinquante mille étudiants. C'était là le cachet de la maladie, le trouble fondamental de l'intelligence qui se manifestait de la manière la plus imprévue.
Quel que soit le délire primitif, l'état ultime sera toujours le même. Si la vie se prolonge assez longtemps, le malade arrive à un affaiblissement profond, à une apathie complète, et môme à une nullité absolue de la vie intellectuelle, même au milieu d'une vie végétative des plus florissantes en apparence.
Occupons-nous un instant de la paralysie générale chez la femme. Elle offre des caractères très différents de ceux que nous venons de tracer. D'une manière générale, le délire est beaucoup plus effacé. On aurait pu croire que la folie des grandeurs serait portée chez elle à un très haut
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degré; au contraire, elle est très rare; et cependant le délire ambitieux vésanique se rencontre chez les femmes. Mais, lorsqu'elles sont atteintes de paralysie générale, ce qui domine la scène, c'est l'hypocondrie. Les malades se figurent avoir des infirmités de tout genre. Elles tourmentent leur médecin pour être passées au spéculum; elles veulent être auscultées, et fatiguent leur entourage de leurs lamentations incessantes.
Quelquefois, elles présentent un délire érotique des plus caractérisés, qui contraste avec les habitudes de leur vie antérieure; cet érotisme est souvent lié à la forme dite ascendante de la maladie. En effet, quand la paralysie générale débute par la moelle, elle monte peu à peu vers l'encéphale et se caractérise quelquefois par des troubles génitaux au début.
Quant au délire des grandeurs, il se présente chez la femme avec un caractère de puérilité qui frappe dès le début. 11 n'y a plus ici de ces conceptions grandioses qui forment, chez certains malades, un tableau si brillant, si poétique et si vivement coloré; il n'y a point cet orgueil" qui se traduit par des expressions si remarquables et par ce délire à'énormité^ que tous les observateurs ont remarqué.
Le paralytique masculin tombe souvent dans la niaiserie, après s'être momentanément élevé ; la femme ne s'élève jamais; elle reste toujours au même niveau de puérilité, sans aucune débauche d'imagination. Son orgueil consiste à porter une belle robe, à vanter sa jolie figure, à posséder une magnifique poupée. En dehors de ces conceptions enfantines, elle se laisse tomber dans la tristesse ou s'abandonne rapidement à la démence.
On remarque chez elle une perte de mémoire plus mar-