‹ Lecons sur les maladies mentalesChapitre 236 sur 283 · DES FORMES DE LA PARALYSIE GÉNÉRALE · texte numérisé non relu

DES FORMES DE LA PARALYSIE GÉNÉRALE

SA MARCHE, SES TERMINAISOiNS, SA DURÉE.

Sommaire. — Formes de la paralysie générale. — Forme paralytique ou paralysie générale dite sans aliénation. — Sa durée. - Forme spinale ou ascendante. — Forme congestive ; manie congestive; folie congestiv'e. — Fréquence des rémissions. — Forme mélancolique. — Troubles intellectuels. — Dénutrition. — Forme expansive. — Délire des grandeurs. — Forme convulsive ou épileptique. — Forme circulaire. — Forme aiguë ou galopante. — Forme féminine.

Marche de la paralysie générale. — Trois périodes. — Période initiale ou prodromique. — Exaltation intellectuelle, dynamie fonctionnelle. — Phénomènes physiques. — Névralgies diverses. — Vertiges. — Période d'état. — Rémissions passagères ou durables. — Aggravation des symptômes physiques. — Affaiblissement progressif de l'intelligence- — Période de déclin. — Terminaisons. — Durée.

Messieurs,

Après avoir analysé les principaux symptômes de la paralysie générale des aliénés ; après avoir étudié en détail les troubles de l'intelligence, ceux de la motilité, ceux de la sensibilité et de la nutrition, il nous reste à grouper ces éléments divers et à vous montrer les formes que peut revêtir cette maladie. En effet, les différences qu'elle peut offrir, dans son évolution, dans sa physionomie, et dans les particularités qu'elle comporte sont tellement importantes, qu'on pourrait se croire en présence de plusieurs maladies absolument distinctes, si l'on ne savait point saisir les caractères fondamentaux qui leur sont communs.

r Pour nous conformer aux règles de la vraie méthode scientifique, et procéder du simple au composé, nous com-

FOUME PARALYTIQUE. FORBIE SPINALE. 863

mencerons par l'étude de la forme paralytique, ou paralysie générale dite sans aliénation (Requin et Sandras).

Dans cette forme, les troubles intellectuels ont un type absolument effacé. C'est à peine si quelques idées fugitives de grandeur, quelques tendances dépressives ou hypocondriaques se font jour ; mais, loin de suivre une évolution progressive, elles semblent avorter, pour ainsi dire, et ne dépassent point l'état rudimentaire. Voilà pourquoi l'on a pensé, dans le principe, que l'aliénation mentale demeurait étrangère à cette forme de la maladie. On admet universellement aujourd'hui, avec MM. Baillarger et Lunier, que, pour être latente, l'altération des facultés n'en est pas moins réelle, et que toute paralysie générale sans délire aboutit à la démence. Mais, au début, tous les côtés brillants du délire des paralytiques font absolument défaut ; on ne constate qu'un affaiblissement progressif de la mémoire, une certaine incapacité de travail; mais le jugement semble rester intact, et l'affaissement intellectuel, dans quelques cas, ne se montre que très tard.

Les troubles de la motilité occupent ici le premier rang : ils s'élèvent rapidement au degré le plus prononcé, et l'embarras de la parole, la maladresse des mouvements, la difficulté de la marche, ne peuvent laisser aucun doute sur le diagnostic, alors même que l'intelligence paraît rester intacte.

La durée de la maladie est habituellement plus longue dans cette forme, qui prédomine surtout chez le sexe féminin.

2° Nous rapprocherons de ce premier type la forme spinale ou ascendante, dans laquelle c'est la moelle épinière qui subit les premières atteintes de la maladie.

C'est, le plus souvent, l'ataxie locomotrice, c'est quelquefois, mais plus rarement, la paraplégie qui ouvre la scène ;

d'autres fois, c'est une amaurose, c'est une sciatiquequi paraissent être le point de départ de cette paralysie générale d'origine périphérique. J'ai observé moi-même, à l'Hôtel- Dieu, une femme chez laquelle la maladie débuta par une excitation génitale absolument extraordinaire ; puis survint une paraplégie ; enfin la paralysie générale, avec démence, vint terminer la scène. A l'autopsie, outre les lésions cérébrales classiques, nous trouvâmes une myélite parfaitement caractérisée des cordons postérieurs et latéraux.

La première observation authentique de paralysie générale à forme spinale appartient à M. Baillarger. Mais c'est surtout Westphal qui a appelé l'attention sur cette forme de la maladie, étudiée, depuis, dans un intéressant travail, par Foville (i). Aujourd'hui, cette variété est entrée de plein droit dans le domaine classique.

3° Les deux formes dont il vient d'être question sont plutôt spinales et bulbaires qu'encéphaliques. Nous entrons dans le domaine de la pathologie cérébrale avec la forme congestive, si bien étudiée par M. Baillarger. Elle débute par un vertige, par une perle de connaissance, ou par une excitation violente; c'est alors la manie congestive. Les troubles intellectuels sont ordinairement de courte durée ; le rétablissement est rapide; mais, pendant plusieurs années, le malade est exposé à de petites congestions, avec ou sans délire, mais toujours d'une courte durée. Elles sont accompagnées ou suivies d'hémiplégies incomplètes, d'un certain embarras de la parole, et d'un léger affaiblissement de l'intelligence. C'est après plusieurs attaques de ce genre que le malade finit par verser dans la démence paralytique.

(1) Annales médico-psychologiques, \8Ti, p.1.

FORME CONGESTIVE. FORME MÉLANCOLIQIUE. 865

C'est là, messieurs, la fameuse folie congestive(l), quia longtemps troublé les statistiques, et qui est aujourd'hui considérée comme l'une des formes de la paralysie générale. Elle est remarquable surtout par la fréquence des rémissions, et par l'état irréprochable de la santé, pendant les périodes de repos.

4° La paralysie générale comporte toutes les variétés de délire. Mais on peut réunir en un seul groupe toutes les variétés dépressives de la maladie, qui constituent la forme mélancolique. Elle est caractérisée surtout, au point de vue intellectuel, par de l'hypocondrie, par des idées vagues de persécution, par des frayeurs sans motif, enfin par un penchant au suicide. C'est surtout ici que l'on constate cette tendance aux hallucinations de l'ouïe, qui ne se rencontre guère que dans cette forme de paralysie générale.

Les troubles intellectuels ne suffiraient point peut-être ici pour constituer une forme à part. Mais au point de vue physique, nous rencontrons ici plusieurs des caractères que nous avons déjà signalés dans la lypémanie. On constate chez ces malades une dénutrition marquée, avec perte de poids et amaigrissement rapide; il existe souvent une anorexie qui peut aller jusqu'à l'horreur des aliments, et nécessiter l'emploi de la sonde œsophagienne. Il se produit parfois une polyurie insipide, avec perte considérable d'urée. Une élévation de la température générale coïncide souvent avec ces phénomènes.

Cet état peut se terminer assez promptement par la mort • mais la santé physique peut se relever, le malade peut engraisser et tomber dans la démence. Enfin, des rémis-

(1) M. Baillarger remplace aujourd'hui cette expression par celle de folie -paralytique,

sions prolongées ont souvent interrompu les progrès de la maladie.

5° Quant à la forme expansive, elle correspond au type classique, au délire des grandeurs, à la folie des milliards. C'est ici que nous retrouvons l'être débordant, généreux, bienveillant, prêt à distribuer les richesses dont son imagination le gratifie ; mais en même temps irritable, colérique, débauché, criminel parfois. Il nous paraît inutile d'insister sur les détails du tableau que nous avons déjà tracQ,

6° La forme convulsive ou épileptique est caractérisée par la fréquence des accès comitiaux, qui peuvent précéder de plusieurs années l'explosion de la vraie paralysie générale. M. Billod en a rapporté plusieurs observations.

L'un des cas les plus remarquables de cette espèce est celui du comte Chorinski, le héros d'un procès criminel célèbre : il avait empoisonné sa femme. Consulté comme expert, Morel admit chez ce sujet l'existence d'une épilepsie larvée ; et, en effet, le coupable présenta plus tard des accidents épileptiformes ; mais il mourut paralytique général, et l'autopsie démontra l'existence des lésions de cette maladie.

7° Nous avons parlé de la forme expansive et de la forme dépressive. La paralysie générale peut offrir des exemples du type circulaire^ dans lequel ces deux formes se succèdent alternativement.

La première observation de ce genre est due à Brierre de Boismont (18S9). La question a été étudiée depuis par Westphal, Espiau de La Maëstre, Fabre et d'autres observateurs.

La paralysie générale à forme circulaire offre en général un cycle assez étendu; ses manifestations successives peu-

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