MARCHE
Les symptômes de ce premier stade sont de deux ordres ; les uns relèvent du domaine de l'intelligence ; les autres de la santé physique.
Au point de vue moral, les premiers symptômes se rapportent tantôt à l'excitation, tantôt à la dépression. Chez plusieurs sujets, on constate cette exubérance de vitalité, ce développement excessif de toutes les fonctions, dont nous avons parlé plus haut.
Si l'intelligence paraît jouer ici le rôle principal; si, chez plusieurs de ces malades, on constate une aptitude extraordinaire aux travaux intellectuels, qui, chez les hommes vraiment supérieurs, peut donner quelquefois des résultats très remarquables au point de vue littéraire et scientifique; si chez d'autres individus on voit se manifester une intensité morbide des sentiments affectifs, il est des paralytiques généraux pour lesquels l'exaltation fonctionnelle se traduit par une suractivité physique, un besoin de mouvement, une horreur du repos, qui ne leur permettent pas de rester en place.
Tous ces phénomènes peuvent coexister chez le même individu, et l'activité intellectuelle se marie aisément h. l'exubérance physique dont nous venons de parler.
Nous croyons cependant que ce serait exagérer la portée de ces observations que de prendre pour le premier stade de la maladie cette activité inquiète que manifestent souvent, pendant de longues années, les prédestinés à la paralysie générale. Quand de pareilles dispositions datent de loin, et surtout quand elles remontent aux premières années de la vie, il faut évidemment y voir une prédisposition morbide, au lieu d'y chercher les premiers symptômes d'une maladie qui n'existe pas encore, mais qui trouvera plus tard un terrain favorablement disposé.
Mais, tandis que, chez les uns, nous voyons se produire cette activité insolite, ce débordement de toutes les facultés, chez les autres, c'est le phénomène inverse qui vient s'imposer h notre attention. C'est par un stade d'affaissement, de tristesse sans motifs, de paresse physique et morale, que la maladie entre en scène. Il n'est pas rare, à ce moment, de voir les malades, très justement préoccupés de leur santé, consulter un médecin et lui exposer leurs craintes.
Ce^ deux états peuvent se pénétrer réciproquement, et il n'est pas rare de voir coexister des idées tristes avec de l'exaltation intellectuelle; quelquefois ces deux dispositions contraires se succèdent alternativement, et l'on 'a le type circulaire.
Le délire des grandeurs se dessine dès cette époque, et s'il est plus apparent chez les exaltés, il n'en existe pas moins, à l'état plus ou moins latent, chez les déprimés.
Enfin, c'est surtout à la première période que se produisent ces actes d'immoralité qui conduisent les malades devant les tribunaux. On a dit, avec raison, que le premier stade de la paralysie générale était essentiellement la période médico-légale. Souvent, comme nous l'avons vu, le délire éclate après une condamnation judiciaire.
Nous arrivons maintenant à l'étude des phénomènes physiques qui caractérisent les débuts de la paralysie générale.
On s'est demandé si les troubles physiques ne précédaient point les désordres intellectuels, ou réciproquement ; cette question est très controversée ; en réalité, il n'existe à cet égard aucune règle absolue.
Dans un as^ez grand nombre de cas, le premier indice