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PRONOSTIC

Nous avons vu cependant que le pronostic, dans certaines conditions, n'est point absolument désespéré. La plupart des observateurs sont disposés à admettre que, dans sa période initiale, la maladie présente encore des chances de guérison, qui diminuent rapidement à mesure que l'évolution morbide se déroule, et disparaissent presque complètement à la période d'état.

Malheureusement, à la première période, le diagnostic est souvent difficile à formuler, et l'on perd un temps précieux avant d'instituer le traitement. On pourrait, sous ce rapport, comparer la paralysie générale à la phtisie pulmonaire, affection qui guérit certainement dans quelques cas, mais qui ne présente guère de chances favorables qu'à l'époque oiî le diagnostic est encore incertain. Lorsque toute hésitation a disparu, lorsque les signes de la maladie sont nettement accentués, la guérison est devenue presque impossible. Il en est de même pour la paralysie générale.

Mais, avant d'aborder l'étude du traitement de cette maladie, il est deux questions qu'il nous paraît indispensable d'aborder, et qui sont unies par les liens les plus intimes.

Faut-il isoler les malades? En d'autres termes, doit-on les placer dans un établissement spécial ?

Lorsque le paralytique général est en liberté, quelles sont les habitudes de vie qui lui conviennent le mieux ? Quelle est la ligne de conduite que nous devons lui prescrire ? Nous allons jeter un coup d'oeil rapide sur cette partie du sujet.

Séquestration. — Occupons-nous d'abord de la question, toujours capitale, de la séquestration du malade. Les paralytiques généraux doivent-ils être placés dans des établisse-

ments spéciaux, ou bien peuvent-ils rester en liberté, pour subir un traitement à domicile?

S'il était possible d'interner dès le principe les malades de cette espèce, on leur rendrait un service éminent, non seulement au point de vue de leur santé, mais encore au point de vue de l'honneur et de la fortune. En effet, s'il est reconnu que c'est surtout à ses premiers débuts que la maladie est encore curable, il n'est pas moins certain que c'est à sa période initiale que se produisent ces actes répréhensibles, ces entreprises hasardeuses, ces dilapidations insensées, qui conduisent le malade à sa ruine, ou qui compromettent d'une manière irréparable sa réputation. Mais il est extrêmement difficile, pour ne pas dire impossible, d'obtenir l'internement pendant la durée de ce premier stade; le diagnostic n'est point assez ferme, et les préjugés de la famille, ainsi que les habitudes de la société opposent des obstacles presque insurmontable à l'adoption de cette mesure.

A la période d'état, il devient évident pour tout le monde que l'internement du malade est une nécessité. C'est surtout à ce moment que nous voyons arriver les paralytiques généraux dans nos asiles; en d'autres termes, ils sont confiés à nos soins au moment oîileur intelligence tombe déjà en ruine ; l'internement est alors une mesure de précaution nécessaire, mais d'une efficacité bien douteuse au point de vue du traitement.

A la troisième période, quand le malade, ayant franchi les deux premiers stades de la maladie, commence à verser dans la démence, il pourrait sans inconvénient être rendu à sa famille; mais c'est surtout alors qu'on se refuse à le reprendre, pour des raisons dont nous avons déjà parlé.

SIÏQUESTRATION. 925

Sortie. — Pendant les périodes de rémission, le malade doit-il être rendu à la liberté ?

Il convient d'user ici de la plus grande prudence, en raison delà fragilité de ces guérisons apparentes. Si cependant l'amélioration se maintient pendant un assez long espace de temps, si, surtout, les difficultés intellectuelles paraissent avoir repris leur équilibre, il peut être utile à la santé physique et morale du malade de le replacer dans les conditions normales de la vie.

Hygiène. — Le paralytique en liberté doit user des plus grandes précautions, et Ton doit lui conseiller d'éviter toutes les causes de fatigue et de surexcitation. Toujours porté à l'exubérance, à l'activité physique et morale, aux excès de toute espèce, il doit (dans la mesure du possible) réagir contre cette tendance ; il ne faut point lui conseiller les distractions, le théâtre, les voyages lointains : il faut, au contraire, circonscrire son activité dans d'étroites limites, lui imposer le repos intellectuel, le soustraire à la fatigue physique, lui interdire les travaux qui congestionnent les centres nerveux, le soustraire à l'action de la chaleur; on sait, en effet, que l'insolation (surtout dans les pays chauds) et les hautes températures auxquelles beaucoup d'ouvriers sont exposés, ont à cet égard une influence déplorable.

A l'intérieur des asiles, on doit surveiller la température des chambres oiî se tiennent les malades, et ne jamais souffrir qu'elle dépasse 13 à 18 degrés centigrades.

11 faut, enfin, tout en donnant au malade une alimentation substantielle, le garantir contre sa propre voracité et lui interdire les excès alcooliques.

Mais, qui ne voit combien il est difficile, en dehors des murs d'un asile, de faire observer de pareilles règles? Elles s'appliquent surtout aux paralytiques en état de rémission,

qui ont gagné, en quelque sorte, par une amélioration, sérieuse, le droit de vivre en liberté. Quant aux paralytiques à la période de début, il sera difficile de les garantir contre leurs propres écarts, et l'on ne doit pas toujours s'attendre à trouver dans la famille et dans l'entourage un appui bien efficace à cet égard.

Traitement médical. — Comme nous l'avons déjà dit, nous comprenons sous ce titre les moyens destinés à exercer une action physique sur le malade, et qui cependant; ne rentrent pas dans la catégorie des médicaments.

Dans cet ordre d'idées, la première place appartient aux révulsifs. Le séton à la nuque préconisé par M. Baillarger, la cautérisation ponctuée à la région cervicale postérieure, le même traitement appliqué le long de la colonne vertébrale dans les cas oii les fonctions de la moelle épinière sont compromises, enfin, à un rang très inférieur, les vésicatoires, les applications irritantes sur le cuir chevelu (pommade stibiée), ont donné souvent de bons résultats; et bien que jamais, à ma connaissance, une guérison n'ait été obtenue par de tels moyens, des améliorations, des rémissions soutenues et prolongées en ont été souvent le résultat, surtout dans les formes congestives de la maladie.

Nous n'en dirons pas autant de l'hydrothérapie, qu'on prescrit d'une manière un peu banale dans toutes les maladies du système nerveux. Après en avoir fait consciencieusement l'essai, nous sommes fondé à dire que ses effets utiles sont absolument nuls, et qu'elle peut souvent avoir des conséquences nuisibles, en raison de la facilité avec laquelle les sujets paralytiques contractent des maladies des voies respiratoires.

Les eaux minérales, les bains de mer, qui sont souvent prescrits aux paralytiques dans les premières périodes de

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