LÉSIONS ANATOMIQUES
des idiots offre une forme défectueuse. D'une manière générale, on constate chez eux une faible capacité. L'épaisseur des parois, l'aplatissement de l'écaillé occipitale et l'ossification prématurée de certaines sutures, principalement de la lambdûïde, paraissent en être les causes principales. Gratiolet d'abord et plus tard Virchow et Garl Vogt ont montré l'importance de cette lésion au point de vue de l'arrêt de développement du cerveau. On sait, d'ailleurs, que, chez les races inférieures de l'humanité, l'ossification des 'Sutures se produit bien plus tôt que chez les races supérieures ; de même que, chez le singe, cette ossification est beaucoup plus précoce que chez l'homme.
Aussi, chez les races plus ou moins sauvages, chez les Australiens, par exemple, l'intelligence des jeunes enfants paraît souvent assez vive et semble promettre un certain développement ; mais, arrivés à un certain âge, cessujets ne font plus de progrès et subissent même un retour en arrière.
Tel est du moins le témoignage unanime de ceux qui se sont occupés de leur éducation.
Pour moi, j'admets parfaitement l'influence que l'ossification prématurée des sutures peut exercer sur le développement encéphalique; mais dans la plupart des cas, si le crâne s'ossifie trop tôt, c'est parce qu'il renferme un cerveau qui n'a nulle envie de se développer. Broca a décrit des crânes de microcéphales dont les sutures étaient parfaitement libres. Ce n'était donc pas le crâne qui avait mis obstacle à l'expansion du cerveau ; c'était un vice primordial qui avait attaqué l'évolution de l'organe en le coupant pour ainsi dire par la racine. Et cela est tellement vrai, qu'il existe d'autres faits qui viennent déposer en sens contraire. Le rachitisme peut affecter le crâne et l'état des parois ; leur épaisseur, leur éburnation viennent témoigner de l'cxis-
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tence très réelle de cette maladie et rétrécir en même temps la capacité de la boîte crânienne. Il faut évidemment deux mécanismes différents pour expliquer deux états aussi disparates, bien qu'en définitive le résultat soit toujours le môme.
Dans l'hydrocéphalie, nous voyons se produire, au contraire, un développement énorme du crâne. Cette apparence extérieure coïncide quelquefois avec l'hypertrophie du cerveau, mais plus souvent avec l'atrophie. L'espace considérable occupé par du liquide explique cette contradiction apparente.
On admet, en général, qu'un sujet est idiot lorsque la circonférence horizontale du crâne est au-dessous de 48 centimètres (Ducatte). Il en est de môme quand la capacité crânienne est inférieure à llSO centimètres cubes, ce qui serait au-dessous du chiffre normal présenté par les races humaines les plus inférieures.
Mais il faut tenir compte, comme l'a fort bien dit Gratiolet, de la question de type dans les races humaines. Un Hottentot peut être intelligent avec un crâne qui conviendrait presque à un idiot caucasique. D'ailleurs, les animaux, avec leur petite cervelle, sont capables, si je puis ainsi dire, de gagner leur vie. Ce sont donc des êtres complets. L'idiot, dans ses formes les plus dégradées, est un être inférieur aux animaux, car, abandonné à lui-même, il périrait infailliblement.
De toutes les courbes que présente le crâne, c'est habituellement la courbe antéro-postérieure qui subit la diminution la plus prononcée, en raison de l'aplatissement de l'occipital. Cependant, nous retrouvons cette disposition chez les Basques et chez quelques races humaines qui présentent, h tous égards, un type normal au point de vue
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physique et psychologique. On voit donc que si l'aplatissement de l'occipital est une conséquence de l'atrophie du cerveau, cette disposition anatomique peut également résulter d'autres oauses qui n'ont rien à démêler avec la pathologie.
L'épaisseur des parois du crâne mérite aussi d'être prise en très sérieuse considération. Chez la plupart des idiots, les parois du crâne sont plus dures et plus épaisses qu'à l'état normal, ce qui diminue notablement la capacité crânienne. Cependant, dans quelques cas exceptionnels, on trouve les os du crâne amincis par places et offrant une très grande irrégularité sous le rapport de leur épaisseur. A la base du crâne, quand ces anomalies se produisent, il peut en résulter un rétrécissement marqué du trou occipital et des orifices artériels, ainsi que de ceux qui sont destinés au passage des gros troncs nerveux.
Les déformations du crâne influent à leur tour sur le développement de la face. La physionomie des idiots résulte très souvent du retrait que semblent éprouver les parties centrales en présence de l'ossification vicieuse des parties correspondantes de la boîte crânienne.
Virchow attribue à l'ossification prématurée descartilages de la base du crâne cette déformation spéciale de la face qui caractérise les crétins des Alpes.
Quelle que soit la valeur de cette théorie, que nous aurons bientôt l'occasion de discuter en parlant du crotinisme, il est certain que plusieurs des défauts que présente la face chez les idiots se rattachent à des causes de cet ordre.
La disposition ogivale de la voûte palatine, qu'on observe si souvent chez les sujets de ce genre et chez les épileptiques, est une conséquence directe de ces malformations.
CEnvEAu. 947 L. Mayer (1) a décrit, sous le nom de crania jjrogenea, certaines têtes de sujets faibles d'intelligence dans lesquelles le menton fait une saillie très prononcée et imprime à la face tout entière une conformation spéciale qui se relie, d'après cet auteur, à des malformations de la base du crâne et du cerveau.
Mais les irrégularités et les anomalies que présente la boîte extérieure ne sont en quelque sorte que les indices d'une conformation vicieuse de l'encéphale. C'est ici très incontestablement que se présentent les faits les plus significatifs et les plus importants au point de vue scientifique.
D'une manière habituelle, le cerveau des idiots est beaucoup plus petit et moins lourd que celui des sujets normaux. On a évalué le poids moyen de leur cerveau à 1 188 grammes pour les hommes adultes, et à \ 0S7 grammes pour les femmes, et souvent le chiffre tombe bien au-dessous de ces limites. Mais, par contre, on constate chez quelques sujets, exceptionnellement, il est vrai, une hypertrophie notable (130S grammes, Baillarger). Il est probable qu'en pareil cas il s'agit d'un développement morbide de certaines parties de la trame encéphalique (2). On rencontre aussi en pareil cas un écart considérable entre le poids des deux lobes : la différence peut s'élever à 30 ou 40 grammes (Luys).
L'atrophie plus ou moins complète de certaines parties de l'encéphale est un fait assez commun dans l'idiotie ; elle peut porter sur les lobes antérieurs ou sur les lobes postérieurs, sur les circonvolutions cérébrales, enfin sur les parties profondes.
Les scissures, et en particulier la scissure de Sylvius,
(1) Archiv fur Psychiatrie, etc., 1. 1, 1870.
(2) Le cerveau d'un imbécile que j'ai observé à Bicôlre. dans lo service de M. Moreau (de Tours), pesait 1 498 grammes.
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sont souvent très élargies. Les circonvolutions ont en général peu de relief. Elles sont quelquefois très aplaties et le cerveau présente alors l'aspect lisse qu'il offre à l'état normal chez les rongeurs.
D'après M. Luys, qui a étudié cette question avec un soin minutieux, c'est la frontale ascendante qui présente de la manière la plus manifeste les traces d'un arrêt de développement (1). Il va sans dire que, dans la distribution de ces agénésies ou de ces atrophies partielles^ il règne la plus grande irrégularité.
Quant aux parties profondes, elles peuvent offrir des lacunesd'uneimportance vraiment capitale.G'est ainsi qu'on a constaté l'absence totale du corps calleux, l'absence ou l'atrophie des corps striés, l'absence des couches optiques.
Quelquefois, c'est un hémisphère entier qui manque; d'autres fois, c'est un lobule. Enfin le bulbe lui-même peut offrir une diminution sensible dans son volume, ce qui coïncide habituellement avec un rétrécissement du trou occipital.
Le cervelet est souvent volumineux, du moins par rapport au poids et au volume du corps en général et de l'encéphale en particulier.
Il est très intéressant de signaler les atrophies de substance grise, qui constituent de véritables fautes d'orthographe au point de vue morphologique, et viennent apporter une preuve de plus à l'appui de la doctrine qui fait de l'idiolie le résultat d'un développement irrégulier, entravé ou retardé.
L'histologie du cerveau des idiots est encore à faire. Cependant quelques résultats paraissent déjà acquis à la
(1) Liiys, Traité des maladies menlalcs^ 1881, p. 634.