‹ Lecons sur les maladies mentalesChapitre 273 sur 283 · SÉQUESTRATION · texte numérisé non relu

SÉQUESTRATION

taires dans les maisons de santé : visites d'inspecteurs, registres d'observation tenus sous la responsabilité des chefs de service, enfin intervention des autorités judiciaires en cas de conflit.

Il reste un point capital, et qui pourrait à lui seul résumer l'esprit tout entier de la loi : c'est que, dans aucun cas, les aliénés ne peuvent être enfermés dans une prison ni traités comme des criminels.

Gomme vous le voyez, Messieurs, ce qui caractérise essentiellement la loi de 1838, c'est l'intervention constante du médecin dans toutes les phases de la vie de l'aliéné. C'est le médecin qui prononce son admission et qui décide de sa sortie; c'est lui qui juge en dernier ressort la situation et qui préside, en définitive, au sort du malade. Son droit a été consacré au cours de la discussion parlementaire par cette parole décisive du ministre de l'intérieur : « La folie n'est pas un crime : c'est une maladie qui guérit par le traitement. »

Si donc le médecin se présente, à toutes les étapes de la vie morbide de l'aliéné, comme son ami, son protecteur constant et son défenseur naturel, d'oîi vient ce débordement d'injures auquel nous sommes constamment exposés dans la presse, et jusqu'à un certain point dans les appréciations du public? D'oii vient ce cauchemar des séquestrations arbitraires qui tourmente sans cesse l'imagination de certains publicistes ? Il faut bien le dire : les plaintes qui entretiennent sans cesse les inquiétudes du public proviennent, pour la plupart, des demi-aliénés, de ces intelligences placées sur la frontière qui sépare la raison de la folie, et qui sont bien certainement l'une des plaies les plus dangereuses de la société, non seulement par l'absurdité de leurs idées et la perversité de leur caractère,

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mais aussi par l'influence incontestable qu'ils exercent sur l'opinion.

Je vous l'ai dit : si les aliénés ne jouissent, en général, d'aucun crédit auprès de leurs compagnons d'infortune, ils ont une puissance d'action singulière sur les gens sains d'esprit. Dans une réunion publique, un fou monte à la tribune : on l'écoute avec intérêt, on l'applaudit à outrance. Un homme sensé prend la parole après lui et n'obtient aucup succès; c'est que le second est banal, et que le premier ne l'était pas. L'histoire est là pour nous prouver avec quelle puissance la folie de certains hommes a remué le monde. Il est des entreprises oîi la raison froide échouerait infailliblement, et oîi le délire a réussi. Mais je ne veux pas insister sur ce sujet, qui mérite de longs développements, et que je me réserve de traiter plus tard devant vous.

Il n'y a donc pas de séquestrations arbitraires, Messieurs ; ou plutôt, s'il en existe, ce n'est pas dans nos établissements publics, ni dans les maisons de santé soumises à une surveillance étroite, méthodique et jalouse ; c'est dans l'intérieur des familles, c'est derrière le mur de la vie privée, loin de la publicité salutaire des actes autorisés par la loi. Il est hors de doute que, plus d'une fois, de malheureux aliénés, devenus pour leurs proches un objet d'horreur et de mépris, ont été enfermés dans quelque cachette obscure, 011 ils manquaient des soins les plus élémentaires.

La loi punit sévèrement ces actes odieux ; mais, et c'est ici l'une de ses plus grandes lacunes, elle ne prescrit pas le placement des aliénés dits inoffensifs, ouvrant ainsi la porte à de graves abus, et tolérant de grands dangers. Il existe, en effet, plus de cinquante mille aliénés en liberté dans notre pays, dont la plupart sont des idiots et des

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