‹ Lecons sur les maladies mentalesChapitre 66 sur 283 · CONDITIONS MATÉRIELLES DE LA PENSÉE · texte numérisé non relu

CONDITIONS MATÉRIELLES DE LA PENSÉE

nécessaires à raccoraplissement du travail intellectuel. Mais combien nous sommes loin de cet idéal 1

Ce que nous savons, du moins, c'est que l'encéphale est une réunion fort complexe d'éléments divers, qui se compose surtout de ganglions destinés à condenser les impressions sensorielles et les sources de mouvement, et d'organes doués de propriétés plus élevées, les hémisphères cérébraux, qui paraissent être le siège exclusif des actes conscients de rintelligence. C'est là, pendant la période d'activité cérébrale, pendant l'afflux du sang et la turgescence de la pulpe nerveuse, que s'élaborent les phénomènes d'ordre supérieur qui constituent dans leur ensemble ce que nous appelons la pensée, et qui coïncident avec des réactions chimiques fort analogues aux combustions.

Mais s'il existe une région spécialement chargée de ce travail, s'il existe bien réellement des organes de la pensée, ce n'est point une raison pour tomber dans le matérialisme grossier de Cabanis, ni pour dire avec lui que le cerveau digère les impressions comme l'estomac digère les aliments, qu'il sécrète la pensée comme le foie sécrète la bile. Autant vaudrait dire que les muscles sécrètent la contraction musculaire (1).

Il est incontestable que le travail cérébral, semblable, sous ce rapport, au travail manuel, est accompagné d'une notable déperdition de substance. Sans parler de la fatigue physique qui résulte des efforts intellectuels et du repos qu'ils nécessitent, il est certain que la présence en excès de

(0 II est évident que l'expression employée ici par Cabanis a mal servi sa pensée; mais sans vouloir lui attribuer des vues aussi peu f >gnes d un physiologiste que d'un pliilosopbe, on peut justement lui

proclier un langage qui fournit si naturellement dos armes aux ennemis de la science contemporaine.

l'urée et des phosphates dans l'urine coïncide avec un processus de désassimilation et d'oxydation. Voilà donc la sécrétion cérébrale, s'il nous en faut absolument une ; mais n'est-il pas plus simple et plus rationnel d'y voir plutôt les résidus d'une combustion organique, qui correspond, comme en mécanique, à la somme de travail effectué?

On a souvent dit, avec raison, que l'urée représentait les cendres de l'économie. Cette heureuse expression de Ghaptal, reprise et commentée par Chalvet, caractérise avec beaucoup de justesse les transformations qui s'accomplissent au sein de l'organisme ; mais qui songerait jamais à confondre les résidus de la combustion d'un foyer avec la chaleur et la lumière qui en émanent? Aussi serait-ce une aberration bien étrange que de confondre avec les cendres du foyer intellectuel la pensée elle-même, qui en est le divin rayonnement.

Restons donc dans notre rôle et ne cherchons pas à en sortir. Laissons les moralistes, laissons les philosophes définir la pensée à leur point de vue : ils le feront avec plus d'autorité que nous, et nous ne songeons pas à empiéter sur leur domaine.

Pour le physiologiste, en effet, il s'agit bien moins de pénétrer l'essence même de la pensée que d'apprécier les conditions physiques qui président à ses manifestations, et de saisir ses rapports avec le monde extérieur. Nous savons que, par quelques-uns de ses caractères les plus importants, la pensée se rapproche des forces générales qui régissent la matière; nous savons qu'elle apparaît dans certaines conditions nettement déterminées, qu'elle exige une perte de substance pour accomplir son travail ; nous savons enfin que, lorsqu'elle ne demeure pas à l'état latent, c'est par des mouvements qu'elle se manifeste au dehors.

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