ACTIONS RÉFLEXES
Mais il est une question d'une importance capitale au point de vue qui nous occupe. La pensée peut-elle être inconsciente? Et le travail cérébral peut-il être latent pour le sujet lui-môme, comme il l'est si souvent pour ceux qui l'entourent? Nous n'hésitons pas à répondre par l'afflrmativo ; mais il est indispensable d'entrer ici dans quelques développements.
Descartes, dont le puissant génie a si souvent pressenti des vérités qui ne devaient être démontrées que longtemps après lui, Descartes avait formulé dans toute sa rigueur la théorie de l'automatisme telle que nous la concevons aujourd'hui. Pour ce grand philosophe, les animaux inférieurs, séparés de l'homme par un abîme profond, ne sont en définitive que de simples machines obéissant aux impulsions qu'elles reçoivent, et traduisant par des mouvements réguliers, parfaitement adaptés à la conservation de l'individu, les impressions sensorielles qui leur arrivent de l'extérieur (1).
(I) Nous ne pouvons résister au plaisir de citer ici un passage de Descartes, dans lequel la théorie des actions réflexes est exposée de
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44 DE LA FOLIE EN CÉNÉllAL.
Nous savons aujourd'hui, avec toute la certitude que donne l'expérimentation scientifique, combien est grande la part de vérité que renferme celte idée hardie. L'automatisme, auquel Descartes faisait jouer un si grand rôle, apparaît comme la loi générale qui domine la plupart des manifestations extérieures de la vie ; et loin d'en restreindre l'application aux degrés inférieurs de l'animalité, nous savons aujourd'hui que l'homme lui-même ne fait point exception à la règle.
Depuis que la découverte des actions réflexes nous a livré le mécanisme de ces phénomènes si singuliers en apparence, si simples en réalité, nous savons que, si la vue d'un objet menaçant nous fait involontairement reculer, si les bruits inattendus nous font tressaillir, si la marche elle-même n'est qu'une action purement automatique, dans laquelle la volonté n'intervient que pour commencer le mouvement ou le suspendre, nous savons, dis-je, que tous ces phénomènes s'expliquent par la structure des centres nerveux et par les propriétés de certains groupes spéciaux de cellules qui jouissent du privilège de transformer les sensations en mouvements.
Ainsi donc, la pensée a toujours sous la main, et pour ainsi dire dans son voisinage immédiat, un serviteur fidèle, prêt à exécuter ses ordres, et au besoin à la remplacer ; et, loin de nuire à sa dignité, ce dualisme organique sert à la
s'y font en leur présence : car ils n'y peuvent entrer qu'en marchant sur certains quarreaux tellement disposés, que, par exemple, s'ils approchent d'une Diane qui se baigne, ils la feront cacher dans les roseaux; et s'ils passent plus outre pour la poursuivre, ils feront venir vers eux un Neptune qui les menacera de son trident; ou s'ils vont de quelque autre coslé, ils en feront sortir un monstre marin, qui leur vomira de l'eau contre la face... » Descaries, Traité de l'homme. Paris, Th. Girard, 1664, p. 12.