HALLUCINATIONS DU SENS GÉNITAL
de beurre OU de cire, et que, s'ils approchaient du feu, ils risqueraient d'être fondus. Ces conceptions délirantes se rattachent peut-être à une hallucination du toucher, ou à une anesthésie plus ou moins généralisée.
Hallucinations du sens génital. — Depuis les impressions les plus vagues jusqu'aux sensations du coït complet, les organes génitaux peuvent être le siège d'une irritation morbide qui rappelle, de près ou de loin, les phénomènes del'excitation physiologique. Ces hallucinations se montrent surtout dans le sexe féminin ; il faut leur attribuer les récits des sorcières qui croyaient se rendre au sabbat pour avoir commerce avec le diable ; il faut leur attribuer les légendes où figurent des démons incubes ou succubes ; il faut y rapporter, enfin, les plaintes des aliénées qui prétendent avoir été violées, pendant leur sommeil, par des individus qu'elles désignent nominativement, et qu'elles choisissent habituellement dans leur entourage. On sait que les personnes soumises à l'inhalation du chloroforme sont exposées à des hallucinations de ce genre; nous en citerons un exemple frappant.
Une dame se rend chez un dentiste pour subir une opération douloureuse. Soumise à l'action du chloroforme, elle s'endort facilement et demeure insensible en apparence jusqu'au moment du réveil. Mais, à peine sortie du sommeil anesthésique, elle adresse les plus vifs reproches à son mari, qu'elle accuse d'avoir eu des rapports intimes avec elle, en présence de témoins. En vain s'efforce-t-on de la convaincre
son erreur, elle a tout senti, tout entendu, dit-elle : on a v^ulu se livrer sur elle à une expérience des plus coupables.
Plusieurs mois après, cette dame, d'ailleurs très raison- Die, était parfaitement convaincue de la réalité de cet
outrage imaginaire, dont le souvenir l'impressionnait au point de lui faire verser des larmes abondantes. Il y avait eu, dans ce cas, une véritable hallucination génitale sous l'influence d'un agent toxique (1).
On trouvera dans le mémoire de M. Baillarger le récit détaillé d'un fait de ce genre, où les hallucinations ne le cédaient en rien à la réalité (2). La malade, d'ailleurs parfaitement saine d'esprit, a fort bien décrit ses fausses perceptions dans une série de lettres, qui contiennent à cet égard les détails les plus remarquables.
' Plusieurs aliénées se croient en état de grossesse, ou sur '1 le point d'accoucher; on en voit même qui prétendent.: avoir ressenti les douleurs de l'enfantement. Chose étrange ! ce genre d'hallucination n'est point l'apanage exclusif du i sexe féminin; on rencontre des hommes qui prétendent, traverser toutes les phases de la grossesse jusqu'à la partu- ■ rition inclusivement.
Hallucinations internes. - Plusieurs malades éprouvent l à l'intérieur du corps des sensations étranges qui tantôt se ' rapportent à des lésions réelles, et tantôt ne paraissent résulter d'aucune altération appréciable.
J'ai connu à Bicêlre, dans le service de Moreau (de Tours), un paysan alsacien qui se plaignait d'avoir son curé dans le ventre. La présence de cet hôte incommode était la cause d'une douleur sourde et permanente; mais de temps en temps quatre curés du voisinage se réunissaient au premier, pour tenir un micile, dont le siège était dans la fosse iliaque gauche. Les douleurs du malade devenaient alors intolérables. Cet aliéné mourut subitement, étouffe par un bol alimentaire qu'il avait avalé de travers. A l'au-
(1) Journal des connaissances médicales praliques, 30 i^im^vW^-
(2) Mémoire cité, p. 344.