‹ Lecons sur les maladies mentalesChapitre 75 sur 283 · HALLUCINATIONS DE PLUSIEUUS SENS RÉUNIS · texte numérisé non relu

HALLUCINATIONS DE PLUSIEUUS SENS RÉUNIS

obéi peut-être aux ordres de la voix, mais, en tout cas, il lui eût été difficile de se faire écouter par des hommes éclairés.

Quand il existe des hallucinations de plusieurs sens réunis, ces perceptions erronées ont ordinairement entre elles des rapports intimes; preuve évidente que la logique n'a pas complètement abdiqué ses droits. Le diable laisse après lui une odeur sulfureuse. Un malade, dont Marc a rapporté l'histoire, léchait perpétuellement les murs de sa chambre : il croyait manger des oranges du Japon ; le goût et l'odorat lui retraçaient la saveur et le parfum de ces fruits imaginaires. Enfin, les apparitions qui adressent la parole aux malades tiennent presque toujours un langage approprié à leur caractère : les anges, les démons, les esprits des morts se renferment plus ou moins exactement dans leur rôle.

Toutefois, comme le fait observer M. Baillarger (1), chez la plupart des malades les hallucinations d'un sens prédominent à tel point, que les autres sont rejetés sur le second plan. C'est ce qui a lieu surtout dans les maladies aiguës, où les hallucinations complexes sont beaucoup plus fréquentes que dans les affections chroniques. Au reste, chez beaucoup d'aliénés, les fausses perceptions n'affectent d'abord que la vue ou l'ouïe; et c'est à mesure que l'état -enéral s'aggrave en se prolongeant que de nouvelles hallucinations viennent se joindre à celles qui existaient déjà.

Nous empruntons à Forbes Winslow (2), en l'abrégeant considérablement, une intéressante observation qui, par la "larche progressive des accidents, et leur évolution régu-

(1) Mémoire cité, p. 337.

^ mon obscure diseases of ike brain, etc. London, Churchill, 18G0,

lièi-e, vient à l'appui des considérations que nous venons

d'exposer. .

Il s'agit d'une jeune fille de dix-neuf ans qui, depuis plusieurs années, était atteinte d'hallucinations très variées, dont elle a tracé elle-même le récit. C'est à l'âge de quinze ans qu'elle éprouva pour la première fois une illusion de la vue. Elle se disposait à se rendre à un bal et s'occupait des soins de sa toilette, lorsque, tout à coup, en jetant un regard dans la glace, elle vit apparaître derrière sa propre image la tête d'un homme à cheveux gris. Maigre sa frayeur, elle eut assez de présence d'esprit pour détourner les yeux et chercher à se distraire en continuant a s occuper, mais, chaque fois qu'elle se regardait de nouveau dans la glace, elle voyait reparaître la même figure. Quelques jours plus tard, elle apprit que son oncle venait de iourir. A partir de cette époque, elle eut une tendance a croire que la mort de ses proches lui était annoncée par des disions surnaturelles. D'autres événements vinrent 1 affermirdans cette conviction. Quelques mois après le décès de son oncle, elle fut présentée au frère d'une de ses amies, M B..., qui se disposait à partir pour les Indes orientales ; c'était un superbe jeune homme de vingt ans, dont la belle fîoare encadrée d'une chevelure abondante et frisée, W une vive impression sur elle. Le 8 novembre suivant en s réveillant le matin de bonne heure, elle vit M B... debou au pied de son lit, penché sur elle et le regard plonge dans ses yeux. Elle s'assit sur son lit, et l'apparition se redressa d'abord, puis recula peu à peu et finit par disparaîti^ entièrement. Pendant tout le reste delà journée, elle entendit une main invisible frapper des coups secs contre le mur. Elle fut convaincue, à partir de ce jour, que M B... éta« Irf elle fit part de cette triste nouvelle à la famille, qui

Page 1