IDÉES FIXES
ces altérations du caractère, ces perversions du sens moral qui poussent quelquefois les aliénés à des actes criminels et les exposent à la vindicte des lois. Mais sans aller aussi loin, on a souvent à leur reprocher un changement complet de sentiments et d'habitudes, de penchants et de goûts. Les parents les plus proches, les amis les plus chers, deviennent l'objet de leur aversion violente ; leur humeur s'aigrit, leiu's mœurs se dépravent; en un mot, leur axe moral est profondément dévié.
Sur ce terrain depuis longtemps préparé, on voit enfin germer les conceptions délirantes, qui, d'abord vagues et flottantes, sont destinées à se transformer, par une évolution progressive, en idées fixes. Mais il importe d'établir à cet égard une distinction fondamentale. Parmi les aliénés, les uns sont logiciens, les autres sont incohérents. Les uns et les autres caressent des notions insensées ; mais les premiers se préoccupent des objections que soulèvent leurs idées : ils s'efforcent de systématiser leur délire ; ils y parviennent avec le temps; ils s'y installent alors avec complaisance, leur esprit se repose dans le cercle qu'ils se sont tracé, et ils refusent obstinément d'en sortir. Les seconds, au contraire, faibles, vacillants, indécis, tombent à chaque instant dans les contradictions les plus grotesques; ils mêlent les souvenirs prosaïques de leur vie réelle aux événements fantastiques de leur vie imaginaire, et ne font aucun effort pour les raccorder. Il n'existe d'ailleurs aucune barrière infranchissable entre ces deux états ; ils peuvent se fondre l'un dans l'autre, et souvent le premier n'est que le vestibule du second.
S'il est peu profitable de suivre dans ses divagations un
états maniarnies qui présentent une si grande analogie avec les affections cérébrales aiguës, et qui seront étudiés plus loin.
esprit dont les idées ne reconnaissent plus aucun enchaînement rationnel, il est, au contraire, du plus haut intérêt de contempler l'évolution progressive de ce travail intérieur, qui transforme par degrés une notion, d'abord vague et flottante, déposée pour ainsi dire à l'état de germe dans l'esprit, en une idée fixe qui finit à la longue par s'implanter définitivement dans l'intelligence, qu'elle tyrannise d'une manière absolue, et dont il sera désormais impossible de la déraciner.
Cette étude, qu'il n'est pas encore temps d'aborder ici, trouvera sa place plus loin, lorsque nous nous occuperons des délires systématisés. Contentons-nous, pour le moment, d'insister sur quelques points.
C'est, en général, à la suite d'une longue hésitation que le malade, après avoir flotté dans l'incertitude, finit par trouver la formule de son délire, suivant l'heureuse expression de M. Jules Falret. Parvenu, dès lors, à la période de systématisation, il devient de moins en moins accessible aux influences extérieures, aux idées venues du dehors ; il résiste, avec une énergie toujours croissante, aux impressions qu'on cherche à lui communiquer, et à partir de cette époque, l'un des points les plus remarquables de cette évolution psychologique, c'est qu'elle semble procéder d'eUemême, et tirer, pour ainsi dire, tous ses éléments de son propre fonds. Sans doute, les circonstances extérieures, les relations sociales, le degré de culture intellectuelle, les souvenirs et les croyances du malade jouent un rôle immense dans la production du délire ; mais ce sont là, selon l'expression de Kant, les moules dans lesquels il jette sa pensée ; et, dans des circonstances absolument opposées, le délire n'en existerait pas moins; il leur emprunterait un autre langage, mais sans se rapprocher davantage de la raison.
Ai\AI,OGIES ENTRE LE RÉVE ET LA FOLIE. 139
Sur ce terrain si fertile en notions absurdes, rien n'est plus difficile que de faire germer une absurdité nouvelle, lorsqu'une fois le délire a trouvé son expression définitive. Entrez en conversation avec un de ces vieux aliénés qui peuplent les asiles, écoutez avec complaisance ses divagations, et cherchez ensuite à lui inoculer une conception erronée, aussi rapprochée que possible de celles dont il vient de vous entretenir ; et toujours (ou presque toujours) vous le verrez repousser sans la moindre hésitation l'erreur que vous lui présentez. Souvent môme il fait preuve d'une puissance de logique et d'une vigueur de bon sens que l'on ne s'attendait guère à trouver chez lui.
Les conceptions délirantes sont donc (du moins chez les ahénés systématiques) le produit spontané du terrain sur lequel elles ont germé. Ce principe, d'ailleurs, ne saurait diminuer la portée des observations si remarquables qui ont démontré jusqu'à l'évidence la contagion de la folie ; mais il suffît de se reporter au travail de Lasègue et Falret (j), pour constater que la transmission ne s'opère que dans des conditions toutes spéciales, sur lesquelles nous aurons à revenir plus tard.
Faut-il assimiler aux conceptions délirantes qui relèvent de la folie les troubles intellectuels qui caractérisent le délire des afl'ections aiguës? Pour d'éminents observateurs, il n'existe aucune limite absolue, aucune barrière infranchissable entre ces deux états. Mais il ne faut point oublier que, dans l'un et l'autre cas, le délire n'est qu'un symptôme ; c'est l'expression d'un trouble des fonctions cérébrales qui se relie à des conditions physiques profondément différentes. Nous admettons donc, sans aucun scrupule, qu'en-
[\) Annales médioo-psychologiques, novembre i877.
140 uns ÉLÉMENTS MOKUIDES' DÉ " i.A KOl.IE.
tre le délire violent des vésanies aiguës, avec son cortège incohérent d'idées bizarres et d'hallucinations multiples, et les perturbations intellectuelles qui éclatent au cours des maladies fébriles, il existe une profonde analogie ; mais un orage passager, qui vient troubler un instant les fonctions cérébrales, ne saurait être comparé, même au point de vue psychologique, à l'état mental d'un vieil aliéné, dont les conceptions délirantes ont, pour ainsi dire, des ancêtres, et plongent, par leurs racines, jusqu'aux profondeurs les plus intimes de l'organisation. — « On hérite de soi-même « , d\t La?ègue. On ne saurait mieux exprimer cette filiation morbide, qui reUe le présent au passé, et transforme l'intelligence par un effort lent et progressif, que la marche brutale des affections aiguës ne saurait jamais imiter.
Ce n'est point seulement, d'ailleurs, dans les états morbides qu'on s'est efforcé de retrouver le prototype des conceptions délirantes de la folie. 11 est des phénomènes qui appartiennent essentiellement à la vie physiologique et qui présentent avec l'aliénation mentale de si profondes analogies, qu'il semble impossible, au premier abord, de ne point les rapprocher. Le sommeil et les rêves, avec tout leur cortège d'hallucinations étranges, de raisonnements absurdes et de conceptions monstrueuse?, ont été maintes fois considérés comme le véritable type de la folie, et l'on a cru saisir un rapprochement encore plus intime entre l'aliénation mentale et cet état de trouble, de confusion et d'alfaiblissement des facultés de l'esprit, qui succède immédiatement au réveil, et peut quelquefois se prolonger pendant un court espace de temps.
EnQn, nous l'avons déjà dit, on a signalé, chez certains sujets, une véritable invasion des rêves dans la vie normale, une sorte de fusion de l'état de sommeil et de l'état
nrput.sioNS irrésistibles. \ 41
de veille qui trouble complètement les opérations de l'esprit, I et constitue un véritable délire : il est, en effet, des malades dont la seule erreur consiste à prendre pour des réalités les illusions fantastiques qui ont assiégé leur chevet et les discours qui ont bercé leur oreille endormie (1).
Certes, on ne saurait méconnaître la portée de ces fails vraiment étranges ; mais qui ne voit que des cerveaux déjà malades peuvent seuls se prêter à une aussi singulière perversion de toutes les règles physiologiques? Et si, comme on l'a dit, la folio a paru quelquefois éclater au sortir d'un rêve, c'est que le rêve lui-même n'était que le premier symptôme d'un état morbide depuis longtemps préparé.
En résumé, pour le médecin qui ne voit dans le délire que l'expression symptomatique d'une lésion, soit organique, soit fonctionnelle, il ne saurait exister aucun point de contact entre l'évolution plus ou moins régulière d'une fonction normale et les manifestations extérieures d'un état pathologique. Mais le philosophe qui aspire, comme le dit Gricsinger, k pénétrer dans l'âme d'un aliéné, a le droit de se placer à un tout autre point de vue : il peut se flatter d'avoir approché du but, lorsqu'en évoquant le souvenir de ses rêves il y retrouve des convictions, des sentiments et des idées qui présentent la ressemblance la plus frappante avec les manifestations habituelles de l'aliénation mentale.
Il serait facile, en poursuivant l'analyse des troubles intellectuels qui se produisent chez nos malades, de signaler d'autres lésions de l'entendement. La mémoire, l'imagination, la puissance d'attention, l'enchaînement logique des Idées, enfin la faculté d'exprimer ses pensées par le langage,
(I) Voir l'Appeiulice inséré îi la lin de cette leçon.
142 DES 1ÎLÈME1STS MOUBlDES DË U FOLIE.
toutes ces fonctions de l'intelligence peuvent être perverties à divers degrés, et chacune de ces altérations pourrait former le sujet d'un chapitre t part ; mais l'étude de ces questions trouve bien plus naturellement sa place dans la description des principales formes du délire, et d'ailleurs, les dissertations métaphysiques ne sont plus en faveur ; les tendances actuelles de la médecine mentale nous éloignent de plus en plus de la psychologie, pour nous rapprocher tous les jours davantage de l'observation clinique.
Nous croyons donc devoir nous arrêter ici dans l'étude générale des troubles purement intellectuels ; nous allons maintenant nous occuper des perturbations de la volonté.
Les impulsions irrésistibles, qui, chez la plupart des malades, sont étroitement associées aux conceptions délirantes et aux hallucinations, peuvent se manifester quelquefois sous une forme complètement indépendante. Le type le plus achevé de cette perturbation isolée des facultés morales se trouve dans l'aveugle fureur qui s'empare quelquefois des épileptiques et qui, sans cause connue, les pousse à des actes de violence dont ils ne peuvent exphquer les motifs, et qui souvent ne laissent aucune trace dans leurs souvenirs.
Mais ce sont là des explosions passagères et qui relèvent plus directement de l'état physique que de l'état moral.
Sous une forme plus durable, plus systématique et plus intimement associée au caractère de l'individu, ces prédispositions malsaines constituent un véritable délire connu depuis longtemps des aliénistes, que Pritchard a design sous le nom de moral insanity et dont M. le docteur 1 rela a fait une étude approfondie dans son ouvrage si justement célèbre sur la folie lucide. ;
Parmi les aliénés, il est une forte proj^ortion de cr.mi-
IMPULSIONS innlsisTinLËS. 143 nels, et, comme l'a démontré Lasèguo, près d'un tiers des fous qui comparaissent h la Préfecture de police devant les médecins chargés de les interroger ont, dans leurs antécédents judiciaires, de petits délits qui ont motivé, à leur égard, des mesures plus ou moins rigoureuses. Mais, sans parler des sujets qui, après une existence des moins régulières, finissent par donner des preuves non équivoques d'aliénation mentale, il est des caractères profondément vicieux et chez lesquels le vice peut aller jusqu'à la folie, sans que jamais le moindre accès de délire soit venu' troubler l'équilibre de leurs facultés intellectuelles.
Si l'on cherchait à marquer le premier degré de cette échelle ascendante, la manifestation morbide la plus discrète de ces perversions souvent héréditaires, on la trouverait peut-être dans l'irrésistible penchant qui pousse des personnes d'ailleurs bien équilibrées à déguiser constamment la vérité. Nous pourrions tous en rapporter de nombreux exemples, en faisant appel à nos souvenirs. Je connais personnellement un homme d'ailleurs fort honorable, plein d mtelligence et de ressources, qui s'est élevé d'une position des plus médiocres à une très grande fortune. Les qualités si remarquables qui l'ont servi dans sa carrière sont déparées par un irrésistible besoin de mentir, gui le poursuit jusque dans les moindres détails de la vie et qui enlève toute espèce de valeur à sa parole aux yeux des personnes admises dans son intimité. Cette disposition, qui par son exagération et son opiniâtreté touche aux confins du d lire, est la seule irrégularité d'un esprit d'ailleurs P ri^^itement erme et lucide, et qui n'a jamais été troublé par 1 ombre d'une pensée déraisonnable.
Il est des sujets qui, tout en conservant le plein exercice de leurs facultés intellectuelles, sont affligés d'une irritabi-
d44 UliS K1.1ÎMENTS MORBIDES DE LA FOl.lE.
lité vraiment morbide ; les motifs les plus futiles provoquent chez eux des explosions insensées de colère. Cette prédisposition, qui se montre très souvent chez certains névropathes, et plus spécialement chez les épileptiques et les choréiques, peut aussi se manifester d'une manière absolument isolée, chez des sujets purs de toute névrose; elle constitue alors un véritable délire impulsif, un premier pas vers l'aliénation mentale.
Le besoin périodique des excitations de l'ivresse marque évidemment un degré de plus dans cette série de dégradations morales ; cependant, quelle que soit la profondeur de l'abaissement où peuvent tomber les dipsomanes, ils n'ont pas encore atteint la limite qui sépare la folie du crime. Encore un pas, et la barrière est franchie.
Le vol, l'incendie, les perversions les plus étranges de l'instinct général, sont au nombre des manifestations les plus communes de ces aberrations instinctives ; mais, de toutes les impulsions morbides, celles qui ont le plus justement attiré l'attention des légistes et qui nous présentent de la manière la plus saisissante le tableau de cet état mental, sont incontestablement la tendance au meurtre et le penchant au suicide, qui se trouvent si souvent réunis chez le même individu, et qui sont reliés d'une manière générale par des analogies si profondes.
L'aliénation mentale peut conduire au suicide par mille cheminsdivers.Tourmenté,commeJean-JacquesRousseau,
par des persécutions imaginaires, terrifié par des hallucinations épouvantables, dominé par une terreur religieuse, entraîné par la contagion de l'exemple, ou frappé d un délire subit, le malade se donne la mort, sans qu on puis.e incriminer chez lui une impulsion morbide d'une nature toute spéciale.
IMPULSIONS inniîsiSTinLÉs. 145 Mais lorsque, chez un sujet d'ailleurs parfaitement raisonnable et en bonne santé, l'idée du suicide revient incessamment à propos des moindres détails, des plus légères contrariétés de la vie; — lorsque cette tendance opiniâtre se trouve chez tous, ou presque tous les membres d'une ^ême lignée, à ce point que, dans une seule famille, j'ai rencontré quatorze cas de suicide, répartis sur trois générations successives ; —lorsque, enfin, ce penchant morbide, par une contradiction singulière, s'unit à une terreur profonde de la mort, comment ne point admettre que des prédispositions semblables représentent, dans le domaine de la pathologie mentale, une espèce à part?
La folie homicide présente un type encore plus tranché, s'il est possible. « Les aliénés qui rentrent dans cette catégorie, dit le professeur Lasègue, obéissent à des impulsions limitées. Aucun d'eux n'agit sous la pression d'une vague tendance qui le porterait, comme dans les espèces précédemmenténoncées, à n'importe quelles violences. Chaque fois que la crise se répète, elle a lieu sous la même forme, avec les mêmes appétits et les mêmes aboutissants (1). »
11 existe donc bien réellement un instinct aveugle, une impulsion particulière, qui commande le meurtre et demande du sang. Des exemples nombreux et parfaitement authentiques établissent la vérité de cette assertion ; elle a cependant été contestée par des observateurs, dont quelques-uns font autorité dans la science. Nous citerons surtout Morel, qui s'efforce, dans une longue argumentation, de prouver « que les faits de ce genre reposent sur l'observation incomplète des phénomènes pathologiques et l'ignorance des motifs qui décident les aliénés (2). »
(1) Archives générales de médecine, vol. I, p. 18. W More), Traité des maladres menlaks, 1860, p. 407.
En présence d'une négation aussi formelle, il faut en appeler aux faits; et, bien que l'on n'ait ici que l'embarras du choix, nous avons donné la préférence h une observation inédite et très remarquable, que nous devons à l'obligeance de Faure (1). Ce récit, qui jette une vive lumière sur les sentiments intimes d'un véritable monomane homicide, nous montre le développement progressif de cette tendance chez un homme doué d'une intelligence des plus remarquables, et parfaitement sain d'esprit sous tous les autres rapports.
B... était d'origine créole. Son père avait vu égorger une partie des siens au milieu des flammes, dans la révolte des nègres de Saint-Domingue; l'impression de ces événements ne l'avait jamais quitté ; il était sombre, silencieux; il est mort en démence. Le frère de B... était épileptique; il est mort jeune en état de manie, après de violents accès pour lesquels on avait dû l'enfermer. La fille de cet épileptique, nièce de B..., malgré tous les efforts de sa grand'mère pour lui donner une éducation en rapport avec une certaine position de fortune, entraînée dès son enfance par les penchants les plus vicieux, était tombée, très jeune encore, au dernier degré de la prostitution. Plusieurs membres de la famille étaient morts par le suicide.
B... était très heureusement doué sous beaucoup de rapports; c'était un homme vigoureux, intelligent, travailleur, armé 'd'une volonté de fer. Cependant, dès ses premières, années, l'ensemble de son caractère en faisait un enfant bien différent de ceux de son âge. Il était extrême en tout, au travail comme à la récréation. Aux jeux d'écoliers, dans
(1) Nous sommes heureux do rendre hommage à cet homme disliiK'ué, dont le mérite se serait monU-é plus en relief, si sou excessive modestie n'avait point jeté un voile sur ses qualités.
IMPULSIONS IRRliSISTIBLES. i4-7
tout ce qui rappelait une idée de lutte, on le voyait se passionner comme s'il se fût agi de la vie. Très susceptible, une contradiction entre camarades, la réprimande d'un maître, le mettaient hors de lui. Il n'avait de goût que pour ce qui pouvait rappeler des idées de destruction, les armes, et surtout les histoires de meurtre etd'assassinat. Les armes, il les aimait non à la manière des autres enfants qui veulent des sabres et des fusils pour jouer au soldat, mais en homme pratique qui veut connaître ses instruments. Il lui fallait de la poudre, des balles, de vrais poignards, de vrais pistolets ; il les essayait, les démontait, en étudiait le mécanisme.
Tout jeune encore, il avait une remarquable facilité pour le dessin; mais dans ces traits à la plume qui font le bonheur des écoliers, il ne rappelait jamais que des scènes de tuerie; on voyait apparaître sous sa main, couramment, comme s'il eût rendu d'abondance un tableau présent dès longtemps à son esprit, des gens qui se mordaient, s'étreignaient, se déchiraient avec des détails de cruauté inouïe. Plus tard, on a connu une lithographie de lui intitulée : les Malcontents de iUi] c'était le délire du massacre.
Encore à l'âge oti, d'ordinaire, on préfère à tout une partie de barres, il donne au tir et à l'escrime tout le temps et l'argent dont il peut disposer ; il va à la Morgue, se passionne à l'occasion des grands procès des cours d'assises, se rend des premiers à la place Saint-Jacques aux jours d'exécution à mort, pour ne rien perdre des détails, puis, extraordinairement impressionné pendant plusieurs jours, il ne parle plus que de ce qu'il a vu. Aux jours d'émeute, SI fréquents de 1830 à 1837, il court, crie, se mêle dans les groupes, suit les cadavres qu'on emporte, paraît partout où ily a du sang répandu.
448 UIÎS lÎLlîMENTS MORBIDES DE LA FOLIE.
• A dix-huit ans, de première force aux armes, il a étudié, au point de vue de l'anatomie, les régions des coups dangereux; il a une théorie personnelle sur la manière de donner les coups de poignard : de bas en haut, jamais de haut en bas, parce que la lame peut glisser sur les cotes. 11 ne rÊve que duels et cherche querelle à des inconnus sans aucun motif. Avec ses plus anciens camarades, il relève une simple plaisanterie comme si elle lui donnait le droit d'exiger une réparation ; il considère le refus de se battre comme un tort qu'on lui fait, un véritable acte de mau-
vaise foi. -, •„
Les duels politiques faisaient alors de nombreuses vie times. A chaque affaire, B... prenait parti pour le vainqueur, avec autant de passion que s'il se fût agi de sa propre personne; et sans se préoccuper, lemoinsdumpnde, de ses opinions, il soutenait, en manière de profession de foi (bien que personne ne lui dît le contraire), qu d avait usé de son droit en tuant son adversaire. On le voyait, se transportant par la pensée à la place des combattants, se mettre en position, élever le bras, viser, etc.
La nuit, il sortait enveloppé d'une cape de cou eur sombre, une dague au poing, et parcourait les rues mal hantées, en quête d'aventures.
Avec lui, quel que tût le point de départ d'une conversa- ^ tion, on arrivait presque inEailliblemont à un '^^^^ turcs sanglantes. Dès cette époque, épns d^"»^' ^ f " Notre-Dame et du vieux Paris, il savait les monument», 1 s rues et les ceins où s'étaient passés tels ou tels événements .-
tr^s côtés de son existence étaient aussi étranges; son travail et ses amusements avaient, comme ce qj précède, un caractère profondément passionne, incapabl