‹ Lecons sur les maladies mentalesChapitre 87 sur 283 · DE L'ÉTAT PHYSIQUE DES ALIÉNÉS · texte numérisé non relu

DE L'ÉTAT PHYSIQUE DES ALIÉNÉS

Sommaire. - Catégories diverses d'aliénés. — Les congénitaux, les cérébraux, les vésaniques. — Les vésaniques doivent seula nous occuper ici. — Troubles de la sensibilité. — Anesthésie. — Pertes de la sensibilité cutanée. — Ses conséquences psychiques. — Anesthésies locales.

— Perte du sens musculaire. —Anesthésies internes. - Hyperestliésies. i- Acuité exagérée des perceptions. — Hyperesthésie du sens cutané, des sens spéciaux, du sens génital. — Hyperesthésie de la sensibilité viscérale. — Angoisse préoordiale. — Céphalalgie. — Névralgies. - Dysphrénie névralgique. — Troubles de la motilité. — Troubles de la vie végétative. — Diminution du poids. — Sécrétion urinaire. — Transpiration. — Sécrétions diverses. - Dystrophies. — État de la peau.

— Pigmentation. — Ostéo-malacie. — Dégénérescences diverses. - État du pouls. — Température. — Chaleur locale. - Pathologie des aliénés. — Mortalité des fous.

Messieurs,

Je me propose aujourd'hui d'aborder un sujet de la pluâ haute importance. Je veux parler des lésions physiques de l'aliénation mentale, ou, si vous aimez mieux, de l'état physique des aliénés. Mais avant tout, lorsqu'on aborde un sujet si vaste et qui présente des difficultés si grandes, il s'agit d'établir des distinctions absolument indispensables.

Qu'est-ce qu'un aliéné? Ce terme n'est pas, à proprement parler, une expression médicale : c'est plutôt un terme de médecine légale et de jurisprudence ; il semble circonscrire une catégorie bien limitée d'individus. Mais, en y réfiécliissant un instant, on ne tarde pas à voir quelle est l'immensité du terrain que couvre cette expression.

CONGÉNITAUX ET CÉUÉBllAtJX. 103

Leé aliénés sdrlt des individus i^ui ont perdu leur liberté morale et qui ont cessé d'être responsables de leurs actiotis. Cëttedélînitidil n'est pas irréprochable au point de vue médical; on a compris en effet sous cette dénomitlatidii plusieurs états radicalement différents. Aussi, avant de faire un pas plus loin dans l'élude de dette question, il noiis faut établir qUelqUes grandes diviâlDlls qui vous donneront Une idée de l'esprit dans lequel je désire ti-aiter Ce sujet;

l^armi les aliénés oii a t'angé d'aburd les comfénitûiix, c'est-à-dii'e les idiots, leâ crétins, les imbéciles, les déséquilibres, les dégénérés de toute espèce. Ce sont là des sujets d'un genre tout pârtlcuUef ; ils portent le cachet de leur déchéance intellectueUe; mais on ne peut pas les considérer comme des malades.

A côté des congénitaux j il faut placer les cérébraux : j'entends par là ceux de nos malades qui sont privés de la raison par suite d'une affection cérébrale d'ordre matériel, par suite d'utiê lésion organique. Beaucoup deviennent iénés après Ulle hémorragie cérébrale ou un ramoUis- >ement ; d'autres sont affectés d'une tumeur intra-crânienne. Ce sont là des questions intéressantes à étudier; mais ce serait Commettre une confusion déplorable que de confondre ces malades avec de véritables foUs^ et de décrire les symptômes extérieurs du les troubles psychiques du ramollissement cérébral en même temps que ceux de l'aliénation mentale.

Je ne parlerai pas davantage de la paralysie générale; cette maladie fortae une province à part que je me propose dë parcourir plus tard avec vous dans tous les sens; nous ëtl étudierons les lésions anatomiques et les symptômes; ttlàis je ne crois pas devoir confondre ces désordres avec

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ceux de la folie proprement dite, car les paralytiques sont surtout des cérébraux.

Pour des raisons semblables, il faut établir des classes distinctes pour l'alcoolisme, pour les folies toxiques de toute espèce; vous ne confondrez pas les signes de l'aliénation mentale avec ceux de l'empoisonnement saturnin.

Il nous reste les vésaniqiies. 11 faut entendre par là des individus qui présentent une déviation intellectuelle parfaitement caractérisée, mais dont le délire ne se rattache pas à des lésions matérielles bien évidentes dans l'état actuel de la science. Ce sont là les individus dont je me propose d'étudier avec vous l'état physique; je vous parlerai donc des vésaniques seulement dans le tableau qui va suivre.

Messieurs, parmi les phénomènes d'ordre physique qui jouent un rôle capital chez les fous, il faut accorder une place prépondérante aux troubles de la sensibilité.

Je pourrais, en abordant ce sujet, vous présenter la synthèse avant l'analyse, et vous offrir une idée générale des manifestations morbides de cet ordre avant de les enumérer en détail. Mais dans l'intérêt de la clarté et pour me conformer au véritable esprit scientifique, je préfère suivre une marche inverse et vous décrire individuellement les troubles de chaque appareil pour les résumer ensuite dans un cadre synthétique; et vous aurez ainsi une idée plus complète de la question.

Par l'étude des hallucinations et des illusions, nous vous avons initiés à l'une des perversions les plus étranges de la sensibilité ; nous allons maintenant, poursuivant le même ordre d'idées, nous occuper des anesthésies et des hypei'esthésies chez nos malades. La question des hyperesthesie est très vaste; celle des anesthésies se prête mieux a une

A^ESTHÉSIE. 163

esquisse rapide, et c'est par elle que je vais commencer.

Remarquons d'abord que cette question est très difficile à étudier en pratique, et cela pour des causes diverses : tout d'abord par le fait de l'état mental des sujets. L'hyperesthésie et l'anesthésie sont des phénomènes subjectifs ; pour les apprécier, il faut le concours du malade. Bien souvent les aliénés atténuent volontairement la douleur qu'ils éprouvent; dans d'autres cas, au contraire, ils exagèrent leurs sensations.

Il faut aussi tenir compte de l'état variable de la sensibilité chez ces mêmes sujets. Dans diverses circonstances, on peut voir les mêmes phénomènes paraître, disparaître, se modifier, et souvent on se demande si l'on ne s'est pas trompé.

L'une des circonstances qui contribuent encore à porter l'erreur dans l'esprit du médecin, ce sont les troubles si variés de la circulation. Nous trouvons des hyperémies et des anémies locales ou générales. Nous voyons alors se développer des états de la sensibilité tout à fait différents. Ce sont là les difficultés qu'il s'agit de vaincre. Il existe cependant des données positives, il existe un ensemble de notions très précises que je vais vous exposer.

L'un des faits les plus remarquables qu'il nous soit donné d'observer chez les aliénés, c'est l'anesthésie générale ou locale de la surface cutanée; mais l'anesthésie peut porter sur tous les organes des sens. Je ne me propose pas d'examiner en détail les troubles qui portent sur les sens spéciaux; je vais m'occuper presque exclusivement des troubles^ du tact et en même temps des sensations internes.

L'un des phénomènes qui se rencontrent le plus fréquemment chez nos malades est l'anesthésie de la peau. Il faut distinguer ici les diverses espèces de sensibilité que

IGG r>K L'ÉTAT PlIYSIQinîl lIBS ALIÉNÉS.

peut présenter l'orgune du tact la sensibilité au toucher, la sensibilité h la douleur, h sensibilité à la température, h la pression, h l'électricité, et h d'autres agents exté. rieurs. Il est une donnée plus iniportante ençore : c'est qu'il peut exister des anosthésies générales pu locales, Chez beaucoup d'aliénés on rencontre une perte complète de la sensibilité sur tous les téguments extérieurs, C'est ainsi que peuvent s'expliquer bien des miracles, en appa^ rence singuliers, et l'impassibilité avec laquelle certains individus subissent parfois des mutilations effroyables.

Bucknill rapporte l'observation d'un mélancolique qui, s'approchant d'un poêle allumé, avait penché la lête sur la tôle rougie et s'était brûlé profondément, sans chercher à changer de place. Rochoux cite l'histoire d'un aliéné de V>\^ Gêtro qui, s'approchant d'un poêle, se coucha la tête sur la tôle et plongea le bras dans l'intérieur du foyer. Une odeur effroyable pommença à se répandre dans le dortoir, et c'est ainsi que l'on découvrit l'état de cet homme qui ne changeait pas d'attitude. Son l^ras était carbonisé jusqu'à l'os, et cependant il ne paraissait avoir éprouvé aupune sensation doulourense,

L'une des formes les plus vulgaires de l'anesthésie, c'eijl la perte de la sensibilité au froid. On la rencontre surtout chez les maniaques ; o'e^t la raison pour laquelle ces ma* lades sont souvent portés à se mettre en état de nudité, et l'un des phénomènes les plus purleux à constater, c'est qm ces incartades, ces étrangetés ne paraissent, dans biep d$ cas, nuire en aucune façon à leur santé.

C'est, dans une pertaine mesure, à cette anesthésie qu II faut attribuer le^ martyres, les supplices de toute espèce que s'infligent les aliénés. C'est peut-être en vertu de celte anesthésie que certains d'entre eux prennent plaisir à se

ANESTHlSSlRS GIÎNËIIALES. 107

crucifier ; c'est à elle qu'il faut attribuer le stoïcisme avec lO' quel ils se mutilent diverses parties du corps, surtout les organes génitaux. C'est encore îi cette anesthésie qu'il faut quelquefois attribuer les tentatives de suicide auxquelles se livrent si facilement ces malades. Dans bien des cas, en effet, chez les individus sains d'esprit, le suicide est empêché par la crainte de la douleur ; l'aliéné n'est pas arrêté par cet obstacle salutaire.

Il est important de noter l'influence qu'un état semblable peut exercer souvent, sinon toujours, sur les phénomènes intellectuels. Lorsqu'il existe une perte complète de la sensibilité extérieure, l'individu perd la notion du moi, il perd le sens de l'identité. Tel malade prétend qu'il est mort depuis longtemps ; tel autre prétend que son corps a été emporté par un boulet de canon ; tel autre encore se figure qu'il est transformé en une masse de beurre et il refuse de s'approcher du feu de peur de fondre; en un morceau de verre, et il craint de se briser; ou bien il croit être en porcelaine et offrir la forme d'une théière. D'autres foison rencontre un état fort étrange ; c'est la croyance à la transfor. mqtion de l'individu en un être différent, comme on le voit chez les aliénés qui s'imaginent avoir pris la forme de divers animaux. Ce qu'on appelle la lycanthropie est le cas le plus frappant de cette déviation intellectuelle qui, le plus souvent, se rattache k des troubles de la sensibilité et surtout à une anesthésie profonde. Au moyen âge, où ces faits étmut plus communs qu'ils ne le sont aujourd'hui, beaucoup d'individus affectés de ce délire se mettaient à courir à quatre pattes ou cherchaient à mordre comme des loups.

S'il existe des anesthésies. générales de cette espèce, il existe aussi des anesthésies locales qui sont bien plus fréquentes. Ces phénomènes ne se rencontrent pas seulement

168 HE l'état IMlYSIQUIi DES ALIÉNÉS.

chez les hystériques, mais aussi chez les autres névropathes, et surtout chez les aliénés; il suffît de lire les procès des sorciers pour en voir de nombreux exemples. L'un des procédés les plus importants à l'aide desquels les magistrats de l'époque interrogeaient les accusés, c'était l'examen de la sensibilité cutanée. On cherchait les points insensibles que ces individus présentaient sur la surface du corps, et on en trouvait presque toujours, même chez les gens sains. Dès qu'un point anesthésique était découvert, on en concluait que l'accusé avait reçu la tnarque du diable. Chez beaucoup d'aliénés il paraît y avoir une anesthësie de la conjonctive ou de la cornée ; aussi pensait-on que ces individus recevaient la marque du diable sur ces membranes (1).

Les troubles de ce genre peuvent imprimer au délire un cachet spécial. Schûle rapporte l'histoire d'un malade qui présentait une anesthésie localisée à la paroi antérieure de la région précordiale. Cet homme se croyait damné; il voulait prier Dieu, mais il ne le pouvait pas, disait-il, parce que le diable avait emporté son cœur. Un autre, qui présentait une anesthésie sur un point limité du corps, prétendait que c'était là le trou par lequel le diable avait pénétré pour enlever son âme.

A côté de ces anesthésies superficielles peuvent exister des anesthésies profondes. On peut observer, par exemple, la perte du sens musculaire. Dans l'état normal, nous possédons un appareil qui nous avertit des efforts que nous déployons, du degré deforce dont nous pouvons disposer et en même temps de l'effet produit par le travail musculaire. Chez les aliénés, il y a une perversion souvent complète de

(1) Il existe chez iin ccrtaia nombre d'individus sains d'esprit une anesthésie profonde de la cornée, et surtout de la conjonctive.

ANESTHÉSIES INTERNES, 169

ces phénomènes. Tel malade qui possède encore une quantité considérable d'énergie musculaire, croit l'avoir totalement perdue; tel autre, notablement alfaibli, croit jouir d'un développement exagéré de ses forces. Nous développerons cet ordre d'idées lorsque nous aborderons l'étude des liallucinations musculaires.

Restent les anesthésies internes et la perte des sensations qui gouvernent notre vie habituelle. Beaucoup d'aliénés perdent le sentiment de la faim et de la soif ; ils disent qu'ils n'ont plus aucun appétit. Ils sont anesthésiques à l'intérieur. D'autres éprouvent des phénomènes étranges qui semblent affecter les organes internes. Au début de l'aliénation mentale, le vide de la tête, ou l'absence du cerveau, est une des sensations les plus fréquentes. Certains malades disent que leur tête est pleine d'eau. Parmi les troubles de sensibilité de cet ordre, je vous citerai l'observation d'un cavalier qui passait sa vie à cheval et qui, au début de sa maladie, avait été frappé d'un symptôme paradoxal ; il croyait sentir l'élargissement de sa monture ; il lui semblait que son cheval devenait de plus en plus développé; aussi finissait-il par croire qu'il était monté sur un éléphant.

Ces phénomènes, difficiles à classer, servent de transition à des troubles d'une autre espèce. Après vous avoir parlé des anesthésies, si fréquentes chez les aliénés, nous allons nous occuper des hyperesthésies, qui jouent chez eux un rôle non moins important. Nous passerons ensuite aux troubles de la motilité, et nous terminerons par l'étude des perturbations qui surviennent dans les fonctions de la vie végétative.

Messieurs, les hyperesthésies qu'il nous est donné d'observer chez les fous peuvent reconnaître une triple origine.

170 DE l-'lÎTAT l'IIYSlQUE OISS ALIKNI^S.

D'abord, et a^ant tout, on est porté naturellement li les considérer comme le résultat d'une excitabilité morbide des organes sensoriels, des extrémités nerveuses en rapport avec le monde extérieur. Mais ces appareils ne sont pas seuls capables de produire de tels phénomènes; nous devons également faire entrer en jeu les fils conducteurs. Il y a donc un deuxième élément du problème ; le trouble des sensations peut dépendre de modifications survenues dans les cordons nerveux : c'est alors le nerf qui est ma^ lade. Enfin, en troisième lieu, se présente une impressionnabilité exagérée des organes de réception et de coordina^ tlon des sensations. Ces causes, d'ordre cérébral, sont les plus importantes, et le phénomène fondamental, le trait commun qui réunit ces états divers, c'est une disproportion frappante entre l'excitation et l'effet produit.

Vous savez que, dans l'état normal, les milieux semblent avoir pour but plutôt de nous protéger contre l'excès de nos sensations que de nous fournir des renseignements multiples. l\ est certain, en effet, que nos perceptions ne correspondent qu'aune minime partie des phénomènes qui se passent dans le monde extérieur, et qu'il est une multi- ■ tude de modifications et de transformations de la matière • qui nous échappent absolument. Mais, sans discuter l'exis- • tence de ce monde hypothétique, sur lequel nous n'avons ■ que bien peu de renseignements, il est incontestable que, , dan? le monde réel, avec lequel nos sens nous mettent i constamment en rapport, il est des phénomènes que nous ^ percevons dans certains états pathologiques et qui n'exer. ■ cent à l'état normal qu'une influence des plus minimes ^ sur nos sens. Le même sujet, différent de lui-même,, perçoit aujourd'hui des impressions qui lui échappaient iiier, qui lui échapperont encore demain. Pour opérer cette

IlYPEUESTIlliSlES, ili

transformation dans l'acintG de aes sens, il fi suffi d'un léger dérangement de la santé.

. Môme dans des oonditiong normales, nous sommes pla^ oés comme au centre d'une forteresse constamment bombardée, mais 011, protégé par des travaux d'art, on ne reçoit que trôs peu de projectiles. Dans l'état pathologique, llBS remparts sont abattus et les boulets viennent pleuvoir en grand nombre dans la place.

Il suffît d'avoir traversé cet état spécial qui accompagne les douleurs de la migraine, pour savoir h quel degré les sens peuvent être surexcités; h ce moment, le bruit, la lumière, le? odeurs deviennent intolérables. D'autre part, il suffit de jeter un regard sur les animaux qui nous entourent pour QQmprendre toute l'imperfection de nos organes, Pour le Gbien, par exemple, l'odorat constitue tout un monde à part, dont nous n'avons qu'une notion, très imparfaite.

Appliquons ces principes à l'étude des hyperesthésies cbe? les aliénés. Il est indispensable d'établir dans le sujet quelques distinctions; on tomberait sans cela dans une confusion inextricable. Nous parlerons donc d'abord des sens spéciaux et nous commencerons par ceux qui sont de l'ordre le plus élevé; nous arriverons ensuite aux troubles liés au5{ organes génitaux et aux sensations intérieures, et npus terminerons par quelques considérations sur des phénomènes qui se passent dans divers appareils et qui ont avec l'aliénation mentale des rapports de la plus haute Importance.

Il est des états cérébraux dans lesquels les sens spéciaux, \m organes supérieurs subissent une surexcitation des plus manifestes; c'est ce qui arrive en particulier dans cérames condiUons pathologiques : che? les maniaques, chc. iû? hystériques, chez les hypocondriaques et che? les né-

172 DE l'état physique des ALIl^NÉS.

vropathes en général. L'impossibilité absolue de supporter la moindre lumière, d'entendre le plus léger son, sans éprouver immédiatement un malaise considérable, se rencontre souvent chez les malades de cette espèce. On pourrait croire, chez certains de ces individus, qu'il s'agit d'un travers de l'esprit, d'une manie qui les porte h exagérer les impressions sensorielles de ce genre, et pourtant la pathologie ordinaire renferme de nombreux exemples de ces faits. Tel individu offre pour la lumière une sensibilité exquise, et s'il dort, la moindre lumière le réveille. Le fait inverse est beaucoup plus commun ; il n'est pas rare de voir des individus pris d'une dyspnée intense si l'on vient à souffler la bougie qui les éclaire pendant leur sommeil. Ce sont là des hyperesthésies qui prennent parfois une intensité considérable et réagissent alors profondément sur les fonctions du système nerveux. Cette surexcitation, toute particulière, fait quelquefois apparaître des facultés nouvelles, inconnues aux mortels vulgaires. C'est ainsi que, chez les hystériques, le sens de l'ouïe peut prendre un développement énorme; le plus léger bruit, tout à fait imperceptible pour nous, peut être saisi par leurs oreilles. Un phénomène du même genre se produit chez ces femmes qui reconnaissent une personne au bruit de ses pas. Les hystériques se font souvent un jeu de deviner de la sorte. L'ouïe offre donc chez ces malades une sensibilité exagérée, qui nous est inconnue h l'état normal.

Chez les maniaques, il n'y a point cette netteté exquise de la perception, leur état cérébral s'y oppose; mais il existe chez eux une surexcitation morbide qui produit les effets les plus singuliers au point de vue pathologique. Les phénomènes extérieurs les plus légers les impressionnent douloureusement; aussi est-il nécessaire de séquestrer ces

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