‹ Lecons sur les maladies mentalesChapitre 88 sur 283 · IIYPERESTIIÉSIES DES SENS SPÉCIAUX · texte numérisé non relu

IIYPERESTIIÉSIES DES SENS SPÉCIAUX

malades dans des cellules où ils n'entendent pas de bruit, oîi ils ne voient pas de lumière. C'est sans doute en vertu de ce principe qu'on a traité certains agités par la méthode de Polli, c'est-à-dire en les mettant dans des cellules oii il n'arrivait que de la lumière colorée. On donne la préférence à la couleur bleue. L'influence de cette lumière trouverait sa raison d'être dans certaines considérations d'ordre physique ; mais il me semble que, dans les cas où les résultats sont véridiques, il serait plus facile de les expliquer par l'obscurité. En efl'et, les carreaux bleus ne sont traversés que par un petit nombre de rayons, comme le seraient des carreaux enfumés. Peut-être n'est-il pas nécessaire de rechercher à ce point de vue la susceptibilité de la rétine à tel ou tel ordre de rayons.

Voyons quels sont les phénomènes de ■ ce genre qui se passent du côté des sens spéciaux d'un ordre moins élevé, comme legoût et l'odorat. En laissant de côté les perversions de ces sens qui jouent si souvent un rôle chez les aliénés, il est incontestable que leur hyperesthésie peut donner des résultats extraordinaires. On a vu, par exemple, une hystérique, sans quitter sa chambre, reconnaître l'odeur des cerises qui se trouvaient à l'autre extrémité de l'appartement. C'est là un tour de force dont une personne à l'état normal serait absolument incapable. Telle autre reconnaîtra l'odeur de la paille pourrie dans un appartement où personne n'en avait soupçonné l'existence.

Chez d'autres malades, et ceci se rencontre chez les hypocondriaques, il existe ce qu'on peut appeler une hyperesthésie du goût, qui leur fournit une sorte de divination linguale extrêmement gênante pour le médecin.

Bien souvent nous sommes obligés, dans le traitement des aliénés, de mêler à leurs aliments des substances mé-

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didarilcriteuses. Oï, il est plusieurs de ces malades qu'il est impossible de tromper dis cette manière. Ils dépistent avec une âàgàdté désespérante les fraudes pieuses de leur entourage et parviennent en dernière analyse à se soustraire à toute médication interne.

Je ne sais s'il faut attribuer à une hyperesthésie ou â une perversion des sens Un phénomène remarquable qui se pfoduit avec persistante chez certains aliénés : je veux parler de la coiirophagie. Quelques aliénés prennent plaisir à manger leurs propres excréments ; cela se rencontre chez les cléments, chez les paralytiques. Uu fait plus frappant encore, c'e^t dè voir quelques-uns de ces malades courir après les autres pour dévotei^ leurs matières fécales. Je ne saurais dire s'il existe en pareil eas une perversion du goût ou une hyperesthésie, qui leur fait découvrir dans une pareille noui'riture des sensations voluptueuses.

Il est une autfe classe de symptômes plus importante et plus significative au point de vue mental : je Veux parler de iVpBtesthésie du sens du tact, ou plutôt du sens cutané; car nous sommes bien loin de Tépociue où Ton confondait avec Haller, sous le nom de sms tactile, toutes les impressions que pouvait faire nâtoe en noUs le fcomact des objets. Le sens tactile, OU plutôt le sens cutané, fournit aux aliénés des Illusions ou des hallucinations multiples, générales ou locales. Ces malades éprouvent des sensations de chaleur, de froid, de brûlure, qui les portent à se livrer à toute espèce d'actes insensés. Rien n'est plus fréquent que de voir les aliénés sé plaindre de recevoir des décharges^ élec^ triques, de subir Influence du magnétisme, de sentir des niaûres de toute espèce. Tel individu s'imagine que, paf Tsll pratiqués dans le mU. on ^^l^ suKurique ou d^autres substances nuisibles. La sœui

lIYPEnÊStllÉSlES CUTANISES. 17S

Robespierre vécUfc longtemjps à la Salpôtriôre, où elle fut observée par M. Baillarger. Cette malade se croyait entourée d'ennemis, qui projetaient sur elle toutes sortes dé liiatières nuisibles; elle se plaignait surtout de recevoir à la figure des exhalaisons de mal honteux. Ces sensations peuvent varier jusqu'à l'infini.

On me dira que ce ne sont pas là de véritables hyperesthésies, mais des hallucinations élémentaires. Cependant élles sont toujours liées à une surexcitation dés nerfs spéciaux. Mais il s'àg-it bien d'une liyperesthésie , lorsqu'on voit un aliéné ne pas pouvoir supportét lé contact de l'eau. Je vous ai parlé du phénomène opposé chez les individus qui recherchent cette impression avec avidité, tandis que d'autres malades, placés à l'extrémité opposée de l'échelle, Manifestent une véritable Mjdrophohie et refusent de se prêter aux soins de propreté les plus élémentaires.

Chez les maniaques, nous observons souvent un phénomène tout opposé ; ils éprouvent, dans beaucoup de cas, une sensation de malaise sur toute la sUrfacé du corps, que l'on peut comparer à ce qui se passe dans certaines névroses, par exemple dans le goitre exophtalmique. Ces malades recherchent le froid , se roulent dans la neige ou s'inondent d'eau glacée. Mais Ce qui est plus fréquent encore, c'est de les voir manifester une hyperesthésie cutanée qUi rend tout contact insupportable et les porte à déchireï leurs vêtements pour se mettre dans un état de nudité complète. Je rapprocherai de ce phénomène uh trouble physique qui réagit parfois sur l'intelligence, et qui se rencôtitre chez les malades atteints d'hémorragie cérébrale : c'est l'anesthésie d'une moitié du corps, accouplée à l'hyperesthésie relative de la moitié restée saine. Bouillaud a rapporté l'histoire d'un hémiplégique, d'ail-

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