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LÉSIONS ANATOMIQDES DU DÉLIRE AIGU

à des paralysies générales méconnues. Le hasard nous a permis de réunir dans ces derniers temps, à la clinique, trois autopsies de délire aigu, et dans ces trois cas il existait des adhérences des plus manifestes. Nous ne voulons point toutefois trancher ici la question, qui mérite un examen plus approfondi.

Le plus souvent, après l'ablation de la pie-mère, la substance grise des circonvolutions présente à sa surface un fin piqueté vasculaire, qui se montre d'abord à la partie moyenne de la substance grise, gagne ensuite la couche profonde, et s'étend en dernier lieu jusqu'à la couche externe. D'après M. Briand, les couches externes et moyennes sont souvent atteintes seules, ce qui prouverait que l'injection de la substance grise n'est point due primitivement à l'irritation méningitique.

Une altération fréquente de la substance grise est la teinte hortensia, signalée par M. Calmeil. Ce changement de coloration coïncide avec une stagnation manifeste des globules rouges dans les capillaires. Elle serait due, d'après Pauly, à la transsudation des matières colorantes du sang.

Les noyaux de subtance grise centrale s'injectent en même temps que la substance corticale.

Les circonvolutions cérébrales offrent un état œdémateux, accompagné d'une production plus abondante du liquide céphalo-rachidien.

Gomme la substance grise, la substance blanche présente par places une coloration rougeâtre.

Jehn a trouvé le long des vaisseaux des granulations pigmentaires et des noyaux ronds, granuleux, plus petits que les globules sanguins. Il signale dans la névroglie une augmentation de noyaux. Les cellules ganglionnaires ont perdu leur forme arrondie ; certaines d'entre elles subissent

la dégénérescence graisseuse, et des vides marquent la place de celles qui ont complètement disparu.

La moelle et ses enveloppes subissent assez souvent un processus pathologique identique. Dans un cas cité par Jehn, les cordons postérieurs présentaient au microscope une lésion particulière. L'examen des tubes nerveux dans le sens longitudinal les montrait inégalement épaissis et ne laissant point échapper de myéline.

Parmi les lésions signalées sur d'autres points du corps, nous indiquerons surtout la rougeur en coup de pinceau observée au-dessus des valvules sigmoïdes, au niveau delà courbure de l'aorte, par MM. Magnan et Briand. Enfin, M. Briand a trouvé des bactéries dans l'urine et des microbes dans le sang. Ces dernières altérations se rapportent évidemment à l'état typhoïde qui prédomine dans certains cas de délire aigu ; mais ce serait une singulière exagération que d'en faire la lésion caractéristique de cette maladie.

En présence de cet ensemble de lésions anatomiques, il paraît difficile de nier l'existence des lésions matérielles dans le délire aigu. Il est des cas où elles sont peu prononcées; mais, lors même qu'elles auraient complètement disparu chez certains malades, nous nous trouverions placés dans les mêmes conditions que pour beaucoup de maladies dont la nature organique n'est mise en doute par personne et dont les altérations peuvent souvent disparaître après la mort. Ce qui est incontestable, c'est que chez les malades atteints de délire aigu on trouve un ensemble de lésions constituées par la stase veineuse, la gêne de la circulation dans les vaisseaux lymphatiques et un œdème de la substance grise des centres nerveux. Reste à savoir si les lésions que l'on observe à l'autopsie £ont la cause ou simplement la

PRONOSTIC ET ITtAlTEMENT DU DÉLIRE AIGU. 319

conséquence de l'état mental. Vous voyez qu'il y a là matière à discussion.

Le pronostic du délire aigu est nécessairement grave ; c'est, dans l'ordre des maladies mentales, l'une des affections les plus formidables qu'il nous soit donné d'observer. Cependant la guérison n'est point impossible et elle se rencontre, dit-on, dans certains cas. Cette proportion, pour être considérée comme l'exacte expression de la vérité, devrait être établie sur un ensemble de faits parfaitement authentiques et dégagés de tout élément étranger.

Le rôle de la thérapeutique n'est donc pas absolument nul, et notis allons essayer d'en formuler les bases.

Comme dans la manie aiguë, les calmants et les antiphlogistiques réussissent assez mal. Cette observation s'applique surtout à la saignée, l'un des traitements les plus dangereux et dont on a le plus abusé, comme le fait justement observer M. Thulié.

Cependant KrafTt-Ebing rapporte un cas dans lequel quelques sangsues appliquées derrière les oreilles auraient calmé les manifestations délirantes ; mais il ne faut pas jouer avec des instruments aussi dangereux.

Nous en dirons autant de l'opium et de ses dérivés ; on a certainement abusé de ces narcotiques dans toutes les formes de vésanie et spécialement dans le délire aigu. Sans doute, les injections hypodermiques et leur emploi plus facile que celui des autres médicaments peuvent amener une sédation momentanée et donner quelque répit aux personnes qui entourent le malade de leurs soins ; mais il ne faut point fonder de trop grandes espérances sur ce calme souvent trompeur, et l'on doit surtout éviter de frapper sur le malade en voulant frapper sur la maladie.

La révulsion nous paraît beaucoup mieux indiquée : on la pratique sur la peau, à l'aide de frictions stimulantes et de sinapismes, et mieux encore sur la muqueuse intestinale à l'aide de purgatifs et de lavements excitants ; à ces moyens, on peut joindre un sédatif des plus puissants, les bains prolongés, qui n'offrent point les inconvénients des autres calmants dont nous avons écarté l'usage. Enfin le repos au lit, une obscurité profonde, un silence absolu sont nécessaires pour supprimer toutes les causes d'excitation qui pourraient alimenter le délire du malade et souffler pour ainsi dire le feu.

Quant à l'alimentation, elle doit être très modérée. Sans prescrire la diète absolue, on doit se montrer très réservé sur la quantité et la qualité des aliments : les œufs, le lait, le bouillon formeront la base de la nourriture. On peut y joindre, dans les cas d'adynamie, le vin, et surtout le vin de Champagne. C'est aussi dans les cas de ce genre qu'on a recommandé l'emploi des sels de quinine; mais, il faut bien le dire, cette thérapeutique est fort incertaine et, lorsque le malade guérit, c'est presque toujours aux efforts de la nature qu'il faut attribuer cet heureux résultat.

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