HISTORIQUE DE LA PARALYSIE GÉNÉRALE. G
pour attribuer, à cet auteur, la découverte de la paralysie générale, comme on l'a fait quelquefois.
Mais, depuis la réforme à jamais mémorable de Pinel, un esprit nouveau soufflait sur la médecine mentale. Les aliénés, mieux traités par leurs gardiens, étaient aussi mieux observés, mieux compris par leurs médecins. Bien des faits, qui avaient échappé jusqu'alors, devaient frapper les yeux des observateurs qui abordaient dans de tout autres conditions l'étude des maladies mentales.
Au commencement de ce siècle, l'élève et l'ami de Pinel, Esquirol, avait parfaitement compris l'extrême gravité des démences qui s'accompagnent de paralysie, et il avait été frappé de la signification fâcheuse qu'il faut attribuer à l'embarras de la parole, comme élément de pronostic. On cite de lui un fait remarquable à cet égard. Un jour, un homme occupant une position très élevée dans la magistrature, lui est amené par sa famille. Esquirol interroge ce malade, qui lui parle de sa fortune, de ses nombreux projets et laisse voir un léger embarras de la parole. Esquirol fait sortir le malade et dit en s'adressant à la famille : « C'est un homme perdu ». Ce pronostic, qui fut promptemcnt réalisé, sembla un prodige d'intuition.
Nous ne sommes plus dans les conditions que nos devanciers, et nous n'aurions pas le même mérite à faire un diagnostic de ce genre. D'ailleurs, il faut le reconnaître, si nous sommes plus érudits que nos prédécesseurs, nous n'avons certainement pas cette verdeur intellectuelle, cette énergie cérébrale, qui ont caractérisé pendant si longtemps les hommes de cette grande génération, qui s'était trempée dans les épreuves de la Révolution française.
Cependant, Esquirol a côtoyé, sans s'en douter, la découverte de la paralysie générale, laissant ainsi échapper
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une gloire qui était réservée à ses élèves. Georget, Délaye, Calmeil, poursuivirent en effet les travaux de leur maître sur ce sujet, et firent faire les premiers pas à l'étude de la maladie.
Georget, en 1820, publie un travail sur les paralysies musculaires chroniques, qui viennent s'ajouter à la folie. Mais, ainsi qu'Esquirol, il considère seulement ces paralysies comme un phénomène intéressant.
Plus tard, en 1824, Délaye prononce pour la première fois le mot de paralysie générale incomplète. C'est là une expression qui courait probablement déjà dans les asiles et dont l'auteur est resté inconnu, comme il arrive souvent en pareil cas. Toujours est-il qu'elle est très heureuse au point de vue clinique, la maladie à laquelle elle s'applique étant bien réellement une paralysie générale et une paralysie incomplète. .
Enfin, en 1826, M. Calmeil publie son remarquable mémoire sur la paralysie générale considérée chez les aliénés.
Les trois auteurs que nous venons de citer considèrent cette maladie comme une lésion de la motilité venant se joindre, à titre de complication, aux troubles de l'intelligence, chez des sujets déjà frappés d'aliénation mentale. La paralysie générale des aliénés commence donc à se révéler, mais d'une façon confuse, et elle n'est regardée encore que comme un épiphénomène grave, susceptible de se manifester dans le cours de la folie.
Mais déjà un autre courant se dessine. A cette époque, parmi les internes de Charenton, il y avait un jeune homme de vingt-trois ans, qui portait un nom déjà illustre dans la science médicale, le nom de son oncle, l'un des fondateurs de l'anatomie pathologique moderne, et l'auteur de cet immortel traité de la phthisie pulmonaire, qui le place à côté