HISTORIQUE DE LA PARALYSIE GÉNÉRALE
de Laennec. C'est à Bayle, l'oncle, que nous devons la connaissance de la plithisie aiguë ; c'est à Bayle, le neveu, que nous devons la connaissance de la paralysie générale, en tant que maladie distincte. C'est en 1822 que Bayle soutint sa thèse intitulée : Redierches sur farachnitis chronique^ la gastrite, la gastro-entérite chronique et la goutte, considéu'es comme caiises de f aliénation mentale. Dans cette thèse, nous voyons poindre cette idée, que l'on peut rattacher la folie à des lésions matérielles ou à des causes diathéiiques ; mais, tandis que le reste de l'ouvrage est tombé dans l'oubli, la partie consacrée à l'étude de l'arachniiis chronique, comme cause de folie, se détache de l'ensemble et restera comme une œuvre de maître. Bien qu'il ait beaucoup écrit, Bayle n'a rien fait que l'on puisse mettre à côté de sa thèse. Son traité des maladies du cerveau et de ses enveloppes ne fait que développer les idées déjà consignées dans sa première dissertation ; et, d'aiUeurs, il n'en a paru qu'un seul volume. Quant à ses autres travaux, ils ne sortent pas d'une honnête médiocrité. C'est donc sa thèse à la main que Bayle se présente à la postérité, et qu'il arrive à la gloire.
Nous sommes ici en pleine période contemporaine. Les hommes de ma génération se rappellent avoir connu Bayle, alors qu'il exerçait les modestes fonctions de sous-bibliothécaire à la Faculté de médecine. 11 est mort en 1857. Délaye est mort récemment, à Toulouse, à l'âge de quatrevingt-dix ans. Quant à M. Calmeil, il vit encore, et nous l'avons vu présider, en 1878, à Paris, le congrès des aliénisles.
Bayle considère l'inflammation des méninges, et surtout de l'arachnoïde, comme la cause d'une maladie toute particulière et offrant des lésions anatomiques indiscutables.
Mais il regarde le délire ambitieux comme un symptôme nécessaire, et comme le signe distinctif de cette maladie.
(( En effet, dit-il, le délire ambitieux existe toujours dans l'arachnitis et il n'existe jamais dans aucune autre affection, a
Il nous est facile aujourd'hui de critiquer cette affirmation trop catégorique, et cependant, c'est là une erreur précieuse, fdix ciilpa, comme disait saint Augustin; car, si Bayle n'avait pas affirmé cette erreur, qui renferme une très grande part de vérité, la paralysie générale n'aurait pas été créée.
C'est qu'en effet les trois quarts des paralytiques ont du délire ambitieux, et qu'ils ont en même temps des troubles de la motilité qui coïncident avec des lésions anatomiques presque constantes. La coexistence de ce délire ambitieux, des troubles de la parole et de certaines lésions anatomiques, ne pouvait manquer dès l'abord d'attirer l'attention et de séduire les esprits.
Bayle fut moins heureux, lorsqu'il voulut écrire l'histoire de la maladie et lui tracer une marche pour ainsi dire processionnelle en trois périodes, commençant par la monomanie, pour se continuer par la manie, et arriver enfin à la démence. Bien qu'il y ait un fond d'exactitude dans cette manière d'envisager les choses, il est évident que vouloir faire entrer tous les faits dans ce cadre étroit, c'est aller contre la vérité. Mais ce qui fait surtout le mérite de Bayle, ce qui constitue son véritable titre de gloire, c'est qu'il a fait de l'arachnitis, c'est-à-dire de la paralysie générale, une maladie unique, une entité morbide ayant un double aspect, physique et moral.
Ce principe, longtemps controversé, a été définitivement consacré, en i858, dans une longue et mémorable discus-