‹ Leçons sur les maladies mentales [electronic resource]Chapitre 230 sur 258 · CAUSES OCCASIONNELLES · texte numérisé non relu

CAUSES OCCASIONNELLES

travaux excessifs. Les examens, les concours, les travaux de cabinet, la composition littéraire, sont peut-être, à cet égard, des causes de paralysie générale plus efficaces que les recherches scientifiques proprement dites, qui exercent l'intelligence sans la surexciter.

Les fatigues physiques excessives sont une cause indubitable de paralysie générale, bien que leur action soit moins évidente que celle des excès intellectuels. J'ai vu deux fois survenir la paralysie générale chez des jeunes gens qui venaient de faire leurs vingt-huit jours de service militaire. Soumis à des fatigues vraiment excessives pour des gens sortant de la vie civile, ils ont vu se déclarer les premiers symptômes de la maladie presque aussitôt après leur rentrée dans leurs foyers. L'un d'eux était un employé dans une administration, qui venait de subir des examens assez difficiles. Sans doute, les fatigues de l'esprit avaient prédisposé son cerveau à succomber sous l'influence des fatigues du corps.

Mais de toutes les fatigues, de tous les abus, ce sont incontestablement les excès vénériens qui favorisent le plus le développement de cette maladie ; nous avons déjà signalé cette conséquence des abus sexuels, et nous avons fait remarquer que, même dans l'état conjugal, ces accidents pouvaient se produire. Il en est surtout ainsi des hommes mûrs, qui, se mariant, ou se remariant, à un âge relativement avancé, croient devoir faire honneur à leur signature.

Quant à la masturbation, elle ne paraît avoir qu'une part très minime dans la production de la paralysie générale. Nous avons vu qu'elle développe plutôt un état morbide qui lui est particulier.

Les congestions cérébrales de toute espèce peuvent être

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signalées ici comme des causes très actives ; nous citerons surtout les effets de l'insolation, ceux de la ménopause, la suppression d'hémorrhoïdes anciennes ; enfin les effets de la chaleur excessive qu'on supporte dans certains métiers et le voisinage des fourneaux qui, chez beaucoup de sujets, détermine manifestement des congestions céphaliques.

Passons maintenant à l'influence exercée par les maladies antérieures. Nous signalerons d'abord les traumatismes de toute espèce, et en particulier les coups sur la tête. Tout récemment, M. le docteur Vallon a soutenu une thèse fort intéressante sur ce sujet (1).

Parmi les affections qui relèvent de la pathologie médicale, nous indiquerons surtout l'érysipèle, et en particulier l'érysipèle de la face, dont l'influence a été signalée par M. Baillarger ; viennent ensuite la lièvre typhoïde, la pneumonie, la phthisie pulmonaire et les affections du cœur. Chose étrange , l'aliénation mentale ne paraît pas créer une prédisposition à la paralysie générale, et les vésaniques proprement dits ne versent pas dans cette maladie; preuve évidente qu'il s'agit là d'un processus pathologique tout spécial, et qui ne ressemble guère à tous les troubles cérébraux qui engendrent l'aliénation mentale (2).

Il nous reste à parler de toute une classe de maladies qui donnent naissance à des pseudo- paralysies générales qui empruntent le masque de celte maladie, sans en offrir véritablement les caractères. Nous donnerons la première place à la syphilis, qui serait, d'après notre excellent ami le professeur Kjellberg, la cause à peu près unique de la

(1) Thèses de Paris, 1882.

(2) Nous avons vu (p. 702] quelle est à cet égard l'opinion de M. Baillarger ; mais la folie qui précède, d'après lui, la vraie paralysie générale, est une folie d'un genre tout particulier.

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paralysie générale. Nous pensons, avec M, le professeur Fournier, que la syphilis cérébrale peut simuler la plupart des signes caractéristiques de la paralysie générale, mais que les lésions anatomiques qui caractérisent ces deux maladies sont absolument différentes. D'ailleurs, la pseudoparalysie générale syphilitique recule souvent devant un traitement spécifique ; il n'en est rien, malheureusement, pour la vraie paralysie générale.

La pellagre, pour M. Baillarger et quelques autres observateurs, serait, elle aussi, l'une des origines de la paralysie générale. Nous pensons qu'il s'agit encore ici d'une pseudo-paralysie. Nous en dirons autant de l'empoisonnement par le tabac, le mercure et le plomb.

Mais il reste une question très grave à discuter, c'est l'influence de l'alcoolisme sur le développement de la paralysie générale.

La corrélation entre les deux maladies était autrefois universellement admise : elle est acceptée, encore aujourd'hui, par des auteurs éminents, parmi lesquels je citerai surtout M. Foville, qui va jusqu'à considérer l'alcoolisme comme la cause principale de la maladie qui nous occupe.

Pour moi, je me range absolument à l'opinion de M. le professeur Lasègue et j'admets que la plupart des cas dans lesquels on a cru trouver dans les excès alcooliques l'origine de la maladie sont des erreurs de diagnostic. On est exposé, en effet, à prendre les excès alcooliques qui signalent si souvent les débuts de la maladie, pour les causes d'un état dont ils ne sont en réalité que les premiers symptômes ; ce sont donc les excès anciens, et non les excès récents qu'il faudrait rechercher. Je me suis d'ailleurs assez longuement étendu, sur cette question, dans une de mes leçons précédentes, pour n'avoir pas à y revenir.

Après avoir fait ainsi ma profession de foi, je crois devoir reconnaître qu'il existe quelques faits, peu nombreux, à la vérité, mais sufQsarament authentiques, où la filiation qui rattache la paralysie générale à l'alcoolisme est bien nettement démontrée. Il ne faut donc pas nier absolument le rapport qui existe entre ces deux états morbides, mais on doit combattre l'exagération qui accorde à l'alcoolisme une importance absolument prépondérante parmi les causes de la paralysie générale. Ajoutons enfin que c'est plutôt par hérédité que par la voie directe que la filiation s'établit. Souvent, en effet, un père alcoolique engendre un fils qui sera paralytique un jour.

Il nous reste à parler des paralysies générales développées par voie de propagation. Une lésion périphérique, remontant vers le centre, vient atteindre le cerveau pour y produire les lésions de cette maladie. Parmi les causes de cet ordre, il faut accorder la première place aux maladies de la mo Jle épinière, et plus spécialement à l'ataxie locomotrice progressive. On a vu, mais beaucoup plus rarement, des affections du bulbe, et surtout la paralysie labioglosso-laryngée, déterminer les mêmes accidents. Les nerfs périphériques à leur tour peuvent être frappés de lésions qui dans leur marche ascendante finissent par atteindre l'encéphale et déterminent ainsi une paralysie générale. C'est ainsi qu'on a vu chez des sujets atteints d'amaurose les lésions du nerf optique remonter vers les ganglions cérébraux et devenir le point de départ de cette maladie. C'est ainsi qu'une sciatique accompagnée d'une dégénération profonde du nerf a pu remonter de proche en proche vers l'encéphale pour y déterminer les mêmes accidents. Enfin, M. Foville a rapporté un cas de paralysie du pharynx

consécutive à la diphthérie et qui s'est terminée par la paralysie générale.

Je pourrais facilement, Messieurs, multiplier ces détails et prolonger considérablement la liste que je -viens de dérouler devant vos yeux ; mais je préfère m'arrêter ici, pour formuler les conclusions générales qui me paraissent découler des faits qui précèdent.

La paralysie générale peut reconnaître une multitude de causes diverses, mais elle éclate surtout chez les prédisposés, et parmi ceux-ci l'on doit ranger surtout ces natures ardentes, impulsives, intelligentes, actives et facilement congestionnées, chez lesquelles d'heureuses dispositions cérébrales semblent s'allier à une sorte de faiblesse primitive, à un défaut de résistance, à des actions morbides qui reconnaissent pour point de départ et pour origine commune la faiblesse cérébrale.

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