E'ALIÉNÉ DEVANT LA SOCIÉTÉ
Sommaire. — Principes généraux. — Législation française. — Point de vue médical. — Droits et devoirs de la société. — Les aliénés avant la Révolution. — Les aliénés depuis la loi de 1838. — Asiles publics. Nécessité de la séquestration. — Placement d'office et placement volontaire. — Précautions dont la loi entoure l'aliéné. — Les aliénés
• ne sont pas traités comme des criminels. — Intervention constante du médecin dans toutes les phases de la vie de l'aliéné. — Il n'y a pas de séquestrations arbitraires dans les asiles publics. — Incapacités de l'aliéné. — Irresponsabilité des aliénés. — Aliénés criminels.
Messieurs,
Le sujet que je me propose de traiter aujourd'hui devant vous, dans ma leçon d'ouverture, aurait pu servir d'épilogue et de conclusion au cours de l'année dernière. Nous avons parcouru, dans une grande partie de son étendue, le vaste domaine des maladies mentales. Il s'agit aujourd'hui de capitaliser en quelque sorte la somme de nos connaissances, pour les appliquer à l'une des questions les plus importantes au point de vue pratique et les plus élevées au point de vue du droit : je veux parler de la situation de l'aliéné devant la société.
Certes, un sujet qui comporte d'aussi longues et d'aussi laborieuses études ne saurait être traité dans le court espace d'une seule leçon. Discuter les divers systèmes adoptés dans les grands pays civilisés, comparer leurs résultats, peser les objections qui leur sont adressées et
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conclure dans un sens vraiment pratique, tel serait le programme à remplir. Une tâche pareille serait assurément au-dessus de mes forces, et peut-être au-dessus de votre patience.
Mon but est tout différent. Je veux seulement vous marquer les principes qui servent de base à toute législation sur la matière, et qui seront nécessairement le point de départ de toutes les améliorations qu'on cherche en ce moment à faire pénétrer dans nos lois.
Messieurs, pour des médecins français, le problème a naturellement pour centre l'état actuel de la législation française. Nous signalerons en passant les perfectionnements qu'on s'efforce d'y introduire ; mais nous allons surtout nous occuper des rapports de l'aliéné avec une société bien organisée, et de la situation que lui fait aujourd'hui la loi. Or, ne l'oublions pas, c'est comme médecins surtout qu'il nous faut aborder ce grand problème ; c'est comme médecins que nous étudions l'aliéné ; c'est comme médecins que nous définissons ses droits; c'est comme médecins que nous formulons notre jugement sur lui. Telle est la cause primordiale, l'origine véritable des dissentiments qui s'élèvent si souvent à cet égard entre les initiés et les profanes, entre l'homme du monde et l'homme de science. C'est qu'il faut en effet une connaissance profonde du caractère de l'aliéné pour se rendre compte des mesures adoptées à son égard, et pour en juger la convenance et l'utilité.
Nous savons, avec une certitude absolue, que le désordre le plus profond de la raison, loin d'abolir l'ensemble des facultés intellectuelles, peut respecter souvent les parties les plus nobles de l'édifice. Nous savons même que des capacités hors ligne et un esprit de premier ordre