FIÈVRE DES FOINS. COQUELUCHE. — GRIPPE
Messieurs,
Dans le cours de nos précédents entretiens, nous avons eu déjà souvent occasion de vous parler du cheminement et de l’implantation des microbes dans le système circulatoire et dans le système respiratoire. Vous avez vu que c’est par le premier que se généralisent certaines maladies bactériennes, et que chacune des espèces de micro-organismes pathogènes peuvent s’v rencontrer à un moment donné. Nous avons étudié les processus divers sous le nom d’endocardites et de broncho-pneumonies infectieuses, les unes et les autres se produisant sous l’influence de diverses espèces. Il nous reste à vous faire connaître les maladies de ces deux systèmes, dont la cause de beaucoup la plus fréquente est une seule et même espèce de microbes, évoluant en un point électif des voies circulatoires et respiratoires et y déterminant un ensemble pathologique nettement défini. Mais je me hâte de vous le dire, pas plus en bactériologie que dans les diverses branches de la science médicale, il ne faut édifier des classifications trop exclusives, des cadres à contours rigides et iinmo-
PÉRICARDITES
biles. A coup sûr, il est possible d’établir des classes, mais à la condition de laisser un peu d’élasticité aux barrières délimitantes, sans prononcer souvent des règles absolues. C’est surtout pour les besoins de l’exposition d’un sujet que l’on est conduit à adopter ces classifications, mais toujours faut-il être prévenu des exceptions nombreuses que l’on rencontrera. L’étude que nous avons faite des manières diverses dont se comportent les microbes contenus dans le système circulatoire a surtout porté et sur le cœur et sur les capillaires; le seul point appartenant à l’appareil de la circulation, que nous avons laissé de côté, est le péricarde, et cela très intentionnellement, non pas que cette enveloppe montre jamais des maladies microbiennes qui lui soient spéciales, mais parce que lesmaladiesbactériennes qui se développent sur elle ont quelquefois une grande importance, que la conformation de la poche les isole en quelque sorte du système dont ils font partie, faisant de lui une sorte d’annexe à l'appareil de la circulation, ne jouant dans le phénomène qu’un rôle absolument secondaire. La plèvre est au poumon ce que le péricarde est au cœur; elle ne remplit, dans l’acte respiratoire qu’une fonction secondaire, n’ayant que des rapports éloignés et médiats avec l’accomplissement de la fonction. Comme le péricarde, elle n’a d’autre raison d’entrer dans l’ensemble du système qu’en apportant son contingent de facilitation des mouvements. C’est pour cela que nous réunirons, dans une seule et môme étude parallèle, les lésions de ces deux séreuses de glissement. Du reste, les lésions d’ordre bactérien que présentent et le péricarde et la plèvre sont d’habitude concomitantes, et on trouve ces deux membranes lésées simultanément dans bien des cas. Quant à ces altérations pathologiques considérées en elles-mêmes, elles ne trouvent ici leur place qu’à cause de certaines particu-
SYSTÈMES CIRCULATOIRE ET RESPIRATOIRE
larités d'observation qui font que leur étude n’aurait pas pu être placée avec celle du processus commun d'où elles dérivent. Dans les deux séreuses, en effet, on observe des épanchements très variables sous le rapport de la fibrine, allant depuis les épanchements presque absolument aqueux, à ceux qui sont presque entièrement fibrineux. Tous sont justiciables de cet ensemble pathologique, que nous désignons encore sous le nom d inflammation, en attendant que nous soyons délinivement fixés sur sa cause productrice. Toujours est-il que dans quelques cas, comme je vous l'indiquerai, on a pu saisir une coïncidence de microbes avec cet état inflammatoire. Les rapports qui relient l’effet à la cause sont encore profondément inconnus; dans tous les cas, c’est un premier pas en avant, un premier jalon qui servira de point de départ à des études ultérieures qui nous édifieront sur le mécanisme du grand phénomène morbide. Il y a plus, les deux séreuses sont quelquefois le théâtre d’une transformation purulente de l'épanchement qui les remplit. Depuis que nous savons qu'il ne saurait exister en un point quelconque de l’économie une production de pus qui ne soit pas étroitement liée à la présence d’un ou de plusieurs microbes spéciaux, nous sommes en droit de nous demander comment le micro-organisme a pu s’introduire dans la profondeur des tissus, et comment il a pu pénétrer dans des cavités aussi hermétiquement closes. Telles sont les raisons qui m’ont conduit à ne pas traiter l’étude de ces deux maladies, et à ne pas les confondre dans l'exposé du processus commun de la suppuration, ce qui, du reste, eût faussé notre vue d’ensemble sur le phénomène. Indépendamment de ces deux ordres de lésions, les séreuses péricardiques et pleurales en présentent d’autres qui ne nous arrêteront pas, attendu qu’elles font partie d'un ensemble pathologique bien défini, se retrouvant
PÉRICARDITES
là avec les mêmes qualités que partout ailleurs, la tuberculose, la syphilis, etc.
On pourrait, à la rigueur, faire rentrer la plupart des lésions du péricarde dans l’étude déjà faite des endocardites infectieuses ; il est en effet fréquent de trouver la membrane externe du cœur lésée en même temps que sa membrane interne. Aussi bon nombre d’auteurs soutiennent que les diverses maladies que nous avons étudiées en traitant des endocardites microbiennes, retentissent toujours, non seulement sur l’endocarde, mais encore sur le péricarde et qu’il faudrait étudier des endopéricardites infectieuses. 11 y aurait donc développement simultané des micro-organismes, en dedans et en dehors du cœur. Mais il est facile de comprendre, précisément d’après ces deux positions, que ceux qui seront développés dans la poche péricardique seront loin de donner lieu à des accidents aussi désastreux que ceux qui sont perpétuellement au contact du sang, vivant d’une vie qui les met en rapport immédiat avec ce liquide. Si les bactéries secrétent des ptomaïnes (comme c’est le cas pour celles qui sont encore renfermées dans une néoformation, non encore en travail de désagrégation), ces poisons seront beaucoup moins redoutables s’ils sont déposés dans le péricarde, que s’ils sont déposés dans le sang lui-même. Il n’est même pas sûr que de la poche péricardique, ils puissent être jamais absorbés. D'un autre côté, quand l’amas microbien sera réduit en bouillie à cause du peu de solidité de son substratum, il n’y aura pas à redouter des phénomènes emboliques, le détritus morbide restant enfermé dans l’intérieur d’une cavité dont il ne peut sortir.
Nous avons donc à étudier uniquement l’influence exercée par les microbes sur les épanchements sérofibrineux et sur les épanchements purulents.
Dans les produits séro-fibrineux du péricarde, le
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SYSTEMES CIRCULATOIRE ET RESPIRATOIRE
professeur Bouchard a trouvé des bactéries, puis M. Laussedat a aussi décrit, dans la sérosité, des bâtonnets rectilignes et curvilignes, qu'il a aussi retrouvés dans le sang des malades. Ces constatations encore très vagues, Weichselbaum les précise un peu plus, quand il affirme que, sur huit recherches portant sur des liquides retirés avec toutes les précautions voulues, il a constamment trouvé un microcoque en forme de streptococcus, c’est-à-dire en chaînette. Très évidents dans deux cas. leur constatation était plus difficile dans les six autres où ils étaient extrêmement rares.
L’étude des épanchements purulents de la plèvre a été plus féconde en résultats. En J88i, Rosenbach a parfaitement vu les divers microbes de la suppuration dans le liquide de cinq pleurésies purulentes. Pour Frânckel, ce serait surtout le streptococcus pyogenes qui donnerait lieu à la production du pus dans les pleurésies et péricardites ; ces résultats ont été vérifiés et confirmés par M. Rendu. Dans un épanchement pleural progressivement envahi par la purulence, Pernice a vu et décrit des micro-organismes en tout semblables à ceux de la pneumonie, seulement, et le fait a une grande valeur, ils n'étaient pas capsulés. Du reste, ce pus injecté à des lapins produisit tantôt un épanchement pleurétique mortel, lantùt des pneumonies. MM. Rendu et de Gennes ont retrouvé, dans des pleurésies purulentes consécutives à des fièvres typhoïdes, le bacillus typhosus d’Eberth, mélangé aux microbes ordinaires de la suppuration. Quel était le rôle de ce bacille, qui n'a jamais manifesté de propriétés pyogènes ? Il est probable que la suppuration était due aux agents ordinaires, que l'on retrouvait abondants; quant au bacille (PEberth, il est probable qu'il avait été transporté par les leucocytes qui, en traversant les capillaires de la plèvre, étaient sortis par diapé-