‹ Leçons sur les maladies microbiennesChapitre 99 sur 207 · PT0MA1NES · texte numérisé non relu

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A propos de ces expériences de Brieger si caractéristiques, je ne puis m’empêcher de vous rappeler les intéressantes recherches du professeur Bouchard sur le pouvoir toxique des urines. Vous savez que ce maître a démontré que les urines variaient, dans leur pouvoir toxique, suivant qu’elles étaient recueillies pendant la veille ou pendant la sommeil. Celles qui sont émises après un sommeil assez prolongé sont réellement plus toxiques, et injectées à des animaux elles déterminent tous les phénomènes tétaniques, d’où le nom de convulsivantes qui leur a été donné. Vous voyez, une fois de plus, que de même qu’il existe des microbes dont les ptomaïnes déterminent des accidents tétaniques, il est aussi des éléments anatomiques qui fournissent, comme produit de leur désassimilation, des substances douées des mêmes propriétés, et par conséquent l’identité qui existe entre les microbes et les éléments anatomiques vous est une fois de plus démontrée.

Le professeur Verneuil a rassemblé un nombre considérable de faits, qui démontreraient la part prépondérante qui revient à l’espèce chevaline dans la production du tétanos humain. Pour lui, le tétanos, dans l’immense majorité des cas, est produit par une intervention du cheval à un degré quelconque, qui paraît quelquefois même agir d’une façon très indirecte. Se basant sur une grande quantité d’observations, le chirurgien de la Pitié arrive aux conclusions suivantes : 1° le tétanos est fréquent chez l’homme blessé par un instrument avant servi à un cheval ; 2° quand il a été mordu ou blessé par cet animal; 3° quand une plaie a été en contact avec un cheval ; 4° quand la blessure résulte d’un accident de cheval ou de voiture; 5° quand une blessure, d’origine quelconque, est au contact des excréments du cheval ou de la terre souillée par ceux-ci ; 6° quand, enfin, par sa profession, le blessé est en

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contact quotidien soit avec l’un de ces animaux, soit avec leur fumier, soit avec la terre où les déjections du cheval se trouvent mélangées. Que faut-il admettre de ces conclusions? Il parait impossible de ne voir qu’une coïncidence dans les faits que le professeur Yerneuil a eu sous les yeux. Du reste, en consultant les Annales de chirurgie militaire, on peut constater que, dans les suites de blessures de guerre, le tétanos frappe deux fois plus souvent les cavaliers que les artilleurs, et deux fois plus souvent ceux-ci que les fantassins. Il est donc incontestable qu'il y a dans les faits recueillis par l'illustre maître plus qu’une coïncidence. Les épidémies dont il a donné la relation, les deux cent cinquante observations qu’il a relatées et qui viennent corroborer sa manière de voir, enfin le grand mouvement qu'il a provoqué dans toute la France, et qui a fait affluer vers lui une quantité de documents, dont aucun n'est à lui seul peutêtre absolument démonstratif, mais dont l’ensemble constitue une présomption bien voisine de la certitude; tout cela nous démontre que probablement, dans un avenir prochain, la manière de voir du professeur Verneuil sera surabondamment démontrée.

Le typhus cérébro-spinal, ou méningite cérébrospinale épidémique, est une maladie dans laquelle on n’a pas encore démontré d’une façon précise le microbe producteur; bien plus, jusqu'ici on n’a pu encore trouver un microbe qui ait pu présenter quelques-unes des propriétés qui déterminent l’ensemble morbide connu sous le nom de méningite cérébro-spinale épidémique. Cependant si on considère la marche de la maladie, sa propagation, sa contagion, les divers modes d invasion par lesquels elle se manifeste, l’influence que l’agglomération a certainement sur sa production, la cessation des épidémies lorsque les hommes rassemblés sont dis-

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persés dans des directions diverses, et placés au milieu de conditions hygiéniques favorables, la préférence qu'elle montre dans son envahissement pour les fatigués et les surmenés, tout cela constitue un ensemble de preuves ou plutôt de présomptions, qui permettent de considérer le typhus cérébro-spinal comme une maladie bactérienne. 11 en est pour elle comme pour le typhus des armées, des camps et des prisons, nul doute qu’il soit, lui aussi, d’origine microbienne, et cependant le corps du délit, le microbe producteur n’a pu encore être démontré. Ce fait n’est du reste pas à l’état, de fait isolé dans la science. Vous savez tous les admirables travaux de notre illustre Pasteur sur la rage, vous savez tous quelles importantes conclusions thérapeutiques il a tirées de ses études. Par des preuves indiscutables, il a démontré quel point de l’organisme habitait le microbe, quel était son mode de progression vers son habilat régulier, il a montré comment on peut atténuer son redoutable pouvoir pathogène. Quand nous étudierons ensemble la rage, vous verrez qu’il est impossible de connaître mieux un microbe, et cependant jamais personne ne l’a vu. Il en est de même pour le typhus cérébro-spinal, tout le monde est persuadé qu’il évolue toujours sous l’influence d’un micro-organisme, et personne ne sait rien ni de sa morphologie, ni des organes où il habite, il faut se contenter de préciser son mode d’action et quels sont les phénomènes par lesquels il traduit sa présence dans l’organisme humain.

Vainement on peut dire que, dans tous les cas, la contagion directe ne saurait être positivement démontrée, mais peut-on faire cette démonstration pour toutes les maladies infectieuses au premier chef, dont la contagion ne se fait pas forcément à l’aide et au moyen d’un traumatisme. Peut-on sûrement, dans tous les cas, établir la contagion delà diphtérie ou de la scarlatine?

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Nous sommes donc réduits à mettre un point d'interrogation à toutes les questions relatives à la notion du microbe, car si nous savons qu’il existe, nous ne savons rien de lui. Nous ne pouvons dire qu’une chose, c’est qu'il est probable que son siège de prédilection est le plus souvent dans les méninges, et c'est là tout. Dans ces condilions-là, nous ne pourrions que faire devant vous l’étude des propriétés de ce microorganisme inconnu, mais dans ce cas, notre rôle se bornerait à faire uniquement l’étude des divers symptômes de la maladie. Nous y relèverions, à coup sûr, bien des faits qui corroboreraient l'opinion qui fait de la maladie un processus microbien, mais une telle étude ne rentre pas le moins du monde dans le programme que nous nous sommes tracé. Du reste, vous l’avez entendu traiter dans vos cours de pathologie interne. Cependant, avant d’abandonner ce sujet, je crois devoir vous dire que dans les nombreuses expériences qui ont été faites sur le microbe de la pneumonie que nous aurons bientôt à étudier, plusieurs observateurs italiens, MM. Foa et Rattone, entre autres, ont prétendu avoir donné naissance à des accidents en tout semblables à la méningite cérébro-spinale, en injectant le pneumocoque dans les fosses nasales. M. Netter a repris les expériences et les corroborant par des faits nouveaux, il assure que la maladie dont nous nous occupons est due à l'implantation du pneumocoque sur les méninges. Cette manière de voir paraît rallier un assez grand nombre d'adhérents. Plusieurs ont fait remarquer la coïncidence fréquente qui existe entre la méningite cérébro-spinale et la pneumonie lobaire. Enfin, dans un travail récent, MM. Foa et Bordoni Uffreduzzi ont prétendu avoir constamment retrouvé sur les méninges le pneumocoque de Frankel, dans une série d’autopsies faites pendant une épidémie de méningite cérébro-spinale. Nous aurons à reve-

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nir sur ce point en traitant de la pneumonie. Vous le voyez, les notions que nous possédons sont tout à fait embryonnaires, et nous devons nous maintenir toujours dans le doute jusqu’à plus ample informé.

Telles sont les maladies nerveuses d’origine microbienne; l’une, le tétanos, procédant incontestablement d’une évolution microbienne qui paraît indiscutable; l’autre, la méningite cérébro-spinale épidémique, qu’à bon droit on peut ranger, pense-t-on, parmi les maladies d’ordre parasitaire, mais pour laquelle il n’existe que des probabilités très grandes à coup sûr, mais non pas de certitude absolue. Je ne parle pas, bien entendu, de la méningite tuberculeuse dont l’étude vous a été présentée comme un des épisodes de la généralisation du bacille^de Ivocli; pour celle-là, le doute n’est plus permis et vous connaissez l’agent qui la détermine.

Dans notre prochain entretien, nous commencerons l’étude des maladies bactériennes des systèmes circulatoires et respiratoires, qui n’ont pas trouvé leur place dans les cadres que nous avons déjà passés en revue.

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