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DIX-HUITIÈME LEÇON

CROUP ET DIPHTÉRIE

Messieurs,

II y a fort, longtemps que Trousseau l’a dit, le croup n’est autre chose que la manifestation, sur le larynx, de la diphtérie. Aujourd’hui nous disons : le croup n’est autre chose que le microbe diphtérique développé sur le larynx. Par conséquent, nous ne saurions séparer l’étude du croup de celle de la diphtérie, car ces deux modes procèdent d’une cause commune.

Le premier de tous les observateurs qui ait constaté la présence des micro-organismes, dans les productions pseudo-membraneuses de la diphtérie, est mon excellent maître et ami, le professeur Laboulbène. En décrivant, avec une précision qui n’a pas été dépassée, les éléments constitutifs de ces produits pathologiques, il écrivait dans son Traité des affections pseudo-membraneuses, en 1861: « On y rencontre des vibrioniens des genres bactérium et vibrio, surtout du premier genre, ayant le corps filiforme et roido. » Et, dans une note, il ajoutait que ces micro-organismes ne devaient pas être confondus avec les fragments brisés du leptothrix buccalis; par conséquent, ils étaient bien une espèce spéciale. A cette époque, mon savant ami ne se doutait pas qu’en faisant cette constatation, il était un précurseur et que ces bactéries révolutionneraient un jour de fond en comble la doctrine de l’empoisonnement diphtéritique.

CABADÉ 23

CROUP ET DIPHTÉRIE

Ici, comme dans presque toutes les maladies infectieuses, les esprits éminents qui nous ont précédés ont employé des termes dont la signification impliquait chez eux une sorte de prescience, et les faits leur avaient parlé si clairement qu'ils employaient déjà des expressions que toutes les découvertes nouvelles sont venues justifier.

A partir de 1870, les travaux se sont multipliés et de toutes parts on s’est mis à l’œuvre pour rechercher le parasite diphtéritique, tellement on était frappé des allures spéciales de la maladie. Mais la lumière n’était pas encore faite, M. Pasteur n’avait pas encore publié ses immortels travaux, tout était encore obscurité et tâtonnements dans les premiers pas d une science qui devait être si féconde en découvertes. Œrtel, Tomassi, Hueter et Trendelenburg n'apportèrent que des résultats fort peu importants.

Mais, à partir de 1874, Pasteur ayant introduit le procédé des cultures, les recherches devinrent plus précises et plus fécondes. Letzerich fut un des premiers, il décrivit un coccus auquel il donna le nom de lilletia diphteritica. Ivlebs reprit ses expériences, vit le même micrococcus et, l'ayant injecté à des animaux, chiens et pigeons, il constata qu'ils succombaient aux suites de cette opération et d'une façon très rapide, sans que leur maladie rappelât en rien l'affection diphtéritique. Le micrococcus étudié par ces deux auteurs méritait le nom de diphtéritique, uniquement parce qu'il se retrouvait dans les fausses membranes et non parce qu'il engendrait la diphtérie. En 1881,1e DrTalamon fit, à l'hôpital Trousseau, une série d’expériences fort bien conduites, qui donnèrent les résultats suivants : il trouva sur un grand nombre de productions diphtéritiques un mycélium composé de longs tubes de 15à20 ,u.de long, remplis de spores rondes ou ovales qu'il appela des conidies. Talamon cultiva ces microbes dans des bouillons et ino-

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