‹ Leçons sur les maladies microbiennesChapitre 109 sur 207 · MICROBES · texte numérisé non relu

MICROBES

cilla le produit, de ses cultures à divers animaux. Les lapins moururent soit avec un gonflement considérable du cou, soit avec des pleurésies fibrineuses et, dans ces deux lésions, le même microbe fut retrouvé. Même succès suides grenouilles et des pigeons directement inoculés à l’arrière-gorge. Enfin une chatte et ses trois petits furent placés sur une litière arrosée de produits de culture. La chatte fut malade, toussa, mais guérit; les trois petits succombèrent en présentant au fond du gosier des fausses membranes qui se continuaient sur le larynx, la trachée et les bronches. D’autres animaux inoculés avec le produit de ces cultures succombèrent également en présentant des lésions identiques, soit au gosier, soit dans le poumon, où on voyait tous les signes d’une bronchopneumonie.

Qu’était le microbe vu par M. Talamon, microbe qu’aucun observateur n’a retrouvé depuis et qui ne figure en rien dans les productions pathologiques que je vous ferai connaître tout à l’heure? On ne saurait le dire, il est probable qu’il y a eu là quelque erreur de préparation. A la même époque, le professeur Corail faisait connaître ses recherches sur les fausses membranes et il démontrait, dans toutes les productions membraneuses, l’existence d’un micrococcus isolé ou en amas zoogléiques, toujours associés àdes bâtonnets très étroits, dont le nombre était considérable. Ce sont ces deux éléments que l’on rencontre toujours, en effet, dans les pseudo-membranes diphtéritiques ; ils ont été étudiés par Ldffler, qui a montré quel était le rôle de chacun d’eux. Nous allons entrer dans quelques détails tant au sujet de ces micrococcus qu’au sujet de ces bacilles.

Le micrococcus est constitué par des éléments sphériques de 0,8 à 1 [x , souvent isolés, plus souvent encore réunis en chaînette de longueur variable. Ils se cultivent et se multiplient dans du bouillon Liebig ; au bout de

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peu de temps et à une température convenable, à 37 degrés, les cultures se montrent sous forme de taches soyeuses et le microscope montre que les filaments sont agencés et disposés en longs tractus formés par des cocci soudés entre eux. Ce sont peut-être là les longs tubes de M. Talamon garnis de spores. Cultivé sur gélatine peptonisée et en piqûre, il se développe de petites colonies grises qui ne liquéfient pas autour d’elles le support gélatineux, et qui sont aussi constituées par des chaînes assez longues de microcoques. Les milieux solides, la pomme de terre, ne donnent que des résultats fort médiocres et au bout d'un temps relativement fort long. Nous verrons plus tard qu'il existe de très grandes analogies entre le résultat des cultures de ce microbe, et celles qu’on obtient en cultivant le micro-organisme de l’érysipèle. Du reste, nombre d’inoculations de ces cultures ont été faites aux animaux et jamais on n'a vu sur eux se développer le moindre symptôme diphtérique. Aussi Lôffler, qui reconnaît parfaitement, après Cornil, la présence constante de ce micrococcus dans les productions (1 i plitéri tiques, n’hésite-t-il pas à le considérer comme tout à fait étranger à la production de la diphtérie. Pour cet auteur, il ne jouerait d’autre rôle que de déterminer, par son implantation sur la muqueuse, une inflammation érysipélateuse qui, peut-être, favoriserait la reproduction du bacille que nous avons encoro à étudier. Peut-être, ajoute Lôffler, à lui seul peut-il déterminer au fond du gosier la formation de fausses membranes, mais celles-ci n’auraient rien de diphtéritique et seraient analogues à ces dépôts pultacés dont les amygdales se recouvrent parfois. Du reste, l’opinionqui fait déco microbe un élément étranger à la production de la diphtérie avait déjà été soutenue par le professeur Cornil, qui en fait un microbe pyogène doué des mêmes propriétés que tous ses congénères, arrivant seulement,

BACILLE

par sa multiplication, à la dissociation des fausses membranes et à une sorte de liquéfaction plus ou moins complète de ces produits pathologiques.

Le b acille de la diphtérie aurait, d’après Lôffler, des propriétés bien autrement redoutables, et ce serait lui qui serait l’unique agent de la contagion diphtéritique.

Le bacille de la diphtérie, auquel on doit en bonne justice donner le nom de bacille de Loftler, bien que lvlebs l’ait signalé avant lui, est l’agent indiscutable des productions pseudo-membraneuses. Nous verrons bientôt quelles atténuations il convient d’apporter à une affirmation aussi absolue. Ce bacille présente de grandes analogies avec celui de la tuberculose, les bâtonnets qui le constituent sont droits ou plus ou moins incurvés, toujours sans mouvements. Leur longueur varie de 2 à 3^., et leur largeur de 0,6 à 0,8 a. C’est, comme vous le voyez, à peu près le double de la largeur du bacille de la tuberculose, la longueur restant à peu près la même. Du reste, disons-le tout de suite, pour éloigner de vos esprits toute idée de similitude fonctionnelle, l’inoculation des cultures du bacille qui nous occupe n'a jamais donné lieu à des productions tuberculeuses. Les extrémités du bâtonnet sont arrondies et, dans plusieurs cultures, on les a vues renflées en baguette, ce qui est l’indice d’une sporulation prochaine. D’après le professeur Cornil, ce bacille donne naissance à des spores de volume supérieur au sien comme largeur ; elles sont ovoïdes, brillantes et d'une résistance vitale de beaucoup supérieure à celle du bacille adulte. C’est ainsi que le bacille étant toujours tué à la température de 60 degrés, et le plus ordinairement avant 50 degrés, la spore vit et conserve ses facultés germinatives, même après un séjour assez prolongé dans un milieu à 100 degrés. Du reste, ces spores se montrent très évidentes quand on se sert de la méthode dite des doubles colorations, que nous vous avons déjcà fait connaître.

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Lôffler a indiqué les moyens les meilleurs pour arriver à avoir des cultures pures du bacille; voici comment il procède. Le milieu est du sérum solidifié, préparé avec le sang- d’un animal de boucherie; on mélange ce sérum avec un tiers de bouillon de veau additionné depeptonc. Sur des plaques ainsi obtenues avec ce mélange, on inocule par les procédés ordinaires le produit pseudomembraneux entier sans aucune dissociation préalable, et la culture est placée dans une étuve dont la température est maintenue à 37 degrés. Trois ou quatre jours après, dit Lôffler, on voit sur la plaque deux ordres de colonies bien distinctes. Les unes sont toutes petites, ressemblant à une goutte aqueuse, transparentes et arrondies, ce sont celles du micrococcus que nous avons déjà fait connaître. Les autres se montrent sous forme de taches larges, opaques, d'un gris brillant, ce sont celles du bacille. Du reste, l'examen microscopique des deux colonies révèle un agencement spécial pour chacune d’elles. On peut, en prenant une parcelle avec la pointe do l’aiguille de platine, obtenir des cultures isolées des deux espèces, en s’adressant successivement aux deux ordres de colonies. La culture peut en être faite sur gélatine sans que cette dernière en soit liquéfiée. Cependant, ce milieu leur convient mal, les colonies ne s’y développent que peu ou pas, toujours peu importantes et d’aspect médiocre. Quant aux milieux solides comme la pomme de terre, les résultats sont presque toujours négatifs. L’ensemencement de ces divers milieux de culture fait avec les spores donne des résultats absolument identiques.

Un nombre considérable d’animaux ont été inoculés avec les cultures pures ainsi obtenues et, d’après Lôffler, elles auraient donné un nombre considérable de résultats positifs, les animaux succombant souvent avec des fausses membranes du pharynx ou des voies respira-

INOCULATIONS

toires, et présentant toujours au point d’inoculation, quand elle a été sous-cutanée, un œdème teinté de sang. Les modes de transport sur les animaux ont été variés; on a mis des fragments de cultures en contact avec la conjonctive, dans l'intérieur de l’œil, sur la trachée et sur la muqueuse laryngée. Lôffler a reconnu qu’en déposant un produit de culture sur une muqueuse parfaitement saine et non congestionnée, on obtenait presque constamment des résultats négatifs. Mais si la muqueuse était irritée par un frottement, ou présentait une solution de continuité, il manquait rarement de se produire à ce point une pseudo-membrane plus ou moins hémorragique, suivant l’intensité de la lésion. De telle sorte que le bacille n’aurait pas à lui seul le pouvoir d’engendrer ou plutôt de faire engendrer des fausses membranes; il faudrait que le terrain soit préparé à cet effet, soit par une cause antérieure à son implantation et d’ordre vulgaire, soit que son implantation coïncide avec celle d’une autre espèce microbienne qui, préparant le terrain, permettrait alors au bacille de manifester son pouvoir pathogène. Comme je vous l’ai déjà dit, c’est là le rôle du micrococcus dont vous n’avez pas oublié les analogies avec le microbe érysipélateux; très probablement, c’est lui qui prépare le terrain en développant sur la muqueuse une inflammation érysipélateuse. La clinique justifie pleinement du reste cette manière de voir; tout le monde sait, non seulement que les fausses membranes reposent toujours sur un fond érysipélateux, ce qui, à la rigueur, pourrait être une conséquence de la néo-formation, mais encore, que le plus souvent, l’apparition des plaques diphtéritiques est précédée du côté de la muqueuse, d’un état rouge, luisant, dont la turgescence offre avec les parties frappées d’érysipèle la plus grande analogie. Un tel état s’observe vingt-quatre heures au moins et sou-

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vent plus avant l'apparition des fausses membranes.

Revenons à notre bacille. De tous les animaux, le cobaye est le plus sensible à son action, le lapin l'est un peu moins, les rats et les chiens sont presque absolument réfractaires. Lôffler n’a jamais retrouvé le bacille dans le sang des animaux qui succombaient à l'inoculation. Mais M. Darier a constamment retrouvé ces mêmes micro-organismes dans les broncho-pneumonies survenues à la suite de la diphtérie, tant chez les animaux que chez l'homme. Il a constaté, en outre, que toujours ils sont associés autour du nodule péribronchique à des microbes pyogènes, ou dans la région splénisée au pneumocoque. Les microbes de la suppuration et celui qui est facteur de la pneumonie, occupant la place que je vous ai indiquée en traitant des bronchopneumonies infectieuses, et y jouant leur rôle habituel.

Tout le monde sait que la diphtérie s’observe spontanément quelquefois sur les animaux. Les oiseaux de basse-cour, les gallinacés surtout, présentent une maladie connue sous le nom de pépie, caractérisée par une pellicule blanche qui se montre à la base de la langue et sur les côtés de celle-ci et qui, enlevée, se reproduit avec facilité. Ces fausses membranes gagnent très souvent les voies respiratoires ou l'intestin, et l’animal succombe. Même maladie chez les pigeons; le porc y est aussi sujet. Lôffler a constaté que toutes ces fausses membranes étaient produites par un bacille quelquefois analogue à celui dont nous venons de parler, quelquefois un peu plus court, comme chez le pigeon, mais toujours, sauf quelques variantes insignifiantes, avec les mêmes propriétés de culture et de reproduction. On trouve, dans l’ouvrage de M. Macé, le tableau d’une maladie commune, paraît-il, chez le chien de chasse, et considérée par les vétérinaires comme une stomatite gangreneuse mortelle à brève échéance, au milieu de

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