‹ Leçons sur les maladies microbiennesChapitre 11 sur 207 · LEUWENHOEK. — MULLER · texte numérisé non relu

LEUWENHOEK. — MULLER

personne ne songea tout d’abord à faire servir le nouvel instrument à la recherche des micro-organismes. Ce fut un savant danois, Othon-Frederic Millier, qui le premier fit usage du nouveau moyen d’investigation; il revit toutes les bactéries décrites par Leuwenhoek et il en découvrit beaucoup d’autres. Le premier, il essaya d’une classification de cette immense multitude d’êtres microscopiques, que Linné avait délaissée, et dont il avait fait un seul groupe, informe et incohérent, sous le nom de chaos. Müller le divisa en deux grands genres, le genre monas et le genre vibrio. Ces deux dénominations, vous les retrouverez encore ayant cours dans le langage usuel. Bien que cette aurore contienne aussi des erreurs capitales, bien que dans la classification de Müller on trouve un grand nombre d’éléments qui ne devraient pas y figurer, notamment des algues diatomées, des infusoires flagellés, des nématodes, etc., il n’en est pas moins vrai que ces travaux excitèrent un grand mouvement dans les esprits et que les idées de Müller, adoptées par des naturalistes de la valeur de Lamarck et de Bory de Saint-Vincent, ont eu cours pendant fort longtemps dans la science.

Dans la première moitié de ce siècle, l’étude des microorganismes donna lieu à quelques travaux qui tous furent faits sous l’empire de cette idée: arriver aune classification. Les premières tentatives de ce genre furent faites par Ehrenberg et Dujardin. Ce dernier était professeur à laFaculté des sciences de Toulouse. Dès lors, les études prennent plus de précision, les recherches s’étendent et se multiplient; ou recherche les micro-organismes dans les produits altérés de la vie des végétaux, les moisissures., les putréfactions, mais sans voir dans le travail de décomposition et l’apparition des bactéries la moindre corrélation, le moindre lien de cause à effet; on ne se doute pas de la profondeur et de la stricte vérité que renferme ce vers de Lucrèce : Corruptio unius,

HISTORIQUE

generatio alterius. On se borne purement et simplement à décrire, avec une exactitude remarquable, quelles sont les formes diverses que peuvent affecter ces animalcules, car les mouvements dont sont douées plusieurs bactéries les font d’abord considérer comme tels.

Il faut bien le dire, messieurs, la connaissance de la vie des microbes a été si longtemps ignorée, que tout d’abord il semblait impossible aux observateurs qu'il puisse exister une corrélation quelconque entre des êtres si infimes et des résultats appréciables. Ces microorganismes paraissaient donc plutôt devoir être étudiés par les curieux de la nature que par les médecins, au point de vue des maladies pouvant être la conséquence de l’envahissement par les infiniment petits. Il n’est donc pas étonnant que Rayer et Davaine, découvrant en 1850 que les animaux atteints du charbon présentaient toujours des bactéries dans leur sang, n’aient pas relié la maladie à l’élément parasitaire, pas plus qu’ilne faut s’étonner que mon ami, le professeur Laboulbène, qui le premier a vu des bactéries dans les produits dipbtéri tiques, les ait considérées comme accessoires. Comment, à cette époque où on ne savait rien de la biologie des microbes, MM. Rayer et Davaine auraient-ils pu supposer qu’une seule de ces bactéries charbonneuses insérée sous la peau d’un bœuf pouvait être la cause suffisante de la mort de cette énorme bête ?

Nous arrivons à la période contemporaine et elle contient tout entière dans le nom de Pasteur. C’est lui qui, par des expériences nombreuses et bien conduites, par son admirable esprit de précision et de sagacité, a saisi par un trait de génie la corrélation qui existe entre la vie bactérienne et les phénomènes qui sont sous la dépendance de cette évolution vitale. Le premier mémoire de notre illustre compatriote est intitulé : Etude sur la fermentation appelée lactique ; c’est là que, pour la

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