‹ Leçons sur les maladies microbiennesChapitre 12 sur 207 · PASTEUR · texte numérisé non relu

PASTEUR

première fois, il a été démontré qu’un phénomène dit phénomène naturel était absolument lié à l’intervention d’une espèce de bactérie, cause indispensable de sa production. Depuis lors, M. Pasteur a toujours été à l’œuvre, il n’a cessé d’apporter à la science bactériologique les travaux les plus intéressants, les observations les plus indiscutables. L’étude des fermentations suffirait à lui créer un titre de gloire sans égale, mais il ne s’est pas borné là, il a montré le rôle des bactéries dans le monde, leurs usages, leus fonctions; il nous a donné la clef du phénomène de la putréfaction. Il nous a montré qu’un grand nombre de maladies étaient occasionnées par des microbes. C’est lui qui est véritablement le père et le créateur de cette science bactériologique appelée à un si brillant avenir. Tous ceux qui depuis se sont engagés dans ceL ordre de recherches n’ont fait que marcher dans la voie qu’il a si glorieusement inaugurée. Sous l’impulsion de ses travaux, et grâce aux horizons nom veaux découverts par M. Pasteur, les études ont repris. Davaine, revoyant du sang d’animal charbonneux, n’hésita pas à voir dans le micro-organisme la cause initiale de la maladie. MM. les professeurs Coze et Feltz publient sur les maladies infectieuses un travail de premier ordre. Ils découvrent dans le sang un nombre encore assez grand de bactéries pathogènes et écrivent une magistrale description des septicémies.

Maintenant, tout le monde est à l’œuvre, et je ne puis que vous citer des noms. En France, il est juste de rappeler les travaux de Coze et Feltz, de Chauveau, Cornil, Arloing, Chamberland, Slraus, Chantemesse, Widal, Roux, Talamon, Doléris, Grancher, Laveran, Bouchard et surtout le professeur Toussaint, dont le nom, après celui de Pasteur, sera certainement le plus considérable, car c’est lui qui le premier a eu l’idée de l’atténuation des virus et qui a réussi les premières cultures du bacille

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de la tuberculose. En Allemagne, nous retrouvons les travaux de Klebs, Flügge, Baumgarten, Briegger, Gaffky, Friedlander, Recklinghausen, Weichselbaum, Loffler, AY eigert, Franckel et enfin Koch, le plus illustre de toute la pléiade d’outre-Rbin; à lui revient l’honneur d’avoir, le premier, indiscutablement démontré le bacille de la tuberculose. En Russie, nous retrouvons les noms de Metschnikoff, Sirotinin, Gamaléia et Affanassiew. Actuellement,il n’estpas un pays en Europe ou dans le nouveau monde qui ne travaille avec ardeur à la nouvelle science.

Comme je vous l’ai dit, pour les premiers observateurs Leuwenhoek, Millier, Ehrenberg, Dujardin, les bactéries n’étaient autre chose que des animaux, des animalcules; du reste, l’idée d’animalité semblait alors indissolublement liée à l’idée de motilité, c’était un dogme absolu depuis Aristote qui, le premier, avait proclamé que tout corps se mouvant par lui-même était un animal. Vous en avez la preuve dans la terminologie du nom de spermatozoïde. Ces éléments ont, en effet, longtemps été considérés comme des animaux; on les appelait encore les zoospermes. C’est Tliuret qui, en 1847, démontra le premier que quelques végétaux inférieurs sont doués aussi de mouvements très nets.ei la démonstration fut faite sur les spores de quelques algues. Il fit voirie premier que ces petits corps, qu'il appela zoospores (pour que le mot consacrât sa découverte et semblât la relier aux idées antérieures), semblent même diriger leurs mouvements, non d’une façon automatique, mais en quelque sorte comme s’ils les effectuaient sous l’empire de la volonté. C'est ainsi que les zoospores semblent éviter les obstacles que l’on oppose à leur marche, qu'i Is se transportenl vers diverspoints du bocal de verre où ils sont renfermés si on fait tomber un faisceau lumineux alternativement suides portions diverses du vase qui les contient. Plus tard, en 1853, dans son Traité des végétaux parasites , Charles

QUE SONT LES BACTERIES

Robin prouva que le mouvement pouvait aussi s’effectuer par des cils vibratiles et que ce mode de locomotion était fréquent. Mais précisément les premiers microbes qui furent aperçus dans les tissus malades, les bacilles charbonneux, vus en 1850 par Davaine, sont toujours immobiles. Dès lors, les idées sur l’animalité des bactéries fut modifiée. Cependant Davaine, encore imbu des idées de son époque, crut devoir créer un mot qui indiquât la similitude de ces micro-organismes avec les bactéries proprement dites et il les appela des bactéridies., et pour lui, tandis que les bactéries étaient des animalcules, les bactéridies n’étaient autre chose que des algues de la famille des oscillariées.

Depuis cette époque, tous les auteurs sont unanimes à classer parmi les végétaux les micro-organismes qui nous occupent. Mais si l’accord est fait sur ce point, il est bien loin d’en être ainsi sur le point de savoir à quel genre de végétaux correspondent les bactéries. De nos jours encore, la lumière n’est pas faite et nous ignorons si on doit les considérer comme des algues ou comme des champignons. Les deux opinions ont trouvé des défenseurs. Davaine, Van Tieghem, et quelques autres auteurs rangent les bactéries dans les diverses familles des algues, en se basant sur l’absence de chlorophylle. Mais Hæckel, Pasteur, Nægeli, de Bary et Colin les considèrent comme des champignons. Pour constater leur nature et leur multiplication par la terminologie, Nægeli a proposé le nom de schyzomycètes (de diviser, et champignon), tandis que Colin, moins

affirmatif, a proposé le nom des schyzophytes (de et tpuxov, plante). Le nom de bactérie et celui de microbe, proposés en 1878 parSedillot et proclamés grammaticalement irréprochables par M. Lillré, sont actuellement les seuls employés. Pour désigner l’ensernble des phases vitales de ces infiniment petits, M. Pasteur propose de

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donner le nom de microbie , et celle dénomination doit être adoptée sans conteste. Il n’est que juste que celui qui a créé cette science lui donne le nom par lequel elle doit être désignée. Bactéries et microbes sont les seuls noms dont nous nous servirons; ils ont le triple avantage d’être beaucoup plus simples, beaucoup plus euphoniques et de ne rien préjuger sur la nature encore inconnue des infiniment petits.

La question de l’origine des bactéries touche à une des questions les plus complexes et les plus redoutables, la question des générations spontanées. Je n’ai pas l’intention d’entrer avec de grands détails dans l’examen de cette question, de renouveler ici un débat qui a été si long et si passionné, dont le tort le plus grave est, à mon sens, d’être toujours abordé avec des préoccupations extra-scientifiques, comme une thèse devant démontrer ou confondre une théorie. Je vais cependant entrer dans quelques détails en vous exposant l’état actuel de la question, qui semble aujourd’hui parfaitement jugée, du moins touchant ce qui a trait aux bactéries et aux micro-organismes dont nous avons à nous occuper.

L'idée des générations spontanées a existé de tous les temps ; c’est à l’aide de cette hypothèse que l’on a complété le cercle des connaissances sur la genèse animale. Pour Aristote, les souris naissaient spontanément du linge sale et les grenouilles de la vase des marais. Du temps de Virgile, il ne sortait pas des licences poétiques de dire que des abeilles pouvaient naître d’une peau de taureau. Ces théories, perdant pied à pied du terrain à mesure que les lois de l’apparition des êtres étaient de mieux en mieux connues, abandonnèrent les animaux de grosse taille pour se réfugier chez ceux dont les proportions sont moindres. Les vers intestinaux et les vers de viande passèrent alors pour naître spontanément. Les expériences de Redi démontrèrent sans peine qu’il

GÉNÉRATIONS SPONTANÉES

suffisait de protéger efficacement la viande de l’approche des mouches pour que les vers ne s’y montrent jamais. Dès lors, Harvey émit le fameux aphorisme dont les expériences de Pasteur ont montré la justesse: Omne vivum ex ovo.

A la fin du dernier siècle, les expériences de Needham remirent la question à l’ordre du jour, et Buffon leur prêta l’appui de son autorité scientifique et de son magnifique langage. La vie apparaît, disait Needham, dans mes ballons de verre contenant une infusion végétale, alors même que par la chaleur j'ai détruit tous les germes qui peuvent y être contenus. Non, répondait l’abbé Spallanzani, la vie n’apparaîtra pas si vous chauffez plus fort et plus longtemps vos ballons, comme je le fais moimême. Mais, disait alors Needham, à chauffer comme vous le faites, la vie ne se montre pas, car vous avez ainsi tué la vertu végétative du milieu. Vertu végétative, vertu dormitive, ne vous semble-t-il pas que tous ces gens-là parlent le même langage. C’est sur cette hypothèse cependant que la résistance aux expériences de Spallanzani a duré jusqu’à nos jours. C’est au nom de cette vertu hypothétique et indémontrable que Pouchet (de Rouen) et Joly (de Toulouse) ont lutté jusqu’à notre époque; c’est elle que j’ai entendu invoquer par Joly, dans une multitude de leçons où la phraséologie tenait plus de place que les expériences. C’est elle enfin que M. Pasteur a réduite à néant par les expériences que je vais faire connaître.

La matière organisée peut, dans certaines conditions non encore déterminées, s’agencer de telle sorte qu’il en résulte la formation d’êtres vivants nouveaux, n’ayant d’autre origine que les molécules de cette matière, voilà la thèse hétérogéniste. A cela, M. Pasteur répondait: il n’est de vie qui ne procède d’un être vivant antérieur, se reproduisant soit par division de sa propre substance,

HISTORIQUE

soit par les germes qu’il a émis. C’est par les germes infiniment petits qui flottent librement dans ['atmosphère que vos ballons de culture sont ensemencés, ajoutait-il; les germes sont abondants dans l’air, n’attendant qu’un milieu favorable pour se développer et donner naissance à des micro-organismes semblables à ceux dont ils procèdent. C’est donc ou par les spores et quelquefois par les micro-organismes eux-mèmes que la vie apparaît dans vos ballons de culture; empêchez-les d'y arriver et la vie ne s’y manifestera jamais. Telle fut, messieurs, la réponse du maître à une communication faite en 1860 par M. Pouchet à l’Académie des sciences. Pasteur se mit immédiatemen t à l’œuvre pour démontrer, par des expériences, la vérité des propositions qu’il avait émises ; il le fit aussi complètement et aussi péremptoirement qu’on le puisse désirer. Les quatre points principaux qu’il a mis hors de doute sont les suivants:

1° L’air bien filtré laisse sur le filtre des corps qui sont des spores, des œufs de microzoaires ou des microzoaires ;

2° Toutes les infusions organiques stérilisées restent intactes au contact de l’air bien filtré;

3° Une parcelle du filtre mise au contact du liquide stérilisé y détermine l’éclosion de micro-organismes ;

4° Les liquides de l’organisme n’ayant jamais été au contact de l’air sont stériles, si on ne les met qu’au contact d’un air bien filtré.

Je vais vous indiquer très succinctement comment ces propositions ont été victorieusement démontrées. Des ballons de verre contenant une infusion organique ont été longuement chauffés, jusqu'à ce que l’ébullition en ait chassé tout l’air et que la chaleur ait suffisamment détruit tous les microbes et tous les germes qui peuvent y être contenus. A ce moment-là, si on y laisse pénétrer de l’air extérieur, mais en ayant la précaution

GENERATIONS SPONTANEES

de le filtrer simplement sur un tampon d’ouate suffisamment épais, le ballon d’essai reste parfaitement stérile. C’est en résumé l’expérience de Spallanzani avec la rentrée de l’air filtré en plus. Maintes fois répétée, cette expérience si simple et si probante a toujours donné des résultats identiques. Mais la vertu végétative? Eli bien, ce n’est là qu’un vain mot et M. Pasteur le démontre de la façon suivante : si dans le ballon qui reste stérile et qui restera tel indéfiniment, vous laissez tomber un fragment de l'ouate sur laquelle l’air a été filtré, la vie y apparaît bientôt. La fameuse vertu végétative n’était donc pas perdue, il n’y avait simplement que défaut de germes. Maintenant, si au lieu d’un tampon d’ouate simple on se sert de fulmicoton, et qu’après la filtration celui-ci soit dissous dans l’éther, on remarque, au fond du vase contenant le liquide, un dépôt qui est exclusivement formé par des spores ou des cadavres de microbes adultes. Le sang ou l’urine recueillis avec les précautions voulues, c’est-à-dire avec des instruments stérilisés par la chaleur et reçus dans des vases également purifiés de tout germe, ne se putréfient pas et jamais le moindre micro-organisme ne se montre dans le liquide.

Tyndall arrive à la même démonstration par l’expérience suivante. Dans une cage dont les parois sont de verre, mais qui est hermétiquement close, il enduit de glycérine le fond et il laisse quelque temps la cage exactement fermée. Pendant ce temps-là, les germes tombent par leur propre poids vers la partie inférieure où la glycérine les fixe. Si alors on introduit dans la cage des infusions stérilisées, eilesy restent infécondes, bien que l’intérieur communique avec l’extérieur, mais à l’aide d’un tube garni d’un tampon d’ouate. Si le tampon est enlevé, les vases se peuplent immédiatement. Telles sont, messieurs, les expériences à l’aide des

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quelles M. Pasteur a démontré les quatre propositions que je vous ai fait connaître. Mais il ne s’est pas borné là, l’hétérogénie était à terre, vaincue par les arguments sans réplique, il a voulu l’achever. A la théorie de la formation spontanée des êlres, il a opposé la théorie de la panspermie. Les germes sont partout, ils nous environnent et fourmillent dans l’atmosphère, beaucoup plus abondants dans l’air impur, presque nuis dans l’air pris au sommet des hautes montagnes. C’est donc de Pair que proviennent tous les germes, M. Pasteur l’a démontré de cent façons diverses. La vie apparaît beaucoup plus tôt, dans des vases emplis d’infusions stérilisées, s’ils sont librement exposés à l’air que s’ils sont protégés par une cupule formant parasol, à quelques centimètres au-dessus d’eux, et la protection de ce couvercle est d’autant plus longue que la cupule s’abaisse davantage vers le pied du vase qui contient l’infusion en expérience. Des infusions stérilisées, mises dans des ballons dont l’ouverture est plus ou moins recourbée et inclinée vers le sol, se montrent d’autant plus tardivement fécondes que l’ouverture de ces ballons est plus inclinée vers le sol. Enfin, les expériences faites au sommet du mont Blanc, où la végétation des ballons est beaucoup plus lente et beaucoup plus aléatoire que si l’expérience est faite au pied de la montagne. Je n’en finirais pas si je voulais vous énumérer toutes ces preuves, elles ont été multipliées par M. Pasteur avec un luxe remarquable. La sanction du temps ne leur a pas manqué, car les ballons de M. Pasteur, examinés après vingt ans et plus, lorsqu’il a dù déménager son laboratoire, étaient encore parfaitement stériles. Après cette série de preuves, les adversaires n’avaient plus qu’à s’avouer vaincus ; ils ont cependant essayé de quelques objections. Comment, disait Pouchet, si l’air contient tant de germes, n’est-il pas plus lourd? Mais, il

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devrait avoir la densité du fer! C’est là une objection absolument puérile ; il faut en effet de 000,000 à 700,000 bactéries pour peser un milligramme, et l’air le plus impur, d’après les belles recherches de M. Miquel, ne contient jamais le ving tième de ce nombre par mètre cube. MM. Trecul et Fremy ont avoué que les expériences de M. Pasteur étaient probantes, mais seulement en ce qui touche la matière organisée non albuminoïde; que, pour celle qui conlient ces principes, la vie peut y paraître spontanément ; on attend encore les preuves de cette assertion, et jamais démonstration, même approximative, n’en a été fournie.

C’est qu’en effet les expériences de Pasteur sont irréfutables; il a pu démontrer l’erreur de toutes les expériences qui venaient à l’encontre de ses démonstrations. Donné, Colin et Gayot ont cru voir une contradiction entre les résultats que je viens d’indiquer et ce fait indéniable à savoir qu’il y a des œufs dont la coquille est intacte et qui cependant se putréfient sans que l’air ait pu pénétrer autrement qu’au travers de leur enveloppe calcaire; comment les germes ont-ils pu franchir cette barrière? A cette objection, Pasteur répond victorieusement : il existe dans l’oviducte des poules des germes ou des bactéries et il le démontre; l’œuf, avant d’être enveloppé de sa coquille, peut les recueillir à sa surface et le calcaire ne fait que les recouvrir. En 1870, un Américain, M. Dastian, prétendit qu’en chauffant de l’urine et en y laissant arriver une petite quantité de solution potassique on la modifiait de telle sorte que la vie microbienne ne tardait pas à y apparaître. M. Pasteur a repris cette expérience et il a constaté que, si au lieu d’une solution, on met au contact de l’urine un fragment de potasse chauffé au rouge, la vie ne se manifeste jamais ; les germes étaient donc dans la solution.

Le procès semble donc jugé et les expériences de

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M. Pasteur sont demeurées sans réplique. J’ai tenu à vous les indiquer avec quelques détails, d’abord parce que c’est là une question qu’il faut connaître, en second lieu parce que les faits démontrés jettent une grande clarté sur les phénomènes des maladies dites spontanées. Ils démontrent d’une façon irréfragable que, dans les maladies d’ordre microbien, la contagion est nécessaire et qu’il faut rechercher le point par où a pu s’effectuer le contage; on le trouvera toujours. C’est une enquête dont le résultat sera toujours positif, car les microbes pathogènes, pas plus que les autres, ne peuvent naître spontanément : ils procèdent directement ou par l’intermédiaire de germes d’individus semblables à eux. C’est certainement après ces expériences que M. Pasteur a cherché à se rendre compte de l’intervention des micro-organismes dans les phénomènes de la vie ; il a commencé par les étudier dans les fermentations, et vous savez à quelles magnifiques conséquences il a été progressivement amené.

Tels sont, messieurs, les travaux de M. Pasteur et, comme vous le voyez, ils sont aussi démonstratifs que possible. Mais la question est-elle complètement épuisée? La lumière est-elle complète, et peut-on résolument nier que la matière organisée ne puisse à un moment donné s’agencer de telle sorte qu’elle donne naissance à des êtres nouveaux? Oui, certainement pour les microbes ordinaires, la preuve en est surabondamment faite. Toutefois la question est loin d’être terminée en ce qui touche les éléments anatomiques, qui sont , eux aussi, des variétés de microbes, comme nous vous le démontrerons dans une de nos prochaines conférences. Il n’en est pas moins vrai que nous ignorons complètement leur genèse, que nous ne savons rien de la force qui les incite à s’organiser etàprendre la morphologie quenous leur voyons. La question sera donc reprise pour eux, car elle demeure

eenèse des éléments anatomiques

pendante en ce qui les touche. Prenons, par exemple, le globule rouge du sang'. Comment se forme- t-il? Comment prend-il naissance? D’où procède cette force que les anciens nommaient le nisus formativus'! Vous savez le nombre considérable de théories qui ont été émises à ce sujet. Pour les unes, avec Charles Robin, l’hématie naît du sérum sanguin et naît par genèse, c’est-à-dire de toutes pièces à l’aide et aux dépens de celui-ci; c’està-dire encore que, sous l’influence d’une force inconnue, la matière qui constitue le sérum sanguin s’organise de telle sorte que l’hématie se trouve constitué. Que cette théorie ne soit pas démontrée, que l'hématie provienne de la rate, comme le veulent MM. Malassez et Picard; des organes lymphatiques comme les ganglions, les amygdales, la moelle osseuse, comme le veutBizzorezzo;des hématoblastes, pour lesquels se prononce le professeur Hayem et que Ranvier n’admet pas, il n’en est pas moins vrai qu’il faut à un moment donné qu’il se fasse une organisation spontanée de la matière en une forme déterminée. Que ce soit dans un blastème, ou en tout autre milieu producteur, ou encore dans tel ou tel organe, il est bien sur qu’il y a un endroit dans lequel s’effectue le phénomène pendant le cours de notre vie, connue il s’effectue chez l’embryon dans l 'area vasculosa. Et, remarquez-le bien, nous pourrions poser la même question pour chacun des éléments anatomiques, car pour aucun d'eux, ou pour bien peu d'entre eux, on ne peut invoquer d’autre modalité de naissance que celle qui est constituée par une naissance spontanée au sein d’un milieu défini. Considérez, d’un autre côté, qu’à cette apparente simplicité dans le mode d’apparition ne correspond pas une infériorité fonctionnelle. Les propriétés vitales d’un globule rouge sont, au contraire, autrement complexes que celles qui sont dévolues à un microbe, et, si on voulait considérer les propriétés de cer-

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tains éléments, de combien ne remporteraient-elles pas ensupériorité sur cellcsqui sont l'apanage d’unebactérie. Que sont, en effet, les propriétés vitales d’un de ces micro-organismes lorsqu’on les compare à celles qui sont dévolues aux leucocytes ou aux cellules nerveuses qui président aux actes sensitifs ou psychiques? Et cependant, pour les éléments anatomiques, il est impossible de nier qu’ils ne soient le produit d’une adaptation spéciale de la matière, qui s’effectue sous l’empire de telle ou telle composition, de telle ou telle propriété physico-chimique ou vitale du milieu.

Du reste, voyons-nous tout, et nos instruments, pour aussi perfectionnés qu'ils soient, ont-ils pénétré le secret de la formation des êtres? Evidemment non, et bien des choses nous échappent. Vous pouvez vous en convaincre par l'expérience suivante. Prenez un petit fragment de mastic et dissolvez-le dans l’éther, la substance disparaît et laisse le liquide légèrement trouble; il doit bien évidemment cet aspect à des particules extrêmement ténues du mastic qui restent suspendues dans ce milieu. Mais si, à l’aide des grossissements les plus puissants, vous essayez de voir ces particules, vous n’y réussirez pas, et cependant leur existence est indéniable.

Donc, il peut bien se faire qu'il y ait encore de nombreux phénomènes vitaux qui nous échappent, par conséquent il ne faut pas se hâter de proclamer une question définitivement close et jugée. On le peut d’autant moins qu’après des expériences aussi nettes et aussi démonstratives que le sont celles de M. Pasteur on peut immédiatement soulever des questions parallèles qui n’ont encore reçu aucune solution. Il est vrai de dire que, pour celle que nous venons d’effleurer, nous nous heurtons à un mystère, que probablement nous ne pénétrerons jamais, le grand mystère de la vie.

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