‹ Leçons sur les maladies microbiennesChapitre 120 sur 207 · MICROBES DE LA BOUCHE · texte numérisé non relu

MICROBES DE LA BOUCHE

et ainsi la lésion va s’accroissant et s’accentuant par l’adjonction des bactéries plus volumineuses et probablement douées d’un pouvoir destructif plus énergique. Je dois ajouter que Rosenbach a isolé de dents cariées un micrococcus anaérobie, dont la culture sur gélose a toujours dégagé une odeur fort mauvaise, et que pour cela, il a nommé micrococcus fœtidus. Est-ce là un nouveau micro-organisme et Miller ne l'avait-il pas vu? C’est une question que de nouvelles recherches élucideront. Toujours est-il que Miller ne signale pas l’odeur fétide des cultures. Quoi qu’il en soit, c’est incontestablement ce microbe qui donne, à ceux dont les dents sont cariées, une baleine repoussante.

Une abondance extrême de micro-organismes contenus accidentellement dans la bouche, ou encore une sorte de virulence acquise par eux, propriété nouvelle qui peut être la conséquence de circonstances encore inconnues, peuvent, d'après M. Galippe, occasionner sur la muqueuse des gencives un état sub-inflammatoire, que cet auteur décrit sous le nom de gingiviteartliro- dentaire infectieuse. Sous cette influence, les gencives deviendraient rouges, tuméfiées, ramollies, saignant au moindre contact, et ressentant avec excès les moindres variations de la température extérieure ou celles que présentent les diverses substances introduites dans la bouche. Cet état de ramollissement fongueux, lorsqu’il se prolonge, peut avoir, comme dernière conséquence, la chute des dents. Par suite de la pénétration des colonies bactériennes dans la cavité de l'alvéole, la dent se détache peu à peu de ses insertions normales et finalement tombe. Ce sujet appelle de nouvelles études.

Indépendamment de toutes les bactéries que je viens de vous faire connaître, il en existe d’autres dans la cavité buccale. Ces dernières ne présentent aucun pouvoir pathogène, mais elles sont des agents de décomposition

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très actifs, dont le travail commence dès que la vie a cessé en nous. Ces microbes vivent et se multiplient dans notre bouche depuis noire naissance jusqu'à notre mort, attendant leur heure qui tôt ou tard ne saurait manquer. Le bacillus mesentericus vidgatus, le bacterium termo , le baeilhis subtilis , le spirillum ritgida , tous saprophytes, c’est-à-dire mangeurs de cadavre, se retrouvent dans toutes les salives. 11 est à remarquer que tous ces microbes, surtout celui que je viens fie citer en premier lieu, jouissent de propriétés énergiques qui se manifestent lorsqu’ils sont mis en présence de matières amylacées. Très probablement, ce sont ces micro-organismes qui sont les facteurs fies propriétés diastasiques delà salive. De telle sorte que ce sont ces espèces «pii nous aident à vivre, pour nous décomposer après notre mort.

Ce sont également les microbes appartenant à ces espèces, qui donnent à la salive humaine le terrible pouvoir septicémique, dont j’ai eu déjà occasion de vous entretenir. L’inoculation de notre salive fait périr les lapins d’une septicémie spéciale, mise en lumière par M. Pasteur. C’est aussi à la présence de ces microbes que les morsures d’homme à homme doivent les complications, souvent redoutables, d’abcès, d’auréole érysipélateuse, d’angioleucite, qui les accompagnent dans l’immense majorité des cas.

La bouche peut être le siège de nombreuses manifestations occasionnées par les maladies infectieuses. La diphtérie, la tuberculose, la fièvre typhoïde peuvent v déterminer des lésions que je ne puis vous décrire ici, sous peine d’entrer dans une confusion véritable et «le m’exposer à des redites sans lin. Ces lésions sont rattachées par un lien trop étroit à l’élude «lu micro-organisme qui les produit, pour que leur description puisse en être scindée. Je n’ai donc qu’à vous renvoyer à ce

oïdium albicans

qui a déjà élé dit ou à ce que nous étudierons plus tard.

Le champignon qui constitue la stomatite désignée sous le nom de muguet, a été minutieusement décrit par Ch. Robin en 1833; il se montre de préférence dans la bouche, bien ([ne sa présence ait été constatée sur tous les points du tube digestif. Il n’est pas d’usage de faire entrer sa description dans l’ensemble des espèces bactériologiques, et cela pour plusieurs raisons; la première, c’est que scs dimensions font, que pour peu qu'il soit réuni en amas, il se montre sous forme de taches plus ou moins larges, en tout cas visibles à l’œil nu; la seconde est que ce végétal effecte un parasitisme spécial, qu’il vit seulement sur la surface, sans jamais pénétrer dans l’intérieur de l’organisme, enfin qu’il ne produit en quelque sorte que des lésions d’ordre mécanique, en gênant par sa présence le fonctionnement de la partie sur laquelle il a pris son implantation. Cependant, bien que je ne vous le signale qu’en passant, sans entrer dans des détails plus complets sur sa morphologie, ses cultures et ses propriétés, je dois insister sur le fait qui se rattache à son mode de production, et d’après lequel nous pourrons encore une fois juger de l'influence décisive exercée par les terrains de culture sur la reproduction du micro-organisme. Le muguet ou plutôt le champignon qui le constitue, V oïdium albicans , ne se développe que si l’alcalinité normale de la salive a été remplacée par une acescence passagère. M. Gubler a publié la très intéressante observation suivante : un homme hémiplégique présentait, par suite de sa lésion cérébrale unilatérale et à cause des liens existant entre les sécrétions et le système nerveux, ce curieux phénomène : d’un côté de sa langue, les sécrétions étaient restées normales et alcalines, tandis que de l’autre côté la sécrétion était acide, fait absolument démontré par la réaction du papier de tournesol, qui ne

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laissait aucun doute à cet égard. Or, il arriva à maintes reprises, dit M. Gubler, que le côté acide de la langue se recouvrit de plaques de muguet, s'arrêtant toujours au niveau de la ligne médiane, sans jamais empiéter sur l’autre côté, où on n’en observa jamais, alors que le voisinage de plaques proliférantes semblait indiquer l'imminence de l’extension.

11 est un fait absolument caractéristique se rapportant à l’histoire de X oïdium albicans , que je dois vous signaler. Certes si un parasite est indiscutable, c’est bien celui-là. Son existence est on ne peut plus facile à constater, son pouvoir contagieux est hors de contestation, il peut même se reproduire en dehors des voies digestives, puisqu'il n’est pas rare de le voir apparaître sur le mamelon des nourrices allaitant un enfant atteint du muguet buccal. Et cependant jamais, entendez-le bien, jamais on n’a pu le reproduire par des expériences de transport direct. Œsterlen qui, maintes fois, a essayé ce transfert, a constamment échoué. Que l'on vienne, après cela, mener grand bruit de certaines inoculations microbiennes qui ont donné des résultats négatifs !

La stomatite ulcéreuse est-elle une maladie d'origine bactérienne, ou doit-elle encore être rejetée hors de ce cadre? Quand on étudie avec soin les symptômes de cet état morbide, son mode de propagation, son indiscutable contagiosité, on est tenté de la comprendre parmi les maladies parasitaires. L'esprit se contente mal de celte étiologie vulgaire et commune, avant les nouvelles découvertes, à un si grand nombre de maladies si disparates, toutes mises pêle-mêle sur le compte des privations, des fatigues, de l’encombrement. 11 est à noter que toutes les maladies parasitaires présentaient la même cause qui, suivant les circonstances, faisait éclore soit une fièvre typhoïde, soit une diphtérie, soit une

STOMATITES ULCÉREUSES

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stomatite ulcéreuse. Les faits indiscutables de contagion éveillent en nous l’idée d'infection bactérienne. Le plus grand nombre de tous les contages que nous connaissons étant de cette nature, ces deux idées de contagion et de micro-organismes sont devenues pour nous absolument connexes. Les faits cliniques et une pratique déjà longue ont démontré sous mille formes variées à M. le Dr Jules Bergeron que cette stomatite était absolument contagieuse dans certains cas. bien que dans d’autres il lui ait été impossible de l’inoculer. Mais, vous savez que quelques expériences négatives ne sont rien auprès d’un fait positif bien observé; du reste, vous n’avez pas oublié que bien des inoculations directes de diphtérie, pratiquées avec plus d’héroïsme que de prudence, par le professeur Trousseau et par M. Peter, alors son chef de clinique, n'ont amené aucun accident, et cependant aujourd’hui, nous pouvons dire que la nature parasitaire et contagieuse de la diphtérie nous est absolument démontrée. Dans ces conditions-là, les tentatives suivies d’insuccès, dont nous parle M. J. Bergeron, sont loin d’être une preuve décisive; du reste, elles n’ont pas eu le moins du monde ce caractère pour son judicieux esprit.

Donc M. J. Bergeron et M. Netter, qui était alors son interne, ont recherché quel pouvait être le micro-organisme qui déterminait les divers symptômes de cette stomatite. Des échantillons de liquide sanieux, pris dans la bouche d’enfants atteints de stomatite ulcéreuse type, ont été soumis par eux à l’examen de M. Pasteur, et M. Pasteur pensa que l’agent morbigène devait être un microbe spirille. De fait, des examens ultérieurs montrèrent à MM. J. Bergeron et Netter que des spirilles semblables se retrouvaient dans tous les cas de stomatite ulcéreuse.

Ces spirilles étaient semblables à ceux qui ont été dé-

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crits par Obermeier comme constants dans le sang des malades qui succombent à la suite de la fièvre récurrente. Ils se montraient toujours sans double contour flexueux et très mobiles. M. Netter essaya vainement de les cultiver dans du bouillon de poulet, mais il réussit en ensemençant de la sérosité ascitique ou pleurale défibrinée, et en maintenant les tubes d’épreuve à la température de 38 degrés. Il constata alors que ces micro organismes se multipliaient, devenaient plus larges et moins flexueux. Mais, à mesure que la nouvelle colonie microbienne s’étendait, le liquide en était très fortement troublé et ne tardait pas à exhaler une odeur infecte. Tandis que d’autres microbes de la bouche, cultivés parallèlement dans un même milieu, se développaient sans que le liquide perdît de sa transparence et sans qu'il contractât la moindre odeur. Un lapin inoculé avec ces cultures ne présenta aucune lésion. M. J. Bergeron ne dit pas si d’autres expériences ont été faites, il ajoute seulement que M. Netter, continuant ses recherches, retrouva le même microbe sur un sujet sain, qui avait une mauvaise denture, mais sans la moindre lésion de la muqueuse.

Tels sont les travaux de M. J. Bergeron au point de vue du parasitisme de la stomatite ulcéreuse, ils manquent à cou]) sûr d’une sanction expérimentale, mais c’est un premier jalon et je devais vous le faire connaître. Il est à peu près certain que les deux observateurs dont je viens de vous parler ont vu un microbe tout à fait analogue à celui d’Obermeier, mais il est non moins certain que ce n’était pas celui-là; la meilleure preuve en est que le micro-organisme de la fièvre récurrente n’a jamais pu être reproduit par la culture, quel que soit le milieu employé. Du reste, nous insisterons sur les propriétés du microbe d’Obermeier en vous entretenant de la fièvre récurrente.

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