‹ Leçons sur les maladies microbiennesChapitre 121 sur 207 · ESTOMAC · texte numérisé non relu

ESTOMAC

Nous ne pouvons pas plus étudier ici les manifestations pharyngiennes ou angineuses des maladies virulentes que nous n’avons pu étudier les manifestations buccales de ces mêmes maladies. Que l’angine soit due aune fièvre éruptive ou à une autre affection microbienne, comme la morve ou le charbon, la manière d’être des micro-organismes nous présentera, au niveau de cette portion du tube digestif, soit des analogies dans ses manifestations générales, soit des particularités. Dans l’un ou l’autre cas, l’étude en sera faite avec les diverses maladies qui sont engendrées par les diverses bactéries que nous avons encore à décrire. Je dois cependant vous signaler l’opinion de M. le professeur Bouchard, qui considère comme infectieuses la plupart des amygdalites. Celte maladie présente souvent, il est vrai, les allures d’une maladie générale à réactions intenses, bien que la manifestation pharyngienne soit médiocre. Des néphrites, des orchites, des ovariles pourraient se montrer concurremment, déterminées par un seul et même processus microbien. D'après M. Bouchard, l’infection serait due à des bactéries logées dans les anfractuosités des amygdales, et n’attendant pour envahir l’organisme qu’une cause déterminante, telle que le refroidissement, le surmenage, etc. Quelle que soit l’autorité du professeur Bouchard, je crois qu’il est hon d’attendre des preuves bien irréfutables avant de rayer du cadre nosologique, l’amygdalite simple catarrhale, a frigore ,

L’estomac ne nous présente à étudier aucune bactérie pathogène déterminant constamment une maladie de l’organe, pas plus qu'il ne renferme de bactéries pathogènes qui, parlant de l’intérieur de sa cavité, puissent arriver à se généraliser. Une théorie encore vague que je vous exposerai à la fin de cet entretien 11e modifie pas la

MALADIES DU SYSTEME DIGESTIF

vérité de colle proposition. Dos microbes divers pénètrent dans l’estomac; les uns y sont apportés par les aliments, d’autres y sont apportés par l'air atmosphérique, fixés d’abord par la salive, puis déglutis avec elle. Enfin la quantité d’espèces qui ont été rencontrées dans cette cavité est très nombreuse, c’est encore une énumération que je me garderais de vous faire, à cause de sa longueur et de son inutile aridité. Il est cependant un de ces micro-organismes dont je veux vous dire quelques mots, à cause de sa présence fréquente dans l’estomac, et aussi parce qu'il a été accusé, par quelques auteurs, soit de provoquer les vomissements, soit surtout d’être le compagnon obligé de quelques maladies, notamment du cancer. Je me bâte de vous dire qu’une étude plus approfondie des faits a démontré qu’on le rencontre, non seulement dans les cas de cancer de l'organe, mais encore dans toutes les gastrites chroniques.

Ce microbe est la sarcine de l’estomac, il a été trouvé pour la première fois par Goodsir en 1842 dans un vomissement. Les sarcines se présentent le plus ordinairement sous la forme de petites masses cubiques ou allongées, formées par la juxtaposition d’éléments sphériques empilés les uns sur les autres, de telle sorte que leurs diamètres sont disposés en ligne droite. Il en résulte que les dépressions, concordant aussi très bien, la masse offre l’aspect d'un ballot qui serait lié par deux cordes enroulées dans deux directions perpendiculaires entre elles. C'est, du reste, de cet aspect que vient le nom de sarcina. Cet agencement provient de la division d’une cellule primordiale en deux, puis en quatre éléments absolument semblables, au bout d'un temps fort court. Mais souvent la subdivision ne se borne pas à ce stade. La segmentation continue et le petit ballot se compose de huit, seize, trente-deux ou soixante-quatre éléments. Le diamètre de chacun des éléments isolés

SARCINES

est d’environ 8 g, tandis que les dimensions des amas varient de 16 g à 50 p. L’aspect général de ces petits paquets est d’un jaune verdâtre. Quand un élément isolé a acquis un certain volume, il se produit sur lui un méridien qui bientôt l’étrangle et le divise en deux cellules nouvelles, qui chacune se segmentent à leur tour de la même façon, de telle sorte que ce nombre d’éléments du micro-organisme augmente suivant une progression géométrique. C’est la paroi cellulaire qui persiste pendant un certain temps, et qui maintient accolées les cellules nouvelles, qui proviennent de ce travail de segmentation. Au contact des acides, cette substance est dissoute et les éléments sont dissociés. On n’a jamais vu de spores aux sarcines, et le mode de reproduction que je viens d’indiquer est le seul qui soit connu.

Les cultures en sont faciles et tous les milieux leur sont bons si on a soin de les maintenir neutres. Elles ne liquéfient pas la gélatine et s'y développent assez promptement en diplocoques ou en chaînettes, sans jamais affecter la forme de ballot. Du reste, cet agencement ne se montre sur aucune culture solide ou liquide, il est spécial aux sarcines que l'on rencontre dans l’estomac. Un des meilleurs milieux de culture consiste en une décoction de foin, additionné d’un peu de glucose; dans ce mélange seulement, les paquets se montrent en vingt-quatre heures à la surface du liquide.

Les sarcines sont quelquefois très abondantes au sein des liquides contenus dans l’estomac, parfois elles y constituent un amas tellement dense que le pylore en est obstrué et que la mort en a été la conséquence. On les a retrouvées dans quantité de foyers gangreneux, en communication plus ou moins directe avec la cavité du tube digestif. D’où l’on a avancé que l’évolution gangreneuse était liée à la présence de ces micro-organismes, ce qui est loin d’êlre démontré. Il est sur cependant

MALADIES DU SYSTEME DIGESTIF

quelles rencontrent dans ces fovers des milieux très favorables à leur multiplication. Bien que Windmüeller ait essayé de donner une symptomatologie des troubles que la présence des sarcines occasionne dans l'estomac, il n’en est pas moins vrai que leur action, sur cet organe, est encore complètement inconnue; l'acescence, que l’on a cru en être l'effet, s'observe dans trop de maladies stomacales, pour que cet état constitue même une présomption. Du reste, nombre de fermentations peuvent acidifier le contenu stomacal. De ce fait qu'on a rencontré des sarcines dans certains vomissements périodiques, on n'en peut pas conclure non plus qu’elles sont la cause directe de ces vomissements. Elles ne paraissent agir, du reste, que lorsqu’elles se trouvent en très grande abondance dans l’estomac, et leur action tiendrait plutôt à un encombrement mécanique qu'à des propriétés morbigènes. Quoi qu'il en soit, lorsque leur présence est bien constatée, il est bon d’en débarrasser le tube digestif et de donner à cet effet quelques gouttes de créosote ou l’hyposulfite de soude, comme l’a conseillé Jenner. Quand on veut examiner si des matières vomies ne contiennent pas de sarcines, il convient de laisser reposer le liquide, les paquets tombent à la partie inférieure du liquide comme les sédiments de l'urine.

Bien qu’un grand nombre de bactéries arrivent dans l’estomac, ce serait une erreur de croire qu’on peut à tous les instants les retrouver avec leur forme et leur aspect ordinaire. Koch a démontré que le suc gastrique les détruisait promptement, et non seulement les empêchait de vivre, mais encore dissolvait en quelque sorte leur substance. En vous parlant de la tuberculose, je vous ai fait connaître les nouveaux travaux de MM. Straus el Würlz, sur l'action in vitro du suc gastrique mis en contact de certaines espèces de bactéries pathogènes. Je ne vous redis pas ce qui est relatif aux expériences

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