‹ Leçons sur les maladies microbiennesChapitre 122 sur 207 · ACTION DU SUC GASTRIQUE · texte numérisé non relu

ACTION DU SUC GASTRIQUE

faites sur le bacille de la tuberculose, vous n’avez pas oublié qu'il ne lui faut pas moins d’un contact de dix-buit heures pour être tué. Le bacille du charbon succombe après une demi-heure d’immersion dans le suc gastrique, et ses spores ne résisteraient pas plus longtemps, s’il faut en croire ces deux auteurs. Le bacille d’Eberth et le bacille cholérigène sont détruits après deux heures de séjour dans le suc gastrique. A propos de ces expériences, à coup sûr très intéressantes, il est, je crois, opportun de remarquer la profonde différence qui existe entre les résultats qu’elles donnent, et ce qui se passe dans la réalité de la vie. Un contact aussi prolongé ne s’observe jamais entre les bacilles et le suc gastrique; mélangés aux aliments, les bacilles sont entraînés avec la pâte cbymeuse sans que le contact puisse jamais avoir une durée comparable à ce que l'on peut artificiellement produire dans les expériences de laboratoire.

Quoi qu’il en soit, MM. Straus etWürtz sont d’accord avec Ivocb sur ce point capital : c’est bien l’acide chlorhydrique contenu dans le suc gastrique, qui est l’agent destructeur des micro-organismes. Par les mouvements que l’estomac imprime au bol alimentaire, l’organe met successivement chacune des parties de cette masse en contact avec le suc gastrique, de telle sorte que les microbes subissent tous son action destructive. Mais il peut arriver, et il arrive souvent que certaines bactéries échappent à ce contact, et alors, pénétrant dans l’intestin, elles peuvent y déployer leurs propriétés nocives. D’autres bactéries ne souffrent nullement du contact du suc gastrique. C’est le cas du bacillus amijlobacter, dont la présence est constante dans la panse des ruminants où, nous l’avons déjà dit, il est le premier agent de la digestion de la cellulose. On y rencontre aussi très souvent une bactérie contournée qui présente de grandes analogies avec le bacillus subtilis. Ce micro-

MALADIES DU SYSTÈME DIGESTIF

organisme respecté, lui aussi, par l’action du suc gastrique, paraît, comme le bacillus amylobacter, jouer un certain rôle dans les phénomènes de la digestion, car l'influence des bactéries comme agents de digestion stomacale se pose ici de même qu'elle se pose pour les premiers phénomènes de la digestion buccale.

Dans le mémoire de M. Yignal, dont nous avons déjà eu l'occasion de vous parler dans le courant de cette conférence, il est démontré que certains microbes trouvés dans la bouche et qui, là, se sont mélangés avec les aliments, accompagnent ceux-ci jusque dans l'estomac et qu’ils continuent à vivre et à agir même en présence du suc gastrique, sans influence sur eux. Ces microbes sont de ceux dont l’action s'exerce sur l’albumine et la librine qu’ils dissolvent ou qu’ils convertissent en peptones. D'un autre côté, M. le professeur Dastre a fait de nombreuses expériences pour accomplir des digestions artificielles, in vitro , en s’environnant de toutes les précautions voulues pour éloigner des matières on expérience toute influence microbienne. Tl a constaté qu’au bout d'un certain temps, la digestion ne fait plus aucun progrès, les matériaux qui sont réduits à l’état, de poudre insoluble restent indéfiniment en cet état sans que leur digestion puisse s’achever. Comme vous le voyez, pour la digestion stomacale comme pour l’action salivaire, le rôle des microbes n'est pas encore connu, mais tout donne lieu de penser que dans la bouche comme dans l’estomac, une action microbienne est indispensable à l’accomplissement des phénomènes digestifs. Nous retrouverons cette question à propos des microbes de l’intestin, et nous verrons que, là aussi, les micro-organismes interviennent comme facteurs des phases digestives ultimes. Par conséquent, depuis le commencement jusqu’à la fin, la digestion s’effectue avec le concours des micro-organismes. 11

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