‹ Leçons sur les maladies microbiennesChapitre 123 sur 207 · DILATATION DE L'ESTOMAC · texte numérisé non relu

DILATATION DE L'ESTOMAC

est fort probable que cl’ici peu de temps toute la partie chimique des phénomènes digestifs sera à refaire, et que les notions que nous possédons actuellement à ce sujet seront bouleversées de fond en comble.

Quoi qu’il en soit, en supposant même que certains microbes échappent à l’action ilu suc gastrique pour continuer leur œuvre digestive, il n’en est pas moins vrai qu’un très grand nombre est tué par l’action de ce suc. Les expériences de Koch sont, à cet égard, on ne peut plus démonstratives; nous allons voir, du reste, quels sont les désordres qui sont le résultat de la non-destruction microbienne, quand, pour une cause quelconque, le suc gastrique ne peut pas procéder à l’anéantissement de tous les micro-organismes qui ont accompagné le bol alimentaire jusque dans la cavité de l’estomac.

Vous savez, messieurs, le rôle considérable que joue la dilatation de l’estomac dans les maladies de cet organe. M. le professeur Bouchard a surtout appelé l’attention sur cet état, il l’a magistralement étudié, et il a montré quelles sont les conséquences qui en découlent pour l’économie tout entière. L’estomac dilaté peut l’être par bien des causes, que je dois vous indiquer rapidement, car elles vous feront bien comprendre l'un des facteurs de la série des phénomènes morbides qu’il entraîne toujours. Il y a d’abord les lésions qui sont sous la dépendance d’une affection organique rétrécissant l’estomac, soit au pylore, soit sur un autre point de sa cavité. Si l’obstacle siège au pylore, il y a dilatation en amont de l’obstacle; si une autre partie est détruite par les néoplasmes ou comprimée par eux, il y a une dilatation compensatrice de la surface stomacale restée libre. 11 y a ensuite la dilatation paratonie ou adynamie nervo-musculaire; enfin, dilatation par surcharge alimentaire habituelle. Vous n’avez pas oublié qu’il faut,

MALADIES DE SYSTEME DIGESTIF

pour que le suc gastrique détruise les microbes, deux choses essentielles : il faut d'abord que le liquide soit mis au contact des micro-organismes, ceci est tout à fait élémentaire ; il faut, en outre, que le suc stomacal possède assez d’acide chlorhydrique pour accomplir son action microbicide. Vous savez aussi que c'est en brassant le bol alimentaire, que l’estomac met toutes les parties de cet amas en contact avec le suc gastrique. Vous avez appris, dans vos cours de pathologie, que la lésion humorale constante des affections carcinomateuses de l’estomac était l’absence ou tout au moins la diminution considérable de l’acide chlorhydrique du suc gastrique. Pour MM. Debove et Lépine, ce serait un signe pathognomonique qui permettrait de porter à coup sùr le diagnostic de cancer de l’estomac. Dans les cas de dilatation de l’estomac, soit par suite d’atonie musculaire primitive ou déterminée par une alimentation quotidiennement trop abondante, il y a toujours diminution de la quantité de suc gastrique et aussi probablement indigence d’acide chlorhydrique.

Ainsi donc, dans toute dilatation stomacale, quelle qu’en soit l’origine, il existe des degrés divers, d'abord une altération dans la composition chimique du suc gastrique, et, en second lieu, une dilatation du ventricule. Vous comprenez que la gastrectasie, considérée en ellemême et en l’isolant de la composition vicieuse du suc gastrique, constitue une lésion sérieuse, attendu que l’organe qui, à l’état normal, présente une capacité d'environ 800 centimètres cubes, peut être dilaté jusqu'au point de contenir 2, 3, 5 litres et même beaucoup audessus. De cet ensemble, il résultera donc toujours que, par suite de la dilatation, l'estomac ne pourra pas brasser suffisamment le bol alimentaire, que les mouvements qu’il imprimera à cette masse seront absolument insuffisants pour que toutes ses parties viennent succès-

Page 1