‹ Leçons sur les maladies microbiennesChapitre 124 sur 207 · DILATATION DE L’ESTOMAC · texte numérisé non relu

DILATATION DE L’ESTOMAC

sivement au contact du suc gastrique, et en second lieu que le suc, n’ayant plus sa composition normale, sera impuissant à détruire les germes nombreux contenus dans cet amas nutritif. Le résultat sera donc celui-ci : le bol alimentaire conservera en lui tous les germes qu’il a apportés du dehors. Nous allons voir quelles sont les conséquences de cet état de choses.

On peut dire d’un seul mot ce qui se passe dans ces cas-là. Les matériaux alimentaires, placés dans un réservoir plus ou moins inerte, et maintenus à une température de 37 degrés, ne se digéreront pas, mais se putrilieront. Les bactéries continueront à vivre et à se nourrir dans ce milieu, c’est-à-dire à donner naissance à tous les phénomènes que nous avons étudiés en vous entretenant des fermentations putrides : absorption de l’oxygène et mise en liberté du gaz à l’état de combinaison avec lui dans les substances alimentaires. Les microbes anaérobies, ensevelis au milieu de la niasse chymeuse immobile, y sont fort à l'aise pour accomplir leur besogne active de décomposition. Les nombreux ferments contenus dans les aliments, notamment ceux encore très abondants que contient le pain non suffisamment cuit, dans l'une ou l’autre de ses parties, continueront leur œuvre de dissociation des éléments gazeux. Ceux-ci, mis en liberté, mais maintenus au contact de matières en voie île décomposition, ne tarderont pas à se combiner avec quelques-uns des corps dont ce travail a effectué le dégagement. De plus, emprisonnés et dilatés par la température, ils agissent en distendant les parois et accentuent la lésion, jusqu’à ce que leur abondance même les contraigne à se créer une voie, soit vers l’œsophage, soit vers le tube intestinal. Le fait de la dilatation prolonge la durée de cet état de choses en empêchant l’estomac, devenu plus ou moins inerte, de chasser dans l’intestin cette masse dont la putréfaction va s’accentuant, et

MALADIES DU SYSTÈME DIGESTIF

d’un autre côté, les gaz abondants maintiennent cette dilatation et empêchent dans une certaine mesure l'estomac de se contracter. Y éi’itable cercle vicieux qui. s'il était complet, c’est-à-dire si l'estomac, absolument dépourvu de toute vitalité, était devenu radicalement inerte, conduirait fatalement à la mort, à moins qu'une intervention extérieure ne vînt le délivrer de cette masse putréfiée. Heureusement, les choses n’en viennent jamais à cette extrémité, et l'estomac conserve encore un peu de vitalité pour lui permettre, au bout d'un temps plus ou moins long, de faire passer dans l’intestin la masse chymeuse qui a déjà séjourné trop longtemps dans sa cavité. Dès lors, si le tube intestinal est intact, le bol alimentaire sera mis en rapport avec d’autres liquides qui le débarrasseront dans une certaine mesure des micro-organismes.

A côté de celle action des microbes que nous venons de vous faire connaître, il en est une autre que nous ne devons pas perdre de vue, dont la répétition quotidienne ne laisse pas que d’influer à la longue sur la santé générale, et cela d’une façon désastreuse, méritant parfaitement le nom d’auto-infection qui lui a été donné parle professeur Bouchard; je veux parler de ce corollaire obligé do la vie microbienne dont nous vous avons si souvent entretenus, la formation des plomaïnes, déchets organiques de la vie bactérienne où qu’elle ait lieu. Suivant le degré de la dilatation, le bol alimentaire séjourne plus ou moins longtemps dans l es- Lomac et la digestion se prolonge, dans quelques cas, bien au delà des limites normales. C'est ainsi qu'il n’est pas rare de trouver dans le ventricule des matières ingérées depuis douze, quinze, vingt heures. Pendant tout ce temps-là, les bactéries ont vécu et par conséquent ont mis des ptomaïnes en liberté ; celles-ci se sont mélangées aux aliments et les ont viciés plus ou moins

Page 1