ACTION DU SUC GASTRIQUE
complètement. L’absorption de ces matières toxiques par l’intestin finit à la longue par déterminer un trouble profond de la nutrition, et par créer un ensemble désigné sous le nom de cachexie. C’est cet état cachectique souvent très nettement caractérisé, qui constitue l'état décrit sous le nom de faux cancer de l’estomac, état qui quelquefois jette les malades dans un marasme aussi profond et aussi grave que celui qui caractérise le véritable cancer de l'organe. L’action destructive exercée par le suc gastrique, à l’aide de l’acide chlorhydrique qu'il contient, ne se borne pas à la destruction des microbes contenus dans les aliments. Les travaux de MM. Straus et Würlz ont montré que le pouvoir destructeur du liquide stomacal s’exerce aussi sur les bactéries pathogènes. Par conséquent, lorsque l’estomac sera dilaté, les microbes pathogènes auront bien peu de chance d’être détruits dans l’intérieur de l’organe. Aussi M. le professeur Bouchard a-t-il signalé la facilité avec laquelle les malades atteints de dilatation contractent les maladies infectieuses, la fièvre typhoïde notamment.
Celte destruction par l’estomac des bactéries pathogènes ou vulgaires est certainement le trait caractéristique de la physiologie de cet organe. Cette action est tellement caractéristique que, aux yeux de quelques auteurs, elle deviendrait la fonction prépondérante, peutêtre unique, dévolue à l’estomac. Il est, en effet, digne de remarque, que l’estomac n’accomplit complètement à lui seul aucune phase digestive. Si les glandes à pepsines commencent la peptonisation des matières albuminoïdes, c’est au pancréas qu’appartient la peptonisation complète, et l’action pancréatique est autrement importante au point de vue du résultat obtenu. N’est-il pas du reste surabondamment démontré que, dans plusieurs circonstances, l'intestin peut parfaitement suppléer l’estomac et effectuer à lui seul la digestion, sans que l’estomac ait CA B A DÉ 27
MALADIES DU SYSTEME DIGESTIF
mis en œuvre ses facultés digestives. La méthode de M. Debove dans le traitement de l'ulcère rond, méthode qui consiste à remplir l’estomac d’alcalins sans s’inquiéter des fonctions chimiques de ce réservoir, démontre bien que l’on peut à volonté annihiler l’intervention digestive du ventricule, sans amener de perturbation notable dans le résultat final delà digestion.
11 serait sans doute excessif d’accepter celte manière de voir d’une manière absolue et de refuser à l’estomac toute action digestive proprement dite. Cependant il est incontestable que son action destructive des microorganismes est certainement, de toutes ses fonctions physiologiques, celle qui est la plus importante, et nous savons les conséquences qui découlent pour la santé générale de l’accomplissement nul ou imparfait de cette action microbicide.
En terminant cet entretien sur les elfels des microorganismes contenus dans les premières voies digestives, je tiens à vous dire quelques mots sur l’influence attribuée aux microbes dans la pathogénie d’une maladie spéciale à l’estomac, l’ulcère rond ou ulcère simple. Bôttcher, ayant eu maintes fois occasion de constater la présence de bactéries dans les parties de la muqueuse qui environnent l’ulcère simple de l’estomac, leur a attribué, jusqu’à un certain point, un rôle actif dans la production de cette perte de substance. De plus, et il a insisté sur ce fait, la prolifération des éléments embryonnaires, que l’on rencontre autour des ulcères, présente des caractères qui la rattachent directement aux infiltrations embryonnaires qui, d’après les auteurs allemands, accompagnent toutes les maladies microbiennes. Celle manière de voir reçoit une sanction de ce fait, très communément observé : qu’il existe un grand nombre de maladies dont la nature bactérienne ne saurait être révoquée en doute, qui produisent de
ULCERE SIMPLE
véri Labiés ulcérations de l’estomac, par exemple la tuberculose, le charbon, la fièvre typhoïde. Les travaux de MM. Cornil et Kanvier, ainsi que ceux de M. Chauffard, ont démontré que, dans les cas d’ulcérations liées à un processus bactérien, on trouvait toujours une infiltration embryonnaire dans les parties profondes de la muqueuse stomacale; il en est de même pour les lésions qui relèvent de la syphilis. Comme vous le voyez, les travaux de l’école française sont en accord parfait avec les travaux de l'école allemande.
D’autres auteurs plus éclectiques ont signalé un processus pour la formation de l’ulcère de l’estomac, dans lequel les microbes jouci’aieut certainement un rôle, mais un rôle secondaire. Pour ceux-ci, la lésion initiale pourrait commencer à être produite par des causes diverses, mais une fois que l’épithélium de la muqueuse stomacale aurait été altéré dans sa structure, une ou plusieurs espèces microbiennes viendraient s’implanter sur cette première effraction et s’y développer, l’accentuant et lui faisant, en lin de compte, revêtir la forme d’ulcère parfait. Il se passerait là quelque chose d’analogue à ce dont ouest témoin pour le muguet, qui s’implante souvent sur une surface, dès quelle lui présente accidentellement un milieu où il pourra vivre et se développer.
Voilà les seules théories qui admettent une intervention microbienne directe pour la production d’une maladie spéciale à l’estomac et primitive sur cet organe. Vous voyez que ce ne sont là que des vues manquant encore de la sanction expérimentale et que, jusqu’à plus ample informé, jusqu’à production de faits expérimentaux, nous devons nous tenir sur la plus grande réserve, nous garder d’adopter une manière de voir encore si dénuée de preuves positives. Ce que nous savons déjà de l’ulcère de l'estomac nous fait-il entrevoir comme
MALADIES DU SYSTEME DIGEST1E
probable la confirmation de l'origine bactérienne de celte théorie? Ce serait là une étude très intéressante, à coup sûr, mais qui nous entraînerait trop loin et surtout qui sortirait beaucoup trop du cadre que nous nous sommes tracé. Cependant, je dois vous dire, qu'à mon sens, les travaux de M. Debove sur la thérapeutique de l’ulcère, par les alcalins à haute dose, ont jeté sur la question un jour inattendu. J’estime que les cellules de l'estomac (qui peut-être de toute l'économie sont celles dont la ressemblance à l'un des micro-organismes que nous étudions est la plus frappante), ne sauraient vivre longtemps dans un milieu trop acide; qu'à cette vie, dans un tel milieu, elles s'usent promptement, se consumant en quelque sorte dans un travail de résistance qui les conduit à emprunter à leur propre substance les matériaux capables d’atténuer les etl’ets de cette acidité, mais qui finit par altérer leur composition chimique et, par contre, leurs propriétés. Dès lors, leur existence n'est plus possible, elles tombent, constituant la première manifestation de l'ulcère et elles ne sont pas remplacées, parce que le milieu acide subsistant toujours, et son action ayant pu déterminer la mort d’éléments adultes, constituera à l’accroissement des jeunes éléments un obstacle absolu. Dès lors, l'ulcère est établi.