ACTION DIGESTIVE
qu’une opération chimique, il y a incontestablement pour l’effectuer deux ordres de micro-organismes travaillant de conserve, les éléments anatomiques et les nombreux microbes du tube digestif.
M. Jeannereta démontré que le suc pancréatique contenait normalement des bactéries et des spores. Landvvebr a prouvé que ce liquide ne procède plus au dédoublement des graisses, comme l’avait indiqué Cl. Bernard, s’il est dépouillé de tous les micro-organismes qu’il renferme. Nous savions déjà que la salive devient aussi sans action sur les matières amylacées, quand les microbes ont disparu de ce produit de sécrétion. Si le temps dont nous disposons nous permettait de vous présenter quelques données physiologiques, je vous exposerais le résultat des nouvelles recherches en ce qui a trait aux digestions. Vous verriez alors (jue toutes les expériences tendent à démontrer, que tous les sucs digestifs agissent dans un même sens et peuvent se suppléer les uns les autres. L’amidon est converti en glycose par la salive, et aussi par le suc gastrique, parle liquide pancréatique et par -le suc intestinal. D’un autre côté, que la salive soit légèrement acidifiée, et elle transformera les matières albuminoïdes. En un mot, unité d'action dans tout le tube digestif, et cela, parce que d'un bouta l’autre on retrouve les mêmes bactéries que l’on peut suivre de la bouche à l’anus, comme l'a fait M. Yignal. Leur action commence dans la bouche et là, se mélangeant avec les aliments, elles accompagnent le bol nulrilrif en continuant leur action vitale et en se multipliant dans les proportions que vous savez.
Bienstock, dont je vous ai déjà cité le travail, a isolé deux bacilles du liquide intestinal; l’un d eux attaque l’albumine, l’autre transforme les hydrocarbures en alcool et en acide lactique. Brieger, de son côté, aflirme qu'un microcoque de l'intestin convertit parfaitement le
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sucre il e canne en alcool. Le baril lus coli communis. que l'on rencontre toujours en si grande abondance dans l’intestin, coagule le lait cl Iranforme le glvcose en alcool ; il dissout aussi lentement la fibrine. Le bacUlus mesentericus vulgatus de Koch dissout également la fibrine et le gluten, intervertit le sucre de canne, saceharifie l’amidon et transforme la lactose en acide lactique et butyrique. Enfin, M. Yignal. au mémoire duquel j’emprunte tous ces détails, assure avoir retrouvé d'autres bactéries également douées d’un pouvoir digestif incontestable, plusieurs espèces dissolvant l’albumine. Cinq espèces dissolvent la fibrine, quatre dissolvent le gluten, une saccbarifie l’amidon, une autre la fécule, plusieurs coagulent le lait et dissolvent la caséine. Enfin, la lactose est transformée en acide lactique par dix espèces bactériennes, et le glvcose en alcool par un nombre à peu près semblable de microbes.
IN’ y a-t-il pas là, je vous le demande, un ensemble d’actions digestives ? et n'avons-nous pas tout lieu de croire que l’avenir, utilisant et coordonnant ces résultats encore un peu confus, saura faire une synthèse de toutes ces actions diverses, et fournira la preuve qu'il n’est pas plus de digestions sans microbes qu’il n'est de putréfaction sans leur concours.
La première des deux maladies bactériennes dont l’intestin est le siège est la dysenterie. 11 y a peu de temps encore, la nature microbienne de la dysenterie était inconnue. La démonstration du micro -organisme pathogène n'avait pas été faite et si quelques esprits n’hésitaient pas à la faire rentrer dans la classe des maladies infectieuses, d'autres peut-être en plus grand nombre voulaient la conserver dans la liste des maladies ordinaires nées sous une influence cosmique inconnue. C’est qu'en effet, un des arguments principaux sur les-
CONTAGION
quels on s’appuie d’ordinaire, pour classer une maladie parmi celles qui sont indiscutablement d’ordre microbien, la contagion, était et est encore très sérieusement contestée pour la dysenterie. Bien que les partisans de la contagiosité aient apporté à l’appui de leur dire des faits on ne peut plus significatifs, leurs adversaires n’ont jamais désarmé. Dernièrement, M. Rochard déclarait à l’Académie de médecine qu’il ne considérerait jamais comme une maladie contagieuse une maladie qui, pour se produire chez un individu, ne demandait autre chose, dans les pays chauds, qu’une nuit passée à la belle étoile sous d’insuffisantes couvertures. Les médecins militaires, qui ont eu si fréquemment occasion d'observer la dysenterie, étaient eux-mêmes très divisés, et dans chaque camp on pouvait énumérer une longue liste de personnalités marquantes croyant à la contagiosité ou la repoussant. Notez que cette discussion divisait ainsi les esprits depuis les temps les plus reculés de la médecine jusqu’à nos jours. Maintenant que la nature de la maladie est révélée d’une façon indiscutable, nous sommes forcés d’avouer que la doctrine de la contagion a bien des chances pour être généralement adoptée.
De tout temps, les partisans du pouvoir contagieux de la dysenterie ont admis que la communication de la maladie prenait le plus souvent pour intermédiaires, soit les déjections alvines, soit l’eau. Pringle citait des cas dans lesquels un régiment, n’ayant aucun cas de dysenterie, voyait immédiatement apparaître la maladie dès qu’il se servait de latrines ayant précédemment reçu de nombreuses déjections dysentériques, et l’épidémie cessant dès que ces retraits étaient abandonnés. Plusieurs autres cas semblables étaient signalés par de nombreux auteurs. Fréquentes aussi étaient les épidémies éclatant brusquement chez des gens indemnes dès qu’ils s’abreu-
DYSENTEHIE
vaient à certains puits, dans les environs desquels on avait répandu des déjections dysentériques à la surface du sol. La contagion étant admise, c’est certainement par l'un de ces deux moyens qu'elle doit s’effectuer.
L’apparition des épidémies, leur marche et leurs procédés d’extension, la manière dont elles s'éteignaient, le peu d’influence (pie paraissaient exercer certaines substances alimentaires, les fruits par exemple, dans leur production; des conditions d'àge, de régime, de climat, de soins hygiéniques identiques permettant de voir chez les uns de nombreux cas de dysenterie, tandis que les autres en étaient indemnes, tout cela conduisit quelques esprits doués d’un grand sens clinique, Trousseau par exemple, à déclarer qu’il y avait quelque chose d’inconnu, cause efficiente de la maladie. Quant à ceux pour lesquels la dysenterie était une maladie ordinaire, produite uniquement par certaines causes climatériques, parmi lesquelles on invoquait les brusques variations de température, ce qui n’était contesté par personne comme cause favorisant l’apparition de la dysenterie, ils recommençaient sans se décourager la longue énumération des causes banales tant et tant de fois invoquées, les mauvaises conditions hygiéniques, l’encombrement, la viciation de l’air, la nourriture insuffisante, toutes causes qui produisaient la dysenterie, on ne sait trop pourquoi, attendu qu’elles auraient tout aussi bien pu produire, d'après eux, une quelconque des nombreuses maladies pour lesquelles elles étaient invoquées comme cause unique.
L’honneur d'avoir démontré l’agent pathogène de la dysenterie appartient sans contestation possible à deux savants français, MM. Widal et Chantemesse. Leur découverte date d’un peu plus d’un an, car c’est dans la séance de l’Académie de médecine du 17 avril 1888. que leur mémoire a été présenté par le professeur Cornil.
BACILLE DYSENTÉRIQUE 427
Avant eux cependant, divers auteurs avaient retrouvé des micro-organismes dans les lésions dysentériques. Ziégler et Prior avaient décrit des microcoques; Babès avait réussi à -colorer des bacilles, des diplocoques et des spirilles; Koch avait constaté de nombreuses monades; Ileubner soupçonna un bacille d’être l’auteur des lésions; enfin, MM. Normand et Desmons avaient décrit une série variée de micro-organismes. Mais aucun de ces savants n’avait décrit un microbe unique, constant, capable d’être reproduit par la culture et de déterminer, sur les animaux, certaines lésions. MM. Widal et Chantemesse, dans une série d’observations faites sur des dysentériques, ayant importé en France une dysenterie des pays chauds, provenant du Sénégal, de Cayenne ou du Tonkin, ont retrouvé constamment un bacille toujours identique, dont l’existence dans les garde-robes normales de l’homme sain n’a jamais été constatée. Ce bacille se retrouve abondamment pendant la vie des malades, dans leurs déjections, et l’autopsie soigneusement laite révèle sa présence dans les parois de l'intestin, dans les ganglions mésentériques et dans la rate. C’est là vraiment le micro-organisme pathogène. Le bacille se présente sous forme de bâtonnets à mouvements lents, se colorant mal par les couleurs d’aniline. Leur largeur est de beaucoup inférieure à leur longueur, mais elle peut augmenter dans les cultures et sur certains milieux, cet accroissement pouvant ne porter que sur une partie de leur surface; il n'est pas rare de les voir alors devenir comme ventrus. Leurs extrémités sont arrondies. Ils se sont toujours montrés sans spores.
Très abondants à la surface de l’intestin, les bacilles se retrouvent encore dans les culs-de-sac glandulaires, entre les tubes; ils infiltrent la membrane celluleuse très épaissie et enflammée. Leur présence dans les ganglions mésentériques et dans la rate n’est pas douteuse; elle