DYSENTERIE
est constatée autant par la vue, que par les cultures sur milieux favorables.
La reproduction du bacille par la culture esL facile, car il n'est pas exigeant sur le choix des milieux; le bouillon, la gélatine, la gélose, la pomme de terre lui permettent également bien de se multiplier. Les colonies prennent un aspect spécial; elles se présentent d’abord sous forme d’une tache claire, bientôt elles prennent une teinte jaunâtre et paraissent constituées par la réunion de deux cercles concentriques, dont l'intérieur est plus foncé que l’extérieur. Plus tard, leur aspect devient blanchâtre et granuleux. Leurs proportions ne dépassent jamais celles d'une lentille. Cultivées dans des tubes de gélatine, ces colonies forment à la surface de cette substance une pellicule blanchâtre qui n’atteint jamais les parois du verre; du reste, la gélatine n’en est pas liquéfiée. Les cultures sur pomme de terre forment rapidement des taches jaunes et sèches. L’eau de Seine stérilisée leur est un milieu très suffisant, car leur multiplication y est très énergique.
Des cobayes, nourris d'aliments, sur lesquels des cultures pures ont été répandues, ne paraissent pas indisposés pendant les premiers jours; sacrifiés au bout de huit jours de ce régime, on trouve constamment sur leur estomac quelques ulcérations grosses comme une petite lentille. La première partie de leur gros intestin est distendue, les parois en sont épaissies et parsemées de taches ecchymotiques; on constate en outre qu'elles sont infiltrées de microbes. Ces diverses lésions sont, de beaucoup accentuées si les liquides de l’intestin et de l'estomac ont été préalablement alcalinisés; dans ce cas, les ulcérations sont fréquentes, ce sont de larges plaques recouvertes de fausses membranes pultacécs, reposant sur des parois indurées. L’injection intrapéritonéale de ces cultures fait périr les animaux
INOCULATIONS
au bout de deux ou trois jours, avec des péritonites, des péricardites ou des pleurésies fibrineuses, eL le bacille se retrouve dans les fausses membranes.
Si, après laparatomie, on dépose des portions de cultures dans l'intestin, on retrouve au bout de huit jours les parois du gros intestin épaissies et sa cavité remplie d’une matière diarrhéique riche en microbes. La muqueuse est gonflée, ecchymosée, ulcérée, il y a hypertrophie des ganglions et des follicules clos. Ces lésions sont réunies en foyers, au niveau desquels les tuniques intestinales, dans toute leur épaisseur, sont infiltrées de bacilles; les follicules clos semblent être le point de départ de ces foyers. Le foie présente des nodosités morbides, dans lesquelles les espaces portes semblent altérés, et présentent des nécroses de coagulation ; les bacilles se retrouvent aussi en très grande abondance dans les capillaires du foie. En quelque lieu qu’on retrouve les bacilles, on peut, en les transportant sur un milieu convenable, en faire des cultures pures.
Telles sont les données importantes que nous fournit le mémoire de MM. Widal et Chantemesse sur le bacille pathogène de la dysenterie. Examinons maintenant, d’après ce que nous savons de son action et des principaux symptômes de la dysenterie, si sa présence nous fournit une suffisante explication des phénomènes morbides observés. Et d’al )ord, anatomiquement, nous avons la preuve irréfragable, par les expériences dont je vous ai parlé, que sa présence suffit pour provoquer des lésions identiques à celles de la dysenterie. De plus, nous pouvons dire que cet état anatomique est le seul point de départ des troubles morbides, que le microbe, en un mot, n’a d’autre action que celle qui résulte de sa prolifération ; qu’il agit par lui-même, et non par les plomaïnes qu’il sécrète, puisque les animaux, alors
DYSEMEIUE
même qu’ils présentent les lésions dysentériques les plus caractérisées, ne paraissent pas en être troublés dans leur étal général. L’infiltration bacillaire des tuniques intestinales, si constamment observée, soit sur l'homme, soit sur les animaux en expérience, nous explique parfaitement la formation des ulcères et les chutes plus ou moins importantes de lambeaux de muqueuse qui reposent sur un fonds dont la composition normale a été altérée du fait de l’invasion microbienne. Ne trouvant plus les conditions de vie normale, la muqueuse tombe et se nécrose sur une étendue variable. Le fait de cette chute, ainsi que les phénomènes anatomiques qui la précèdent, nous indiquent aussi comment les innombrables germes des microbes pyogènes peuvent s’implanter sur ce point et déterminer la production de pus, avec toutes les infiltrations qui peuvent en procéder, de même que les accidents d'infection purulente, qui paraissent jouer dans la dysenterie un rôle encore trop peu étudié. Il est, du reste, très admissible de supposer que la présence de nombreux microbes dans le gros intestin détermine la production de diverses lésions secondaires et aussi de divers symptômes.
Les expériences sur les animaux, de même que les autopsies de dysentériques, nous montrent que le foie est toujours le siège de lésions; il est bien entendu que nous devons soigneusement écarter de celles-ci les cas de suppuration du foie ou d'abcès métastatiques provoqués par une infection purulente. Toujours est-il que. par suite des lésions fonctionnelles que déterminent les microbes, la bile cesse de couler dans l’intestin et les déjections en sont totalement dépourvues; c’est à cela qu’il faut certainement attribuer tous les phénomènes gastriques, et la thérapeutique tout entière semble graviter autour de cet objectif, i amener dans l'intestin la bile absente. Il semble, en effet, que l’état des ma-