‹ Leçons sur les maladies microbiennesChapitre 141 sur 207 · BOUTON DE BISKRA · texte numérisé non relu

BOUTON DE BISKRA

naître en France. Chez nous, on la rencontre seulement soit sur des individus qui viennent des pays tropicaux, soit sur des Français qui ont été contaminés par eux. La dénomination de cette maladie est très variable et on lui donne le plus souvent le nom de la localité où elle été contractée : bouton de Biskra, de Gafsa, d’Alep, du Nil, de Delhi, bouton Indien, etc. Comme toujours, on s’était évertué à en décrire des variétés nombreuses et à forger mille hypothèses pour expliquer sa présence. Sueurs abondantes, action du sable brûlant, réverbération solaire, etc., toutes ces théories ont régné jusqu’en 1884, époque à laquelle M. Duclaux a démontré que la maladie était due à un microbe et que toutes les dénominations diverses répondaient à une lésion identique, constituée par un seul et même microorganisme, quel que soit l’endroit où il était observé. Cette maladie consiste en un ou le plus souvent plusieurs boutons, dont le nombre peut s’élever à quarante ou cinquante. Ces boutons sont confluents ou disséminés, ils présentent l'aspect d’un chancre mou ; leurs bords sont taillés à pic. Un bourrelet dur à fond violacé et fongueux leur sert de base, le tout est le plus souvent recouvert et comblé par une croûte brunâtre. Cette ulcération est très contagieuse, ces boutons sont facilement auto-inoculables, et le grattage est d’ordinaire le procédé par lequel ils se multiplient. L’inoculation se fait le plus souvent au niveau d’une ulcération ou d’une petite pustule commune. Toutes les médications sont impuissantes, et le bouton guérit tout seul au bout d’un temps qui varie entre six mois et deux ou trois ans. M. Duclaux a démontré que l’agent pathogène était une bactérie sphérique, toute petite, de 0.3 à \ p de diamètre, pouvant se montrer soit isolée, soit réunie en diplocoque. Le plus souvent, ces micro-organismes sont mélangés, dans la cavité du bouton, à divers microbes

INOCULATIONS

de la suppuration, h' mitroccus pyogenrs aurons surtout. ('/est là ce qui explique le lait de la diversité des microbes que l’on a pu trouver dans le bouton deGafsa.

Ces micro-organismes se cultivent facilement -ur les milieux les plus variés. M. Duclaux les a cultivés dans du bouillon de veau neutralisé, où ils se reproduisaient rapidement sous forme de microcoques isolés ou réunis <m zooglées; le bouillon en est promptement troublé. Us se reproduisent bien aussi très bien sur plaques de gélatine, qu'ils liquéfient avec rapidité. Sur la gélose et sur la pomme de terre, ils donnent des colonies sous forme de tacbes d'abord blanches, qui deviennent ensuite d’un jaune orangé.

C’est surtout en expérimentant sur des animaux que l’on saisit bien la différence qui existe entre le microbe du clou de Gafsa et le micrococcus pyogènes (tueras. Tandis que ce dernier donne toujours lieu à la suppuration, le premier détermine, s'il est inoculé à la lancette, sur l’oreille du lapin, une poussée déboulons qui sont identiques à ceux qu’on observe chez l'homme. Les cultures diluées dans l'eau distillée, et in jectées dans leveines du lapin, tuent rapidement cet animal, en déterminant soit une péricardite, soit une thrombose du cœur, ou encore une apoplexie pulmonaire. 11 n’est pas rare de voir les clous que déterminent les inoculations se gangrener à leur sommet.

Les cultures sont d'autant plus virulentes qu elles sont plus fraîches, et le caractère de la lésion produite par inoculation varie suivant le degré de virulence de la culture inoculée. Le bouton devient de moins en moins profond, induré et croùteux, à mesure que la virulence de sa culture s'affaiblit. Une culture datant de deux mois, devient tout à fait inoffensive. Mais il est à remarquei que lorsque ces bactéries ain«i devenues inertes par un séjour longtemps prolongé dans un même milieu.

LEPRE

sont transportées dans un milieu nouveau et n’ayant pas servi de support à une éclosion microbienne antérieure, elles récupèrent promptement leur virulence, ce qui prouve une fois de plus l’inlluence des milieux sur les microbes, et que ceux-ci ne sont souvent affaiblis, quant à leur virulence, que parce qu'ils ne se trouvent plus momentanément dans des conditions de nutrition suffisamment normales.

Les cobayes sont moins sensibles que les lapins à ces injections de culture, elles déterminent chez eux de petits abcès qui n’offrent pas l’apparence du bouton. M. Chantemesse a inoculé des cultures sur des hommes et il a reproduit un clou de Biskra type à marche rapide. D’après Poncet, le microbe que nous venons de créer ne serait pas le seul qui put produire le clou de Gafsa; il a vu, prétend-il, sur des coupes de tissu, à côté du microbe de Duclaux, des bacilles de 2 il G u. de longueur, que jamais il n’a pu reproduire par les cultures, tandis que le microcoque se reproduisait avec facilité.

De l’action du microbe pathogène, j'ai fort peu de choses à vous dire. Son influence est purement locale, et il ne produit l’ulcération que grâce probablement à la propriété qu’il possède de liquéfier la gélatine. La façon dont il se comporte dans les cultures que l’on laisse vieillir nous indique comment, au bout d'un certain temps, il devient non seulement inoffensif, mais que, en l’abandonnant tout à fait à lui-même, pendant un laps de temps considérable, il doit mourir sur place. Dès lors, les éléments anatomiques n’étant plus gênés dans leur multiplication, prolifèrent et comblent la perte de substance occasionnée par le microbe.

Il faudrait un volume pour vous faire l’histoire de la lèpre, surtout si on voulait y joindre l’énumération de toutes les fables, de toutes les légendes, de toutes les

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