‹ Leçons sur les maladies microbiennesChapitre 142 sur 207 · FORMES · texte numérisé non relu

FORMES

insanités qui ont pris naissance à son occasion. Aujourd’hui, c’est une maladie fort rare et on ne l’observe plus en France si elle n’y a été importée. Vous savez cependant qu’elle fut commune dans notre pays, pendant le moyen âge, et vous vous rappelez sans doute la terreur que produisit cette maladie qui, dans notre langage, après que cinq siècles se sont écoulés, éveille encore une idée de maladie horrible et répugnante. C’est peut-être aux procédés barbares de nos pères, à l’isolement impitoyable où ils ont toujours maintenu les lépreux, aux mesures radicales devant lesquelles ils n’ont pas reculé, que nous devons la presque disparition de cette maladie, dont les ravages alors étaient vraiment considérables. Toujours est-il que, maintenant, la lèpre est fort rare et qu’elle ne s’observe encore que sur quelques points du littoral méditerranéen, au sud de l’Italie, dans la Turquie et sur quelques points de l’Asie mineure.

La lèpre, vous le savez, affecte deux formes principales avec, le plus souvent, mélange et lïybridité des deux types que je vais vous indiquer rapidement. La forme tuberculeuse est caractérisée par des nodosités saillantes, de volume variable, qui se montrent un peu partout, aux mains, aux pieds, sur les membres, à la face et sur la muqueuse buccale et pharyngienne. Ces tubercules croissent, et bientôt après quelques changements de couleur, ils s’ulcèrent, déterminant une perte de substance à bords saillants, à fond noirâtre ou sanieux, à odeur repoussante, s'ils ne sont pas soignés avec la plus grande propreté. La forme analgésique se révèle par des faciles blanchâtres, dépourvues de follicules pileux qui dès l’abord sont insensibles. Plus tard, cet îlot de peau se raccornit comme une plaque de boue exposée au soleil, la peau se fendille, s’ulcère et finit par tomber, laissant en dessous d’elle une énorme perte de substance, qui peut

LEPRE

aller jusqu’à des perforations complètes ou même à des chutes de parties saillantes, si elles ont pris naissance à la base d’une de ces saillies. C'est ainsi qu’on a observé, dans certains cas, la chute d'un doigt, d’un orteil, etc. Mais toujours est-il que l’ulcère est profond, et qu’une masse considérable de tissus est toujours éliminée par celle nécrose. Je n’ai pas besoin de vous énumérer tous les accidents qui peuvent être la conséquence de ces deux processus que je viens de vous indiquer sommairement.

C’est riausen qui, le premier, a fait connaître l’origine bactérienne de la lèpre. Le bacille spécifique qu’il a découvert a été depuis parfaitement étudié par MM. Neisser, Leloir, Cornil, lîordoni UfTreduzzi, Grancher et plusieurs autres.

Le bacille de Hansen mesure de 4 à 8 de longueur, sur 1 a de largeur; il paraît, par conséquent, très grêle. Babès esl le seul qui ait constaté chez ces bactéries quelque peu de mobilité. La plupart de ces microbes sont encapsulés dans une gaine difficile à voir. Ces micro-organismes sont toujours rectilignes, sans la moindre incurvation. Quelques auteurs ont vu leurs spores. Dès les premières observations, on a été frappé de leur ressemblance avec le bacille de la tuberculose ; ils se distinguent cependant de celui-ci, d'abord par leur mobilité, ensuite parleur capsule et parleur rectitude. Déplus, ils se comportent différemment en présence des colorants et des réactifs. Ils se colorent bien parles solutions aqueuses, ce que ne fait pas le bacille de Koch. D'après iîabès, ils fixent avec plus d’énergie les couleurs d’aniline, et ne se décolorent pas avec la facilité du microbe de la tuberculose. Les vacuoles claires qu’ils présentent, commec eux-ci, ne sont pas bornées aux parois délimitantes, mais elles forment des nodosités qui pourraient bien n’être autre chose que leur enveloppe contenant des spores.

LE H A CILLE

Pour observer ces bacilles, il faut les recueillir sur des tubercules lépreux nouvellement formés au-dessous de l’épiderme. On les trouve là, ayant pénétré dans l’intérieur de volumineuses cellules, qui parfois en sont farcies. Ces microbes ont, du reste, une tendance manifeste à se loger ainsi dans les cellules, car ils pénètrent volontiers dans les globules rouges du sang et surtout dans les leucocytes; fort peu nagent dans le liquide. Du reste, tous les organes en sont infectés : le foie, la rate, les ganglions lymphatiques. On en a même vu dans l’intérieur des cellules nerveuses de l’encéphale, dans quelques cas de lèpre anesthésique.

Ce n’est pas seulement par la morphologie que le bacille de la lèpre offre des analogies avec celui de la tuberculose. Ces deux micro-organismes paraissent avoir les mêmes goûts, les mêmes préférences et se comportent à peu près de la même façon dans les cultures. Vous vous souvenez que le bacille de la tuberculose, très difficile à multiplier artificiellement, ne réussit bien que sur du sérum sanguin solidifié par un mélange avec la gélatine, et mieux encore, si au mélange on ajoute une certaine quantité de glycérine. C’est là, en effet, le milieu de choix pour le bacille de la tuberculose, et c’est aussi le terrain qui convient le mieux au micro-organisme de la lèpre. Cette analogie entre les aptitudes de ces deux microbes a été mise en lumière par Bordoni Uffreduzzi. Même sur ce milieu de prédilection, la croissance du bacille de la lèpre est très lente, suspendue par une température inférieure à H degrés et quelquefois d’une façon irrémédiable; elle ne s’effectue qu’à des températures de 37 degrés, qui représentent l’ optimum.

Dans les conditions de composition et de température du milieu que je viens de vous indiquer, on voit la multiplication s’effectuer par une colonie étroite maintes

LÈPRE

fois repliée, comme tordue sur elle-même et d'une couleur jaunâtre. La ligne délimitante de la colonie est comme festonnée. Dans tous les cas. le développement de cette colonie s’effectue avec une extrême lenteur. Cependant la gélatine n'en est pas liquéfiée.

Neisser a cultivé le microbe de la lèpre sur des blancs d’œufs coagulés; il a remarqué qu'il se formait sur la tranche d’albumine un semis pointillé de petites colonies environnées d’un disque où la substance était translucide. Le même auteur a démontré qu’on ne pouvait pas faire développer sur la gélatine ou sur la pomme de terre des cultures, en ensemençant ces milieux avec des micro-organismes puisés directement dans l’organisme vivant. Ce ne sont que les générations ultérieures qui acceptent de se reproduire sur ces corps, où elles donnent lieu à une série de petites colonies rondes, analogues à celles qui se montrent sur l’albumine solidifiée.

La gélose, surtout si elle est additionnée de glycérine, reproduit très bien le bacille de la lèpre. 11 y forme des colonies sous forme de toutes petites plaques d’un blanc jaunâtre qui, examinées au bout d’une dizaine de jours au microscope, présentent un aspect tout à fait caractéristique. De très fines ramifications se croisent en maintes directions et affectent une forme quasi feutrée, qui rappelle les fines nervures d'une feuille dont la partie verte a été enlevée par la dessiccation. Quoi qu'il en soit de ces diverses cultures, le fait général est celui-ci: difficulté très grande de reproduire artificiellement ce microbe, mais en revanche longue stabilité des cultures qui durent pendant des années sans être altérées et sans rien perdre de leur virulence; extrême lenteur de la multiplication, sensibilité extrême de la part des jeunes colonies aux variations de température, et enfin peu de vitalité du micro-organisme, qui

INOCULATIONS

peut périr alors qu'il est soumis à des influences très diverses.

De nombreuses tentatives ont été faites pour commuquer expérimentalement aux animaux la lèpre par l'inoculation des cultures, et toujours le résultat en a été négatif. Il faut même dire que certains auteurs ont été frappés des lésions qu’ils arrivaient à déterminer ainsi, et ils ont remarqué que les lésions présentaient la plus grande analogie, pour ne pas dire identité parfaite, avec celles de la tuberculose, à tel point qu’ils se déclaraient incapables de les différencier.

Comme vous le voyez, le bacille de la lèpre et celui de la tuberculose présentent de frappantes analogies au triple point de vue de leur forme, de leur multiplication et de leurs inoculations. On peut donc les considérer comme à peu près, sinon totalement, identiques. Du reste, l’analogie de la lèpre avec la tuberculose et la syphilis a été bien souvent soutenue et a donné lieu à bien des polémiques. Il n’est pas douteux que bon nombre de tuberculeux, et surtout de syphilitiques, n’aient été considérés comme des lépreux au moyen âge, et à ce titre séquestrés et retranchés de la vie commune.

D’après les derniers travaux d’Orthmann, la meilleure et la seule manière d’inoculer la lèpre aux animaux consisterait à leur injecter des produits de culture dans la chambre antérieure de l’œil. Quoi qu’il en soit, sur les animaux les inoculations ont montré une constance négative si grande, qu’on a essayé de leur inoculer directement les produits frais pris sur l’organisme vivant. Des fragments de peau lépreuse ont été vainement placés dans leur tissu cellulaire et cela sans succès. Un médecin de Norwège, désirant fournir une preuve éclatante de la non-contagiosité du bacille de la lèpre, n’a pas hésité à inoculer sur lui-même des bacilles, et de plus il a pratiqué la même inoculation sur une série de

LÈPRE

vingt hommes; ni lui ni aucun de ces hommes n'ont eu la moindre trace de lèpre un au après l’expérience.

Les faits dont je vous ai donné connaissance justifient dans une large mesure l’opinion des partisans de la non-contagiosité de la lèpre, et dernièrement le professeur Cornil se rangeait hardiment parmi ces derniers dans un discours prononcé à l’Académie de médecine. Cependant la croyance à la contagiosité de l'affection est très communément répandue; de nombreux auteurs ont cité des cas qui semblent la démontrer d’une façon très évidente. D’un autre côté, vous savez à quels excès la crainte de la contagion conduisit nos ancêtres; il paraît difficile d’admettre que l’expérience et la pratique n'aient pas justifié dans une certaine mesure l’emploi de moyens aussi énergiques.

De tout ce qui précède, nous pouvons donc conclure que si le bacille de la lèpre présente de grandes analogies avec le bacille de la tuberculose, au point de vue de la morphologie des cultures, et jusqu’à un certain point des effets consécutifs aux inoculations, il n'eu est pas moins vrai qu'il existe entre ces deux micro-organismes des différences capitales. Je vous ai fait connaître comment on pouvait les différencier au point de vue physique. Dans les expériences que je viens de vous indiquer, quelles que soient les lésions locales produites au point d’inoculation et la similitude qui existe entre les ulcérations produites par le bacille de la tuberculose et par celles qui sont dues au bacille de la lèpre, il n’en est pas moins vrai qu’un grand fait subsiste et reste acquis, et que ce seul fait suffît à établir entre ces deux microbes une dilîérence profonde et radicale. L’un, en effet, ne se borne pas à produire une lésion locale au point de l’inoculation, il pénètre dans les profondeurs de l’organisme, s’y installe et y détermine toutes les lésions de la tuberculose ; l’autre, le bacille

ACTION DU BACILLE

de la lèpre, ne manifeste son influence qu'au point où il a été déposé, sans arriver jamais à l’envahissement de tout l’organisme. Telle est la propriété physiologique qui nous permet de considérer ces deux bacilles comme appartenant à des espèces parfaitement distinctes.

De l’action du bacille comme agent producteur des lésions de la lèpre, je ne puis vous dire que fort peu de chose, cette action n’étant pas encore suffisamment étudiée. Cependant il est probable, si nous en jugeons par l’analogie qui existe entre ce micro-organisme et ceux qui constituent les lésions de la tuberculose et de la syphilis que, comme eux, il est doué d’un pouvoir énergique qui se traduit par une sorte de nécrobiose des tissus sur lesquels il s’implante. Celte nécrobiose se manifeste dans une direction excentrique; elle aboutit aussi soit à déterminer la perforation, ou bien à la formation d’ulcères caractéristiques. Il en est autrement dans cette forme de lèpre, connue sous le nom Je lèpre analgésique. Vous vous rappelez qu’on a prétendu dans ces cas avoir retrouvé le bacille jusque dans les cellules nerveuses de l’encéphale et de la moelle. L’anatomie macroscopique et l’anatomie microscopique ont démontré que, dans cette forme de la lèpre, il existait des lésions médullaires évidentes dans la corne antérieure de la substance grise. De plus, d’autres lésions ont été notées sur le trajet des nerfs et sur les ganglions. On a trouvé le ganglion de Gaser entouré d’une exsudation albumineuse fort épaisse, et par là on expliquait l’anesthésie de la face. Dans d’autres circonstances, c’est à l’origine de certains nerfs crâniens qu’on a constaté une semblable exsudation. M. Leloir admettait, dans ces cas-là, l’existence d’une névrite interstitielle. La question de savoir si ces lésions préexistaient aux manifestations lépreuses ou si elles n’étaient que la conséquence de celles-ci, a longuement été discutée dans des mémoires spéciaux.

ERYTHRASMA

Aujourd'hui que nous connaissons la véritable nature du mal, et sous l’empire de quel processus il apparaît, nous pouvons dire que le bacille de la lèpre se fixe sur les éléments nerveux et qu’il y détermine une lésion, laquelle devient ultérieurement la cause de troubles névrotrophiques, qui aboutissent à l'ulcération ou à la mortification de telle ou telle partie.

Les divers travaux de localisation cérébrale de ces dernières années, les expériences de Fritz et Ilitzig corroborées par celles de Ferrier en Angleterre, de MM. Franck et Pitres en France, semblent mettre hors de doute cette manière de voir. 11 resterait à examiner si, comme je vous l’ai signalé déjà pour la diphtérie, en appelant vos réflexions sur ce sujet, la production des ptomaïnes sécrétées par le bacille de la lèpre ne pourrait pas, en se fixant électivement sur la substance nerveuse, déterminer un empoisonnement des éléments constitutifs de cette substance. La chose ne me paraît pas probable, attendu que, contrairement à ce qui se passe pour les empoisonnements et pour la diphtérie, le trouble fonctionnel ne va pas en diminuant dans la lèpre. An contraire, lésions et troubles vont s'accentuant de jour en jour, et on arrive progressivement à la destruction complète des parties où se rendent les filets nerveux qui émanent des points de l'encéphale par le microbe atteint. Il est donc probable que les éléments nerveux sont tout d’abord absolument et irrémissiblement anéantis, et nous savons qu'ils ne peuvent l'être que du fait de l’invasion bacillaire.

Nous n’avons pas à nous occuper, dans ces leçons, des maladies parasitaires, dont l'agent est un animalcule ou un champignon de taille relativement considérable. Par conséquent pour l’étude de la gale, de même que pour celle des teignes, si remarquablement faite par

ACTINOMYCOSE

Bazin, nous n’avons qu’à vous renvoyer aux ouvrages spéciaux, où ces maladies diverses sont décrites.

Mais, avant de vous parler de l’érysipèle, je dois vous dire quelques mots de certains états pathologiques, dont la peau est également le siège. On a décrit, dans ces derniers temps, une affection singulière semi-morbide, caractérisée par des rougeurs souvent très intenses s’accompagnant d’un épaississement de la peau, qui va depuis la région génito-crurale jusqu’à l'aisselle. Cet état, connu sous le nom d’érythrasma, est occasionné par un microcoque à dimensions extrêmement exiguës, auquel on a donné le nom de microsporon minutissimum. D’après M. Balzer, ce micro-organisme ne marcherait jamais seul, et toujours il serait accompagné d'un hacille.de 2 à 4 de longueur. Je n’y insiste pas davantage, ne voulant pas décrire en détailles innombrables espèces de notre flore cutanée, et le microsporon mimitmimum ne déterminant pas, à proprement parler, une maladie dans le vrai sens du mot.

Je ne vous parlerai pas du champignon qui constitue la maladie connue sous le nom de pityriasis capitis , M. Balzer ayant démontré que le parasite qui la constitue se retrouve normalement sur toutes les têtes; la maladie est uniquement produite par une prolifération extrême de ces micro-organismes, favorisée par une altération des sécrétions sébacées.

Quelques mots seulement sur l’affection de la peau connue sous le nom d’actinomycose (uy.nv, étoile, et [jwxYjç, champignon). Cette maladie se révèle par de vastes abcès, des lymphangites phlegmoneuses, aboutissant à des foyers de suppuration et de végétations bourgeonnantes, dans lesquelles on rencontre constamment un champignon spécial décrit par Bollinger sous le nom d 'actinomycète. Cette maladie est fort heureusement très peu fréquente chez l’homme. Les cultures

ACTINOMYCOSE

de ce champignon n’ont pas donné de résultats constants. Cependant Ponfick prétend les avoir réussies et avoir transmis par leur intermédiaire l'actinomycose à des animaux. Le même auteur a avancé que, dans quelques circonstances, la maladie peut se généraliser après une inoculation locale. L'introduction du parasite se fait parfois, soit par la gencive qui recouvre une dent cariée, soit au niveau de la sertissure des dents, souvent aussi par une excoriation en un point quelconque de la peau. Cependant rien n’est venu démontrer que la transmission de la maladie puisse s’effectuer de l’animal à l'homme. L’un et l’autre paraissent, au contraire, puiser le parasite à une source commune. On prétend en Allemagne que ce champignon proviendrait d’un micro-organisme qui se rencontre dans les prairies, Y echinobotrion.

Je vous ai dit que les divers microbes de la suppuration, si communs à la surface cutanée, peuvent s'introduire par l’ouverture des glandes sudoripares et déterminer une suppuration délimitée. C’est à leur action qu’il faut rapporter les vésico-pustules et les tournioles, les folliculites agminées, de même que les furoncles et les anthrax. Lowenberg a démontré que les micro-organismes peuvent même s’introduire par le follicule des poils follets de la conque de l’oreille.

Le pemphigus fébrile est constitué, d’après Gibier, par un microbe disposé en chapelet de deux à vingt éléments mobiles, qui se montrent parfois, sur les cultures jeunes, en zooglées. Ce même auteur les a cultivés et multipliés dans le liquide des bulles de pemphigus et dans de l'urine. Ses inoculations sur les animaux ont du reste été négatives.

Dans les verrues, Malocci a trouvé de 1res petits bacilles et llabes des micrococci, soit isolés, soit réunis (Mi diplocoques ou en chapelets plus longs.

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