ÉRYSIPÈLE. — FIÈVRE PUERPÉRALE
Messieurs,
La conception de la pathogénie de l’érysipèle est une de celles qui a le plus varié jusqu’au jour où elle a été définitivement fixée par les recherches nouvelles. L’inflammation pure et simple de la peau, la phlébite et la lymphangite ont été successivement indiquées comme constituant toute la maladie. L’idée qu’une simple inflammation d’ordre commun constituait toute la maladie ne peut pas tenir longtemps en présence des faits. Le commencement de ce siècle inaugura la doctrine de la phlébite; d'autre part, Blandin, en 1844, considérait l’érysipèle comme lymphangite, car le grand fait de la propagation par les vaisseaux blancs ne lui avait pas échappé. Mais précisément parce que aucune de ces théories n’était vraie, on observait quotidiennement des laits qui venaient les heurter de front. Aussi bien longtemps avant la découverte du microbe, nombre d’observateurs regardaient l’érysipèle comme une maladie infectieuse, produite par des miasmes, des émanations, quelque chose en un mot qui n’était pas dans les théories courantes. Piorry, Velpeau, Trousseau, et bien d’autres encore, proclamèrent la véritable doctrine, bien avant que l’expérience ne soit venue nettement l’établir.
ERYSIPELE
Ce fut dans le courant de l’année 1870 que mon condisciple Nepveu communiqua à la Société de biologie un travail dont la conclusion était : l'érysipèle est toujours occasionné par une bactérie analogue à celle qui a été décrite sous le nom de bacterium punctum . Vainement on a voulu faire honneur de cette découverte à l’Allemand Hueter, sous prétexte qu’il avait avancé un an auparavant que l’érysipèle n'était autre chose que la diphtérie, l’une et l'autre de ces maladies étant constituées par une monade qu'il avait appelée monas crepusculosum, comme s’il eût porté lui-même le jugement qui convenait le mieux sur sa doctrine, son micro-organisme et sa théorie qui n’étaient autre chose qu’un crépuscule absolument nébuleux. L'impulsion donnée par les travaux de M. Nepveu fut considérable ; en 1872, Wilde retrouva les microbes dans le sang pris au niveau des plaques érysipélateuses. L’année suivante, Orth les observa dans le liquide des phlyctènes; il fit avec ce liquide des inoculations positives sur les animaux, mais, troublé par des résultats divers, il ne sut conclure. Lukomski, Bellien, Tillmans arrivèrent à des résultats analogues. Mais les grands travaux de M. Pasteur avaient paru ; notre illustre compatriote avait posé les règles des recherches bactériologiques, les esprits étaient guidés dans la nouvelle voie, dès lors les expériences devinrent irréfutables. La preuve de la nature infectieuse de l’érysipèle fut faite par plusieurs auteurs: en France, Piloy, le professeur Ch. Bouchard, Doléris, Dupeyrat; en Allemagne, par Fehleisen, et dès lors nous avons été définitivement fixés sur le microbe pathogène de l'érvsipèle. Tous les travaux récenLs sont venus apporter un appui aux expériences de ces auteurs, et actuellement il est peu de bactéries dont l’histoire soit aussi bien connue.
Bien que le plus souvent le microbe de l’érysipèle se trouve associé aux bactéries pyogènes, on peut cepen-